Et si les salariés de la Principauté ne commençaient pas tous entre 8 heures et 9 heures ? Cela allégerait-il le trafic sur les routes et les rails menant à Monaco ? La mise en place d’horaires décalés pour les salariés fait partie des mesures possibles mais aucune expérimentation de cette nature n’a été lancée. Philippe Ortelli, président de la Fédération des Entreprises Monégasques (FEDEM), explique pourquoi.
Pour réduire la congestion des routes et des transports en commun sur les axes Nice-Monaco et Menton-Monaco, la mise en place d’horaires décalés dans les entreprises avait été encouragée par le gouvernement princier, mais semble ne pas avoir été suivie, ni même expérimentée. Ce sujet a-t-il déjà été abordé ou débattu au sein de la FEDEM ? Certains employeurs seraient-ils prêts à le faire ?
Le décalage des horaires de travail est une piste à laquelle l’ancien Ministre d’État Serge Telle avait réfléchi pour tenter de fluidifier les bouchons quand les pendulaires convergent vers Monaco. Aucune expérimentation n’a été lancée. Nous en avions alors débattu avec nos membres au sein de la FEDEM, et la difficulté de sa mise en œuvre généralisée était ressortie. Dans les faits, le travail en horaires décalés est déjà appliqué dans plusieurs branches d’activité à Monaco. Pour ne citer que quelques exemples, les chantiers du BTP démarrent souvent très tôt. Les chaînes de production dans l’industrie travaillent en 2/8 avec des horaires spécifiques. Les activités liées au commerce se conforment aux horaires d’ouverture des magasins, généralement à partir de 10h. L’hôtellerie-restauration, l’aide à domicile, le nettoyage et la sécurité travaillent aussi en dehors des heures de bureau classiques.
Qu’est ce qui est ressorti du débat ? Concrètement, pourquoi la généralisation des horaires décalés est-elle difficilement applicable ?
Étendre ce mode de fonctionnement à d’autres secteurs n’est pas toujours possible, car cela pourrait désorganiser la coordination des activités économiques et sociales. Par ailleurs, il n’y a pas d’horaires décalés dans les écoles françaises et monégasques, or de nombreux actifs sont des parents qui doivent déposer leurs enfants le matin à heure fixe. Du fait de ces contraintes, les grandes villes l’ayant expérimenté, notamment en France, n’ont pas constaté d’efficacité réelle pour réduire la congestion aux heures de pointe. Pour toutes ces raisons, la variation temporelle des horaires de travail nous paraît donc être une fausse bonne idée, prometteuse en théorie, mais entraînant des complexités pour n’avoir au final qu’un effet trop limité sur les bouchons. À Monaco, l’asphyxie du trafic est telle qu’elle exige de mettre en œuvre non pas une solution unique, mais un panel de mesures opérationnelles à court et moyen termes, et de décider dès aujourd’hui des investissements structurants dans des infrastructures dimensionnées à notre développement économique.
Quid de l’efficacité de l’ouverture, en avril dernier, du parking de dissuasion des Salines ?
Le parking relais des Salines, connecté à un cheminement piéton vers Fontvieille, est une mesure intéressante. Elle génère toutefois une rupture de charge (1) pour aller vers Monte Carlo qui nous parait peu acceptable au quotidien pour les salariés. C’est au minimum 15 minutes de perdues matin et soir ! La réouverture de la bretelle de l’autoroute A8 reliant La Turbie à Beausoleil, permet une meilleure répartition du trafic sur l’A500, évitant les fermetures ponctuelles du tunnel de Monaco. Ce sont des étapes supplémentaires vers une amélioration. Nous devons aller encore plus loin. Depuis le réseau des voies romaines construit durant l’Antiquité, l’Histoire a montré que le développement économique s’est toujours fait grâce aux infrastructures. Nous défendons donc le projet de construction d’un métro automatique souterrain reliant l’aéroport de Nice à Vintimille, qui réduirait naturellement et fortement le nombre de véhicules accédant chaque jour à Monaco, solutionnerait écologiquement les problèmes d’embouteillage et de stationnement, tout en étendant largement notre bassin d’emploi. Après réflexion, c’est pour nous la seule solution raisonnable et attractive pour un développement de l’activité économique monégasque.
(1) Une rupture de charge est, dans le domaine des transports, une étape pendant laquelle des marchandises ou des passagers transportés par un premier véhicule sont transférés dans un second véhicule, immédiatement ou après une période de stockage ou de correspondance, autrement dit le temps de transbordement.
