dimanche 19 avril 2026
plus
    AccueilInfosSociétéCes chiens qui illuminent la vie des non-voyants

    Ces chiens qui illuminent la vie des non-voyants

    -

    Actuellement en France, 2 millions de personnes souffrent de déficience visuelle. Environ 61 000 sont atteintes de cécité totale et 207 000 de malvoyance profonde. L’association Les Chiens Guides d’Aveugles de Provence Côte d’Azur – Corse, fondée en 1966, a pour mission d’améliorer leur autonomie et leur mobilité. Depuis sa création, elle forme et remet gratuitement des chiens-guides aux personnes déficientes visuelles qui en font la demande. Au 1er janvier 2024, plus de 675 chiens ont ainsi été remis. Comment sont-ils formés ? Et comment le lien se crée avec l’humain ? Rencontre avec Audrey Blazquez, éducatrice, et Titius, 2 ans, qui a récemment obtenu la certification officielle de chien-guide.

    Les chiens guide d’aveugle jouent un rôle crucial dans la vie des personnes aveugles ou malvoyantes. Quelles sont les races les plus fréquemment utilisées pour le guidage ?

    Ce sont principalement les labradors, les golden retrievers et le croisement entre les deux. Il y a également les caniches royaux. Ils présentent l’avantage d’être aussi hauts qu’un labrador et deux fois moins lourds, ce qui peut être bénéfique pour les personnes ayant par exemple des problèmes d’épaule. De plus, les caniches royaux ne perdent pas leurs poils, ce qui les rend intéressants pour les personnes allergiques. Cependant, leur image de chiens pour “personnes âgées” limite encore leur intégration. Les bergers allemands peuvent également faire de bons chiens-guides d’aveugle. Le problème c’est qu’ils peuvent effrayer le public. Ils sont donc mis en élevage assez rarement. Aussi rarement que les caniches royaux.

    Pourquoi les labradors sont-ils privilégiés pour le guidage ?

    Car ils sont perçus positivement par le public. Il y a ce stéréotype du chien de famille gentil et facile à approcher, même si en réalité, tout est lié à l’éducation. Un berger allemand peut tout à fait être aussi doux qu’un labrador. Toutefois, notamment dans les commerces et les transports en commun, la présence d’un labrador est généralement mieux acceptée grâce à leur apparence sympathique, leurs oreilles tombantes et leur allure amicale. Les bergers allemands, avec leurs oreilles droites et leur grande taille, peuvent paraître plus intimidants.

    Est-ce plus dur pour un chien de guider une personne ayant une cécité totale ou bien un malvoyant ?

    Pour une personne atteinte de cécité totale, le chien guide doit prendre en charge la totalité de la navigation et de l’évitement des obstacles. Cela nécessite une formation intensive pour qu’il puisse anticiper et réagir à tous les obstacles et changements dans l’environnement. Pour une personne malvoyante, le travail est plus complexe car elle a des perceptions visuelles qui peuvent toutefois être imprécises ou trompeuses. Cela peut introduire une complexité supplémentaire, car le chien doit parfois contrer les indications visuelles incorrectes de la personne. Dans les deux cas, le travail avec le chien n’est pas du tout le même.

    En combien de temps les chiens guides d’aveugles sont-ils formés pour se déplacer avec leur maître ?

    Il y a au total deux semaines de stage. Pendant la première semaine, les personnes déficientes visuelles, peu importe leur lieu de résidence en France, viennent à l’école de formation à Èze. L’avantage est que le chien connaît déjà l’environnement et a juste à se préoccuper de la personne qui tient le harnais. De même, extraire les personnes déficientes visuelles de leur environnement et de leur quotidien leur permet aussi de se concentrer uniquement sur l’apprentissage avec le chien. La deuxième semaine est consacrée à l’apprentissage des trajets quotidiens. Nous apprenons aux chiens les itinéraires spécifiques tels que le trajet domicile-travail, les trajets vers la boulangerie, la pharmacie ou le médecin. Cette phase de mise en situation réelle permet au chien de reconnaître les rues, les portes d’immeuble et les commerces. Au bout de ces 15 jours, l’autonomie est généralement acquise. Je reviens au bout de trois mois pour faire le point. Entre-temps, nous avons bien sûr des échanges réguliers par téléphone et par mail pour assurer le bon déroulement de l’intégration.

    Ces chiens guides d’aveugles sont-ils heureux ?

    Sincèrement, je n’ai pas de doute là-dessus. Contrairement à beaucoup de chiens qui sont seuls à domicile toute la journée, les chiens guides sont en interaction en permanence avec les humains. De plus, le contrat de remise d’un chien guide inclut une obligation pour le propriétaire de prévoir un temps de détente quotidien, que ce soit dans un parc, une forêt ou tout autre lieu adapté. Chaque chien a sa propre manière de se détendre, que ce soit en courant librement, en jouant avec d’autres congénères ou en interagissant avec son maître. De plus, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les chiens guides ne travaillent pas 24 heures/24. En réalité, le temps de travail moyen par jour est d’environ une demi-heure. Ce temps correspond au temps de déplacement entre le domicile et le travail ou encore entre le domicile et un commerce. Une fois arrivé au travail ou à la maison, il se transforme en un simple chien de compagnie.

    Posséder un chien guide change réellement le quotidien des personnes déficientes visuelles ?

    Oui, le plus grand changement réside dans la fluidité des déplacements. Contrairement à une canne qui détecte les obstacles par contact, un chien guide les évite directement. Cela rend le déplacement plus fluide et sans tâtonnement. De plus, le chien favorise les interactions humaines. Avec une canne, les gens ont tendance à s’éloigner pour ne pas gêner, tandis qu’avec un chien, ils sont plus enclins à engager la conversation, par exemple, lorsque le chien s’arrête à un passage piéton. Cela crée des opportunités de socialisation et pousse aussi à sortir plus souvent, comme pour aller au parc.

    Un taxi a-t-il le droit de refuser un chien guide d’aveugle ou d’assistance ?

    Non, la loi oblige les taxis à les accepter. Malheureusement, les scènes de refus arrivent encore régulièrement. Ce que l’on observe souvent, c’est qu’un bénéficiaire va commander une course, le taxi arrive, voit le chien, et ne va pas s’arrêter. Dans les restaurants également, il y a des refus tous les jours. Les seules entités qui ne sont pas soumises à cette obligation ce sont les avions. Les commandants de bord sont en droit de refuser les chiens mais nos bénéficiaires et les familles d’accueil n’ont jamais rencontré de problèmes.

    Existe-t-il des sanctions en cas de refus ?

    Des amendes existent mais dans les faits, elles ne sont pas appliquées. Une association de maîtres chiens guides basée sur Paris a pris l’initiative de recenser toutes les plaintes pour avoir de vrais chiffres. Cela permet de montrer que c’est un problème national et que l’on a besoin que les lois s’appliquent plus sérieusement.

    Le chiffre : 25 000 euros

    Le coût pour l’association, de l’arrivée du chiot jusqu’à sa mise à la retraite (qui intervient quand le chien atteint entre 8 et 10 ans), est estimé à 25 000 euros par chien. Cela comprend, entre autres, la nourriture, les soins vétérinaires, mais également les déplacements des éducateurs et des moniteurs. Le chien guide est en revanche remis gratuitement à son maître. L’association poursuit ses missions uniquement par le biais de dons et de legs (pas de subvention de l’Etat).

    Elevage : où sont élevés les chiens-guides d’aveugles ?

    Il existe trois principaux centres pour l’élevage de chiens-guides : le Cesecah (1) à Clermont-Ferrand, le plus vaste, qui élève des labradors, des golden retrievers et le croisement des deux. Il y a également l’école de chiens-guides d’Angers, et enfin l’école de chiens-guides de Paris, qui dispose également d’un élevage sur place. Les chiots sont placés en familles d’accueil. Vers l’âge de 12 mois, les éducateurs prennent ensuite en charge les chiens pour les entraîner pendant huit mois à leur futur métier de guide.

    Appel : l’association recherche des familles d’accueil

    L’association, Les chiens guides d’aveugles de Provence Côte d’azur – Corse, recherche activement des familles d’accueil. Que vous soyez famille d’accueil active (le chiot vous est confié de ses 2 mois à ses 12 mois environ), relais (pour venir en soutien aux familles actives) ou week-end (le chiot vous est confié les week-ends lors de sa période d’éducation), vos missions sont de lui apprendre les bases de l’éducation, le sociabiliser mais aussi lui donner beaucoup d’affection. Si l’association lance régulièrement cet appel c’est qu’il est difficile de trouver des familles remplissant tous les critères.  « Les familles doivent en effet être très disponibles. Le chiot doit les accompagner en permanence, même au travail », indique Audrey Blazquez. De plus, les familles doivent être préparées à devoir se séparer du chien, l’accueil n’étant que temporaire. « Ceci peut être difficile pour certaines familles, ce que nous comprenons complètement. Il est également important de noter qu’une personne en situation de handicap visuel vit souvent en ville, pour faciliter l’accès aux commerces et aux transports. Ainsi, les familles d’accueil vivant en campagne loin du bruit urbain, ne conviennent pas vraiment. Nous avons réellement besoin de chiens habitués à la ville », conclut l’éducatrice. Si vous êtes intéressé, un formulaire est à remplir sur le site internet : www.chiensguides.org.

    (1) Centre d’Étude, de Sélection et d’Élevage de Chiens pour Aveugles et autres Handicapés.

    Société Monégasque d'Assainissement SMA

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.