Après s’être longtemps fait désirer, l’Hôpital de jour pédopsychiatrique de Beausoleil est enfin ouvert, et opérationnel. Il offre une réponse de proximité aux enfants et adolescents de la Principauté (mais aussi de Cap d’Ail, Villefranche, Beaulieu, Roquebrune, Menton, Sospel et jusque-là vallée de la Roya), souffrant de troubles psychiques aigus. Jusque-là, ils étaient forcés d’aller à Nice pour bénéficier d’un accompagnement adapté. Comment fonctionne l’établissement ? Quelles pathologies psychiques prend-il en charge ? En quoi est-il complémentaire du centre Plati ? Pourquoi la santé mentale des enfants est de plus en plus problématique ? Les réponses avec le docteur Sylvie Serret, pédopsychiatre et cheffe de service de l’Hôpital.
L’hôpital de jour de Beausoleil est un établissement franco-monégasque. Comment sont répartis le fonctionnement et les places ?
L’hôpital appartient à la Principauté. L’État monégasque a également financé les travaux de réhabilitation et le loue pour 1 euro symbolique à la Fondation Lenval qui est de son côté chargée du fonctionnement et des effectifs. La capacité est de 35 places, dont 17 sont réservées aux résidents de Monaco.
Les 35 places sont-elles déjà toutes occupées ?
Pour l’instant, seules 10 places sont ouvertes et nous accueillons 18 ou 20 enfants en file active. Nous sommes actuellement 12 professionnels : une neuropsychologue, une psychologue, une éducatrice de jeunes enfants (EJE) très bien formée aux troubles autistiques, trois infirmières, deux éducateurs spécialisés, un cadre de santé, deux ASH (aide-soignant en milieu hospitalier), un éducateur sportif, une secrétaire, une interne et moi-même.
Nous faisons augmenter le nombre d’enfants accueillis au fil de l’arrivée des professionnels puisque l’effectif doit toujours être adapté. Nous préférons le faire progressivement pour laisser le temps à l’équipe de prendre ses repères, et pour réaliser les adaptations de chaque enfant correctement : il faut rencontrer les familles, faire l’observation, penser un accompagnement très individuel… D’ici quelques mois, je pense que nous aurons ouvert 20 places : 10 pour Monaco, 10 pour la France. Nous devons toujours être à parité.
Avant 3 ans, pour quel type de problèmes intervenez-vous ?
Les 0-3 ans sont forcément accompagnés de leurs parents. Ils peuvent nous être adressés en cas de trouble des interactions précoces, dans le cas de dépressions post partum sévères de la maman par exemple, ou pour une suspicion de trouble du développement avec besoin de soutenir les interactions parents-enfants, de les aider à gérer ces particularités, à comprendre le fonctionnement de leur enfant pour garder un lien positif avec lui.
Et après 3 ans, pour quels troubles les enfants vous sont-ils adressés ?
Pour des troubles psychiatriques aigus, qu’ils soient ou non liés à un handicap. Un enfant ayant un trouble autistique n’est pas traité ici, sauf s’il y a des troubles psychiques associés : troubles du comportement ou de sociabilité… Nous accueillons aussi, surtout sur la partie « ado », des jeunes souffrant de troubles de l’humeur avec des idées suicidaires, des troubles anxieux comme la phobie scolaire, des cas de décompensation psychotique, ou encore de schizophrénie. Nous pouvons aussi servir de transition pour préparer l’enfant à entrer dans un institut médico-éducatif (IME) ou pour améliorer sa prise en charge à l’école. Après observation, nous rencontrons l’enseignant du patient à qui nous expliquons son fonctionnement psychique pour qu’il puisse essayer de faire des propositions pédagogiques adaptées. La pluridisciplinarité est essentielle. Le fait d’associer nos connaissances permet de répondre le mieux possible aux besoins de l’enfant.

Vous avez donc une double population : française et monégasque. Est-ce qu’il y a des différences ?
Il y a beaucoup moins d’aides en France pour l’accompagnement des enfants ayant des difficultés, qu’elles soient psychiques ou autre d’ailleurs. A Monaco, les aides sont plus nombreuses, et les moyens déployés plus importants. Par ailleurs, superficie oblige, il y a plus de proximité entre les différents professionnels et les institutions, donc une meilleure continuité dans le suivi de l’enfant. Évidemment, chaque enfant accueilli ici bénéficie de la même prise en charge clinique.
Aujourd’hui, en France, on estime qu’environ 1,6 million, soit 13 % des enfants et des adolescents présentent au moins un trouble psychique. La santé mentale des jeunes est de plus en plus problématique. Pour l’expliquer on parle souvent du Covid. Est-ce vraiment la seule raison ?
Il y a eu effectivement une forte augmentation des problèmes psychiques avec le Covid. Ce que j’ai constaté, c’est que ça n’allait pas trop mal au début, pendant le premier confinement, et puis les reprises ont été difficiles. Le retour à des habitudes a créé des troubles anxieux. Ceux qui avaient un peu de mal avec l’extérieur et la sociabilité avaient trouvé un bien-être chez eux, et le fait de retourner dehors a été compliqué. Outre le Covid, on est dans une société que je trouve de plus en plus anxiogène pour les jeunes. Après le Covid, ça a été la guerre, les problématiques autour du climat… J’ai l’impression que l’on véhicule de l’anxiété comme ça n’a jamais été fait avant, alors qu’on n’est pas forcément dans la période la plus anxiogène de l’histoire. Bien sûr, les réseaux sociaux peuvent majorer le problème. Il faut tout de même dire aussi que l’on est meilleurs aujourd’hui dans le dépistage et la prise en charge de ces troubles, et que si les chiffres sont assez conséquents, c’est aussi parce que la psychiatrie « se démocratise ».
17 places sont réservées aux enfants de la Principauté sur adressage du centre Plati. En quoi êtes-vous complémentaires ?
L’accompagnement au centre Plati est individuel la majeure partie du temps, et moins soutenu. Ici la prise en charge peut durer 3 heures, une demi-journée ou une journée entière au rythme de trois ou quatre fois par semaine si nécessaire. Le centre Plati nous adresse donc les enfants qui ont besoin d’un accompagnement plus poussé, mais si les choses s’améliorent, on peut les lui réadresser.
Vous avez un enseignant sur l’hôpital de jour ? Quel est son rôle ?
Pas encore, mais à terme il y en aura un, voire deux. Nous avons demandé à avoir un enseignant monégasque et un Français. Ils feront la transition des jeunes vers l’école, détermineront s’ils peuvent intégrer ou non un enseignement classique, procèderont aux évaluations de niveau, etc. Ce n’est pas du soutien scolaire.
Avez-vous eu du mal à recruter ?
Non, et nous avons même réussi à trouver du personnel à proximité. Beaucoup viennent de Beausoleil, Menton et Roquebrune, même si nous en avons quand même quelques-uns de Nice… L’idée est d’éviter au maximum le turn over. Les enfants ont besoin d’une continuité, d’avoir des repères. Dans la médecine, il y a une grosse partie de gestes techniques. En psy, il y en a peu, la qualité de l’environnement, l’engagement des professionnels et la confiance qu’ils parviennent à instaurer font une grosse partie du travail.




