KeeSystem est une fintech de la première heure. Alors que le créneau alliant technologie et finance est aujourd’hui ultra concurrentiel, elle a été créée à Monaco en 2009, soit aux prémices du marché. Maintenant que le temps est à la consolidation dans le secteur, l’entreprise, rentable depuis le départ et autofinancée, semble tirer profit de son arrivée précoce et de son développement pragmatique.
Pierre-Alexandre Rousselot a fondé l’entreprise il y a 16 ans de façon assez opportuniste. « Mon père était directeur de banque à Monaco. Il voulait un outil digital pour soutenir son activité mais ne trouvait rien sur le marché. Moi, à 17 ans, j’étais le geek de ma famille, alors il m’a demandé de le lui développer. J’ai travaillé dessus pendant plusieurs années, le soir et le week-end, en parallèle de mes études en mathématiques appliquées, et je suis parvenu à répondre à son besoin ». En 2008, son père vend sa société de gestion à Julius Baer qui souhaitait également racheter le logiciel. C’est à ce moment qu’il créé KeeSystem et propose à la banque de devenir plutôt sa première cliente.
Digitalisation et automatisation
Depuis, l’entreprise commercialise un logiciel baptisé KeeSense, qui permet aux sociétés de gestion, multi family office et banques privées de piloter leur activité de façon numérique et d’automatiser certains process. Tout le cycle de vie du client est digitalisé, de la prospection au reporting en passant par le KYC (1) et les ordres de transaction. L’interface permet par ailleurs de vérifier l’authenticité des documents fournis et de les archiver de façon sécurisée. Elle fournit un état des lieux complet et en direct de la fortune du client, sur la partie financière et non financière : comptes bancaires, actions et obligations, crypto, immobilier, bateaux, etc.
Le durcissement des procédures a été une opportunité
Évidemment, la partie compliance est un module permanent. « Pour nous, il faut dire ce qui est, le durcissement des procédures qui s’est produit suite à la crise des subprimes a été une grande opportunité. Parce que ce qui était faisable à la main ne l’était plus ensuite », raconte Pierre-Alexandre Rousselot. KeeSense correspondait ainsi, à l’époque, à un nouveau segment de marché dans le secteur de la finance. « On a aussi surfé sur l’essor des family office en Principauté », explique-t-il.
KeeSystem faisait partie de la première promotion de Monaco Tech en 2017. Elle n’était déjà plus une start-up et participait donc au programme d’accélération. « Ça a été une aventure exceptionnelle parce que j’étais victime de la solitude du dirigeant. Monaco Tech a été une période géniale de ma vie. J’ai vu d’autres profils comme le mien rêver à une croissance exponentielle. J’ai compris que KeeSystem était scalable. Ça m’a donné une impulsion et j’ai pu profiter aussi d’une exposition médiatique », raconte-t-il. « Nous étions très proches au sein de la promo et nous le sommes d’ailleurs restés. Je crois qu’à l’époque l’accompagnement à Monaco Tech était très collégial, à présent le programme est un peu plus individualisé ».
Monaco-Genève-Luxembourg : trio gagnant
KeeSystem a ensuite poursuivi son développement en Suisse, leader mondial de la gestion de fortune, et au Luxembourg, une autre place européenne importante dans le secteur. Elle y a à présent des bureaux. « Nous avons choisi Genève et le Luxembourg parce que nos clients sont nombreux à avoir des antennes à ces endroits », explique le DG. « Un jour on attaquera sûrement le marché américain car sur les family office c’est le pays numéro 1. Mais on avance petit à petit, de manière réaliste », a-t-il poursuivi. Aujourd’hui la société compte une quarantaine de clients dont la majorité sont des sociétés de gestion et multi family office. Des entreprises situées dans ses trois points de base, mais aussi au Liechtenstein, au Portugal, en Espagne, en Angleterre, en Autriche et même au Brésil.
« KeeSense est un outil de travail que les utilisateurs ouvrent dès qu’ils arrivent le matin au bureau, en même temps que leur boîte mail. 94 % d’entre eux utilisent le logiciel tous les jours et plus de 75 % pendant plus de 4 heures par jour », affirme Pierre-Alexandre Rousselot. Comme toutes les entreprises du SaaS (Software as a service), le business model de KeeSystem repose sur un système d’abonnement. Il faut compter plusieurs centaines d’euros par utilisateur et par mois et rallonger la mise pour personnaliser son interface ou offrir aux clients finaux un accès utilisateur en marque blanche.
Une entreprise de la tech rentable depuis le début ?
La société emploie aujourd’hui 24 personnes au total, entre développeurs, commerciaux et intégrateurs. Elle est rentable depuis le début, ce qui est assez rare dans le monde technologique pour être souligné, et opportun alors que le secteur de la fintech entre actuellement dans un cycle de consolidation dans lequel les financements se font beaucoup plus rares. « Je n’ai jamais fait d’emprunts ni de levée de fonds. La société est autofinancée depuis le départ. Je l’ai créé à 23 ans et j’étais papa la même année alors j’ai géré mon risque comme ça, et je crois que ce n’est pas plus mal, même si peut-être qu’avec plus de moyens j’aurai été encore plus vite, encore plus haut », raconte le fondateur. En 2021, ce dernier a tout de même cédé 75 % de l’entreprise à la holding familiale suisse Ebene. « Nous préférons travailler avec un partenaire principal puissant qui connaît le secteur et nous permet de passer un nouveau cap », s’est-il justifié.
À la question « sur quoi planchent vos équipes de R&D en ce moment ? », la réponse est sans surprise l’intelligence artificielle. « On voudrait que l’utilisateur puisse prendre en charge des requêtes du type « je vais à Porto, montre-moi tous les clients que j’ai là-bas »». La grosse contrainte repose évidemment sur la confidentialité des données.
(1) Know your consumer : Procédure réglementée de recueil d’information visant à garantir l’identité et la transparence financière des clients.


