Société — Carla Locchi et Fanny Rigaud se sont lancé le pari de faire évoluer le mode d’alimentation à Monaco. Du 16 au 24 novembre dernier, elles ont associé leur journée sans viande à la semaine européenne de réduction des déchets. Elles expliquent à L’Obs’ pourquoi —
Vous vous êtes déjà demandé où savourer un bon plat végétarien ou vegan à Monaco ? Depuis plusieurs mois, la tendance alimentaire s’affirme dans la région. Pour autant, si la demande existe, l’offre, elle, est quasiment inexistante. C’est ce fossé qu’ont souhaité combler Carla Locchi et Fanny Rigaud. Fondatrices de l’association monégasque de naturopathie, des médecines douces et préventives, les deux femmes ont démarché une cinquantaine de restaurants de la place monégasque pour les convaincre de participer à une journée sans viande sur leur menu. « Étant donné que Monaco est censé être un phare écologique, ça coulait de source de faire quelque chose. C’est une action très répandue dans les villes du monde », entame Fanny Rigaud. Praticienne en médecine chinoise à Beausoleil, celle-ci sait mieux que quiconque l’importance de ce que le corps ingurgite pour sa bonne santé.
Alimentation et environnement
« A Monaco, il y a un manque, considère Carla Locchi. Il n’y a pas d’option végétarienne et encore moins végétalienne. C’est assez frustrant de ne pas avoir cette alternative. » Face aux restaurateurs, les refus catégoriques ont pourtant été nombreux. « J’ai fait beaucoup de porte à porte. Il fallait s’asseoir, expliquer le pourquoi et le comment. » Pour attirer l’attention, les deux instigatrices du projet misent sur le lien alimentation et environnement. « En coupant à la source, on fait du bien aux animaux et à notre corps. C’est une prise de conscience que nous aimerions apporter. Mais pour certains restaurateurs, cela sort trop de leur zone de confort », regrette Carla Locchi. Le reproche le plus fréquent : pas un vrai menu s’il n’y a pas de viande. La peur vient aussi du client qui pourrait mal réagir à l’alternative. « Les gens sont habitués à avoir une certaine carte. Cela demande beaucoup pour les restaurateurs de changer les habitudes. C’est d’ailleurs en ça que l’on reconnaît que la vingtaine de participants à l’opération est très courageuse », poursuit Fanny Rigaud.
Les préconçus ont la vie dure
Pour cette première édition, certaines enseignes donnent l’exemple comme le Café de Paris ou le Grill à l’Hôtel de Paris du groupe de la Société des Bains de Mer (lire ci-après). « Il faut mettre la main à la pâte et tester l’option une fois pour voir que c’est facile. Les restaurateurs imaginent que c’est compliqué alors qu’ils ont tout à disposition ici pour le faire. Mais c’est comme tout, il faut essayer », réagit Carla Locchi. Aux yeux des organisatrices, c’est aussi le mythe autour de l’apport nutritif de la viande à chaque repas qui freinent les initiatives. « Il y a des idées préconçus qui ont fait leur route. On mange très bien et de façon équilibrée sans viande. Et scientifiquement parlant, ce n’est pas parce qu’on mange de la viande que l’on n’a pas de carence », souligne Fanny Rigaud. Et ne vous méprenez pas sur leurs intentions. Fanny et Carla ne sont pas végétariennes. Elles ont juste diminué leur consommation de viande. « On n’essaie pas de convaincre. On veut juste inciter à essayer et en cela nous sommes aidées par l’actualité. Quand on voit l’Amazonie brûler à cause des incendies pour déforester et planter du soja servant à nourrir les bêtes… le lien est immédiat. Petit à petit, on va y arriver », estime Fanny Rigaud.
Menu enfant et cantine scolaire
Durant cette semaine d’essai, les restaurateurs avaient d’ailleurs la possibilité de proposer un menu sans viande mais de conserver aussi leurs plats traditionnels. C’est d’ailleurs l’option qui a été le plus utilisée. A terme, l’association aimerait bien voir apparaître un choix végétarien ou vegan décent dans chaque restaurant. Mais aussi changer les bases des menus enfant. « Dans les restaurants de Monaco, c’est souvent une catastrophe. Il n’y a pratiquement jamais de légumes ou alors c’est une pizza couverte de fromage », constate en chœur les deux mères de famille. C’est d’ailleurs l’une des autres tâches qu’elles se sont promises d’aborder : la restauration collective en milieu scolaire (lire ci-après la démarche chez FANB) mais aussi en milieu professionnel. En France, une loi, promulguée le 30 octobre 2018, impose aux cantines scolaires de proposer un menu végétarien au moins une fois par semaine. La mise en place de ce menu devait se faire, au plus tard le 1er novembre 2019, et ce à titre expérimental pour une durée de deux années. « Notre action se trouve au carrefour de l’Homme, la santé et la planète. On veut surtout faire arriver à comprendre pourquoi on fait ça. Nous avons juste envie de voir nos enfants grandir avec un monde plein d’animaux tout en étant en bonne santé », conclut Carla Locchi.
