jeudi 16 avril 2026
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    « Le prince Rainier aimait le cirque à travers les animaux »

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    Alain Frère, grand passionné de cirque depuis l’enfance et maire de Tourrette-Levens pendant 37 ans, a participé à la création du Festival du cirque de Monte-Carlo en 1974 et demeure le conseiller artistique de l’événement aux côtés de la princesse Stéphanie. Ce médecin de 87 ans, a même créé un musée privé autour du cirque. Il nous parle de la passion absolue du prince Rainier III pour les animaux et les arts de la piste.

    « Ici, c’est un sanctuaire. » Alain Frère nous a ouvert les portes de son pittoresque musée privé, perché sur les hauteurs de Tourette-Levens. Dans ce temple haut en couleurs de 180 m2 entièrement dédié à l’univers du cirque, on y trouve pêle-mêle d’innombrables photos et objets souvenirs, des centaines de livres du monde entier consacrés aux arts de la piste, la toute dernière écharpe du cirque portée par le prince Rainier III avant sa disparition, mais aussi 180 costumes. Tous offerts par les plus grands artistes circassiens. « Ils ont transpiré dans ces costumes et ont risqué leur peau ! », rappelle cet octogénaire jovial et encore hyperactif, passionné de cirque depuis ses 4 ans, âge où il transformait ses soldats de plomb en clowns, acrobates et autres saltimbanques.

    Prince Rainier III cirque Alain Frère
    © Photo Sabrina Bonarrigo / L’Observateur de Monaco

    Des dizaines de lettres du Prince Rainier III

    Dans ses archives, Alain Frère conserve aussi religieusement des dizaines et des dizaines de lettres manuscrites du prince Rainier III dans un album dédié. Toutes commencent par « Mon cher docteur ». Et à chaque lecture, l’émotion le gagne. Dans l’une d’elles datant de 1974, le souverain monégasque remercie le docteur « d’y avoir cru ». Il faut dire que les deux hommes ont beaucoup contribué à la création du Festival international du cirque de Monte-Carlo. Petit bond dans le temps… Dans les années 60, Alain Frère est jeune interne au CHPG et travaille aux côtés de Jean-Joseph Pastor, le cardiologue du prince Rainier III. « Ce n’était pas seulement mon maître, c’était mon ami », rappelle-t-il. Pour le 25ème anniversaire de son règne, le souverain formule un souhait : créer un cirque dans son propre pays.  « Il voulait mettre en lumière cet art qui le passionnait. Il était également peiné que le cirque Amar, qu’il aimait beaucoup, fasse faillite. Jean-Joseph Pastor s’est souvenu que j’étais passionné par cet art. Il m’a donc demandé d’aider le souverain à commencer cette aventure. » Alain Frère avait pour ainsi dire un joli carnet d’adresses, puisqu’il était à l’époque le médecin de la famille Bouglione et « le grand ami du patriarche Joseph Bouglione ». Aussitôt demandé, aussitôt accepté. Cette grande famille du cirque dit un grand oui, et débarque en Principauté avec toute son intendance.

    Prince Rainier III cirque Alain Frère
    © Photo Sabrina Bonarrigo / L’Observateur de Monaco

    La première édition est « un vrai succès »

    C’est ainsi que du 26 au 31 décembre 1974, le premier Festival international du cirque de Monte-Carlo est né… Numéros de tigres, numéros équestres ou encore numéros d’éléphants… Cette première édition restera à jamais gravée dans les mémoires d’Alain Frère qui garde une pensée toujours émue pour Jean-Louis Médecin « un grand monsieur », maire de Monaco à l’époque, et « grand organisateur » du cirque, avec d’autres protagonistes, dont René Croési et Maurice Crovetto. « Lors de cette première édition, la princesse Stéphanie était une jeune enfant, la princesse Caroline était déjà une jeune fille et le prince Albert, un jeune homme. Toute la famille était présente pendant les quatre soirs. La princesse Grace était tellement heureuse de voir son mari heureux…, se rappelle AlainFrère. Cette première édition a été un vrai succès. Elle a rassemblé 1 700 personnes le premier soir. Le prince s’est retourné vers moi et m’a fait un clin d’œil comme pour dire “Docteur, c’est gagné !” » Quant au jury de cette première édition, il était déjà prestigieux. Au casting, on pouvait notamment voir le journaliste et présentateur Yves Mourousi ou encore l’acteur Jean Marais.

    Rainier III Cirque
    © Photo DR

    « Un grand connaisseur des animaux »

    Alain Frère, tout comme le prince Rainier III ont eu très jeune une passion dévorante pour les animaux et le cirque. Près du château de Marchais dans l’Aisne, le jeune Rainier aimait assister au montage et démontage du chapiteau des gens du voyage. « Ça le fascinait, expliquait, après le décès du prince Rainier, le journaliste Jean des Cars. Le prince m’avait d’ailleurs dit qu’il aurait aimé diriger un cirque. Il est aussi le seul chef d’État à avoir bâti un quartier entier autour d’un chapiteau. » Selon Alain Frère, le prince Louis II a également eu un rôle majeur dans cette passion. « Son grand-père lui a fait découvrir le cirque Medrano. Rainier III se rendait également régulièrement au cirque à Nice, rappelle Alain Frère. Après son voyage de noces aux États-Unis, il se rendait aussi dans tous les grands cirques américains et au cirque Knie chaque année en Suisse. »

    Rainier III animaux Prince Albert Princesse Caroline
    © Photo Collection privée Jean Paul Bascoul

    « Un cirque sans animaux est un cirque sans âme »

    Et pour le souverain monégasque, comme pour la princesse Stéphanie aujourd’hui, le cirque est absolument indissociable des animaux. « Le prince Rainier aimait le cirque à travers les animaux. C’était un grand connaisseur. Il savait tout de suite en observant un dresseur s’il aimait les bêtes et la façon dont elles avaient été dressées…, rappelle le docteur Frère. Un cirque sans animaux est un cirque sans âme. Lorsque les gens du cirque perdent un animal, ils pleurent, comme s’ils perdaient leurs propres enfants. Le Festival international du cirque de Monte-Carlo est unique car il présente des animaux sauvages. » Cette passion du cirque, Rainier l’a transmise à sa fille la princesse Stéphanie « qui, rappelons-le, a sauvé deux éléphants de la mort !, insiste Alain Frère. Depuis sa naissance, la princesse est biberonnée au cirque. Après la disparition du prince, elle a pris la relève très naturellement. Elle était déjà formée pour cette mission. Dès que le chapiteau commence les répétitions, la princesse est toujours là et ne bouge pas ! Sa passion pour le cirque est totale. »

    Prince Rainier III cirque Alain Frère Princesse Stéphanie
    © Photo L’Observateur de Monaco

    Le Festival s’adresse à « cette famille de mal-aimés »

    Le docteur Alain Frère conserve le programme du tout premier Festival du cirque de Monte-Carlo en 1974. C’est dans la préface de ce document que le prince Rainier III fait une véritable déclaration d’amour au cirque et s’adresse en ces mots aux spectateurs : « Le Festival international du cirque de Monte-Carlo a été créé en pensant à ce monde du cirque, à cette famille de mal-aimés, pour que vous, spectateurs attentifs à leurs efforts et à leur travail, les connaissant mieux, vous puissiez mieux les fêter. »

    Prince Rainier III
    © Photo Sabrina Bonarrigo / L’Observateur de Monaco

    « Redonner ses lettres de noblesse à un art considéré comme mineur »

    Après la disparition du prince Rainier III en 2005, le gens du cirque ont aussitôt manifesté leur tristesse. « Aujourd’hui, les chapiteaux sont en berne et les clowns sont tristes, avait notamment indiqué Patrick Hourdequin qui fut président de l’association monégasque des amis du cirque. Depuis 1974, le cirque, qui était en léthargie, renaît d’un sang nouveau grâce à l’initiative d’un chef d’État qui voulait redonner ses lettres de noblesse à un art considéré comme mineur. »

    Rainier III cirque alain frère
    © Photo Sabrina Bonarrigo / L’Observateur de Monaco

    Du football à la photographie sous-marine : ses autres passions

    Au-delà du cirque, le prince Rainier cultivait de nombreuses autres passions. Le sport et le football en particulier en faisaient partie. Tout comme la ferronnerie, les fleurs, la philatélie, mais aussi la soudure. « Il aimait assembler des bouts de ferraille pour créer des sculptures », a récemment rappelé la princesse Stéphanie. Sa collection privée de véhicules anciens et sa participation à plusieurs rallyes attestent de son amour pour le sport automobile. Dans une interview accordée en 1955 à la revue Confidences, il déclarait également ceci : « J’aime le sport mais je ne suis pas un grand athlète. Je monte bien à cheval, je fais du ski, et je chasse un peu, quoi que je ne puisse pas supporter de tuer des animaux. Je les aime trop. Mon sport favori est la photographie sous-marine. Je suis vraiment un bon photographe et je nage bien. J’aime tous les sports qui se pratiquent dans l’eau. »

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