En 1927, le poète et homme public Louis Notari écrit A Legenda da Santa Devota. Un ouvrage crucial pour l’identité monégasque puisqu’il s’agit de la toute première œuvre littéraire écrite en munegascu, une langue, jusque-là, uniquement parlée. D’autres auteurs ont par la suite pris la relève, jusqu’à la publication dans les années 60 d’un premier dictionnaire franco-monégasque.
Il est considéré par les amoureux du patrimoine de la Principauté « comme le père de la littérature monégasque », et « l’éveilleur de la conscience nationale. » Pourquoi ? Car très tôt, Louis Notari (1879 – 1961) poète et homme public « présageait la disparition inévitable et imminente du patois si rien n’était fait pour le sauvegarder », note l’historien Claude Passet. Lors d’une réunion du Comité des traditions monégasques (entité fondée en 1924), Louis Notari, et d’autres érudits passionnés d’histoire locale ont donc un objectif en ligne de mire : créer une orthographe, une grammaire et un dictionnaire monégasques pour fixer les usages d’une langue qui n’existait alors que sous la forme orale, et dont l’usage disparaissait. « Faisant valoir que la composition d’un lexique ou d’une grammaire suppose généralement la préexistence d’une littérature, Louis Notari s’engagea alors à produire un texte entièrement en langue monégasque. Ainsi naquit A Legenda da Santa Devota, La légende de Sainte Dévote, en 1927 », explique le comité.
Selon les défenseurs du patrimoine de la Principauté, c’est donc avec cet ouvrage que la littérature monégasque est véritablement née. Le « parler de nos vieux », comme disait Louis Notari, très vite conscient de la fragilité de sa langue, était enfin écrit, noir sur blanc. Ce premier ouvrage littéraire en langue monégasque constitue l’œuvre la plus connue de Louis Notari.
La relève de la littérature monégasque assurée
D’autres Monégasques, animés d’un amour fervent pour leur pays, prirent la suite de Louis Notari dès 1930 et ont enrichi les écrits monégasques. Parmi eux, Robert Boisson, Georges Franzi, Louis Barral, Suzanne Simone, Paulette Cherici-Porello, Lazare Sauvaigo, Louis Frolla, ou encore Louis Principale. Sans oublier, plus récemment, les livres pour enfants de Françoise Gamerdinger, Au marcau d’a Cundamina, (2002) ou Natale a Mùnegu (2011). « Manquaient à cette écriture les outils du savoir, grammaire et dictionnaires, instruments essentiels à la connaissance et au maintien de la langue, note l’historien Claude Passet. Il fallait donc codifier, normaliser, architecturer ce savoir encore détenu par quelques locuteurs pour donner au patois monégasque le statut de langue. »
Naissance du dictionnaire monégasque
C’est ainsi qu’en 1960 paraît la Grammaire monégasque de Louis Frolla, « réalisée sur les instructions du gouvernement princier », conçue « non comme une œuvre complète d’érudition mais simplement comme un essai de codification de notre idiome national dont nous voudrions arrêter la chute sur la pente de l’oubli ». La grammaire est suivie en 1963 d’un Dictionnaire Monégasque – Français, réalisé, là encore, sur instructions du gouvernement par le même auteur. « Vingt ans plus tard, en 1983, Louis Barral, avec la collaboration de Suzanne Simone, apportera un complément indispensable, le Dictionnaire Français-monégasque », rajoute Claude Passet qui rappelle également l’existence de l’ouvrage Le Vocabulaire monégasque de la marine et de la mer (1971) de Jules Soccal qui contribuera à enrichir un lexique plus spécialisé, ce qu’avait tenté de réaliser plus modestement, dans un travail resté manuscrit, César Solamito (Noms monégasques des poissons, mollusques et crustacés de la Mer Méditerranée).


