AVANT-GARDE/Depuis les années 60, l’extension en mer de Monaco a inspiré de nombreux architectes avant-gardistes. Avec des projets parfois complètement délirants…
Au fil de sa carrière au département des Travaux publics, José Badia a vu défiler une ribambelle de projets d’urbanisation en mer. Des plus crédibles aux plus farfelus. L’ancien conseiller de gouvernement a tout vu. Des idées d’îles flottantes au large de Monaco à celle de doubler le Cap Martin, dans le prolongement du Sporting d’été… « Les études montraient que le seul endroit où l’on pouvait faire un endigage, sur le plan technique, était le tombant des Spélugues, sous l’Hôtel Loewes. On a alors pensé à réaliser un petit plateau plongeant de -10 à -15 m. Une demi-douzaine de projets ont été présentés par les pouvoirs publics ou des acteurs privés. Dans les années 90, Bouygues, opérateur de Solidere à Beyrouth, avait, par exemple, déjà initié un projet de digue de protection. » Pour Fontvieille II, même foisonnement. Les analyses des travaux publics vont bon train. François Spoerry, le fameux architecte des cités lacustres et marinas dont celle du port Grimaud, avait esquissé une extension de Fontvieille. Le hic ? « Une telle marina exigeait de construire sur soubassement en caissons à une profondeur de 70 ou 80 m, avec une technique offshore. Il fallait protéger le plan d’eau avec une contre-jetée et un mur d’eau oscillant », raconte José Badia. Le projet a achoppé faute de promoteurs capables de rentabiliser l’investissement… « Monaco devait payer l’arceau de protection, trop onéreux », souffle l’ancien conseiller de gouvernement.
Etude en 2005
Avant de lancer les appels d’offres internationaux d’urbanisation en mer, dans les années 2000, ce dernier avait acté, dans une étude pour le prince Rainier, les possibilités qui s’offraient à Monaco. « C’était au prince de fixer le cap de l’extension à venir. C’était son bébé, son territoire », indique José Badia. Dans ce “catalogue d’idées un peu folles”, on retrouvait le comblement du port Hercule (avec la reconstruction d’un port plus loin), la réalisation d’un “Monaco en miroir” (en construisant un Monaco en face du territoire existant), le projet de terres artificielles avec des îles en forme de Rocher…
AVORTE/LA VILLE SATELLITE, Mégastructure d’une colline artificielle, Maquette en carton et bois de Manfredi Nicoletti, 1966.
PROJET/La Venise Monégasque, Yona Friedman, 1960.
Des projets futuristes
Historiquement, l’extension de Monaco a inspiré de nombreux architectes avant-gardistes. On pense notamment à La Ville satellite, de Manfredi Nicoletti. En 1966, l’Italien imagine un Fontvieille, gagné sur la mer, en quartier fait de collines artificielles, « ouvertes en amphithéâtre sur la mer, rappelant l’esthétique de Marina-Baie des Anges », indique le livre Monacopolis, tiré de l’exposition du Nouveau musée national. S’il a été abandonné très vite (voir p. 46), le projet a marqué les esprits avec un centre commercial de Fontvieille pensé comme une galerie en forme de tremplin au-dessus de la mer…
Yona Friedman, lui, avait carrément conçu, en 1960, une Venise monégasque. Une véritable ville-pont suspendue et transparente… Ce concept, l’architecte français d’origine hongroise l’avait transposé à Londres et à Paris. A Monaco, son idée était de réaliser un bâtiment de six étages et quatre cents mètres de long, construit à quinze mètres au-dessus des anciennes jetées…
Mais c’est sans aucun doute le lancement du projet d’urbanisation du Larvotto, en 2006, qui a réuni le plus de projets émanant de “Nobel” d’architecture. Entre Norman Foster, Franck Gerhy et Daniel Libeskind, ce sont sept prix Pritzker, qui ont travaillé sur le projet du Portier, finalement abandonné en 2008, en raison de la crise financière.
(R)EVOLUTION/
Des maisons flottantes à Dubaï
Le premier traité sur le génie maritime date de l’Antiquité. C’est à Marcus Vitruius Pollio, alias Vitruve, qui vécut au Ier siècle avant Jésus Christ que l’on doit ces préceptes sur les méthodes de construction des brises-lames, des jetées et quais… En Europe, ce sont les Pays-Bas qui sont les plus adeptes des polders, ces terres artificiellement gagnées sur l’eau. En Hollande, les cabinets d’études et d’architecture sont d’ailleurs aujourd’hui spécialisés dans l’architecture bleue et la construction d’immeubles flottants. Et le concept fait des émules. En mars 2015, au salon international du bateau à Dubaï, le promoteur immobilier Kleindienst a fait un tabac lorsqu’il a présenté son programme de construction de maisons flottantes de luxe. Ces “Seahorses” (hippocampes en français), des villas sur trois niveaux en partie immergées, situées à 4 km des côtes, à proximité des six îles formant le “Cœur de l’Europe” (une partie du fameux “The World” de Dubaï), recréent un massif corallien artificiel situé en-dessous de la maison. Selon le promoteur, une soixantaine de propriétés auraient été vendues, au prix de 2,8 millions de dollars (2,4 millions d’euros).



