samedi 2 mai 2026
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    Comment l’intelligence artificielle va-t-elle redéfinir le monde du travail de demain ?

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    Alors que la Génération Z fait son entrée dans le monde du travail, la Génération Alpha (qui regroupe les personnes nées à partir de 2010), devra bientôt penser à son orientation. Nicolas Hazard, auteur du livre Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? – 21 métiers du futur à l’ère des robots et de l’intelligence artificielle, explique comment ces révolutions technologiques devraient bouleverser le monde du travail. Sans catastrophisme, il aborde les métiers qui sont voués à disparaître, mais surtout les nouvelles opportunités qui vont être créées et les compétences qui seront valorisées.

    Quelle est la genèse de ce livre ?

    85 % des métiers qui seront exercés en 2030 n’existent pas encore (1). Le groupe INCO, que je dirige, propose des formations aux métiers de demain aux jeunes éloignés de l’emploi. Nous avons donc largement réfléchi au sujet et je trouvais intéressant de mettre les résultats de nos travaux dans un livre qui permet, de surcroît, de relativiser le discours dystopique habituel et d’aborder la question avec optimisme.

    A l’heure actuelle, de quelle manière et dans quels secteurs les robots et l’intelligence artificielle (IA) sont-ils concrètement utilisés ?

    La robotique est apparue lors de la précédente révolution industrielle. Pour l’heure, elle est surtout utilisée dans la Défense et la Sécurité (robots de déminage, robots pompiers, robots mules, herses de police robotisées), dans l’industrie (automobile notamment) et dans la logistique, en particulier dans les entrepôts de distribution. Avec les progrès de l’IA, leur utilisation s’élargit à des secteurs comme l’agriculture ou le transport. Quant à l’intelligence artificielle, si elle était plutôt réservée aux ingénieurs et aux informaticiens jusqu’à présent, la médiatisation de l’IA générative, induite par l’arrivée de ChatGPT, a complètement démocratisé son usage.

    On entend souvent le discours alarmiste selon lequel ces révolutions technologiques vont remplacer les humains et supprimer de nombreux métiers. Qu’en est-il réellement ?

    Elles suppriment effectivement certains emplois, en particulier les moins qualifiés qui comprennent des tâches mécaniques ou ne demandant pas de réflexion approfondie. Par exemple, dans ses entrepôts, Amazon a remplacé ses préparateurs de commande par des robots, qui vont cinq ou six fois plus vite pour le même résultat. Les anciens préparateurs de commande sont relégués au service client, parce que le fait que le colis soit manipulé par un robot dans l’entrepôt ne dérange pas le client, alors que parler à un chatbot dans le cadre du SAV l’embête beaucoup. Mais la différence avec la révolution de l’IA comparée aux précédentes, c’est que les robots deviennent “intelligents”, et qu’ainsi, il n’y a pas que les ouvriers qui seront concernés. Certains métiers comme comptable ou radiologue vont aussi disparaître, ou du moins être transformés. Le radiologue ne passera plus 45 minutes à analyser la radio pour poser un diagnostic et 15 minutes à l’expliquer au patient, il mettra 5 minutes à confirmer le diagnostic préalablement établi par l’IA, et 45 minutes à en discuter avec ce dernier. Dans la majorité des cas, ces nouvelles technologies vont surtout éviter aux humains des tâches rébarbatives et chronophages et leur permettre de se concentrer sur celles à forte valeur ajoutée, qui demandent des aptitudes humaines que les robots n’ont pas. Le vrai problème, c’est que les personnes qui vont perdre leur travail ne sont pas forcément les plus aptes à accéder aux emplois que l’IA va créer, qui demandent des connaissances plus complexes. Tout l’enjeu est de les former pour qu’ils puissent faire la passerelle. Si non, on va au-devant d’une grande cassure sociale : les personnes compétentes pour les nouveaux métiers de l’IA seront peu, leur salaire va augmenter et les inégalités s’accentuer. Il faut préparer cette transition.

    Pouvez-vous me parler de quelques-uns des « métiers du futur » recensés dans votre livre ?

    D’abord, les entreprises auront de plus en plus besoin de data scientists, de développeurs, d’ingénieurs en IA… bref, de personnes qui savent créer et gérer ces intelligences artificielles. Elles recherchent aussi déjà beaucoup dans la cyberdéfense. Plus original, on peut citer le métier de “nostalgiste”, qui consistera à utiliser les casques de réalité virtuelle augmentée pour replonger les personnes atteintes d’Alzheimer dans leurs souvenirs, celui de psychologue de robot, voué à limiter les biais discriminatoires de certaines IA, ou encore celui de “réensauvageur”, dédié à la réintroduction d’espèces disparues ou en voie de disparition dans certains écosystèmes grâce aux nouvelles technologies de l’IA. Nous aurons aussi besoin de pilotes de drones et de contrôleurs aériens, ainsi que de nano médecins, qui travailleront sur des cellules grâce au séquençage ADN pour tendre vers une médecine de moins en moins curative et de plus en plus préventive.

    Si vous deviez conseiller la prochaine génération dans leurs choix d’orientation, que leur diriez-vous ?

    Que l’on aura toujours besoin de médecins, d’avocats ou de journalistes par exemple. Les métiers de l’artisanat ont également un avenir certain même s’ils pourront eux aussi introduire de l’IA dans leurs pratiques. Un exosquelette pourra ainsi tailler la pierre ou régler une horloge avec beaucoup de précision et j’ai déjà rencontré quelqu’un qui fait des pâtisseries en 3D.

    Ce qui est sûr, c’est que ceux qui choisiront les filières scientifiques, techniques, d’ingénierie ou de mathématiques sont assurés d’avoir beaucoup d’opportunités. Mais ceux qui ne sont pas très scientifiques ne doivent pas se décourager, car il y aura parallèlement tout autant de nouveaux métiers qui demandent des caractéristiques proprement humaines : l’inventivité, la créativité, la communication, l’esprit critique, l’empathie, le rapport aux autres… Auprès des personnes âgées par exemple, on pourrait créer une machine qui change les draps et les couches des patients, mais il restera à se charger du contact humain, de la relation, qui est peut-être le plus important pour eux. Ces métiers-là ont aussi un bel avenir.

    Intelligence Artificielle AI IA
    © Photo Antonio Marca

    Est-ce que l’on peut dire que les « geeks » d’hier sont les stars de demain, les employés qui seront les plus recherchés ?

    Bien sûr, c’est déjà le cas, leur revanche est amorcée ! Aujourd’hui, il fait bon d’être un génie des technologies informatiques : les opportunités sont nombreuses et les salaires élevés. Avec une subtilité tout de même, très bien décrite par l’économiste américain Milton Friedman. Être un geek, c’est bien, mais le top du top, ceux qui seront les plus recherchés, ce sont les geeks dotés d’une grande empathie et autres caractéristiques humaines au-delà des qualités technologiques. La version sociale des geeks.

    Le système scolaire actuel est-il adapté au futur monde du travail ? Et si non, comment doit-il évoluer ?

    Le système scolaire doit davantage insister sur les compétences humaines, celles que les robots n’ont pas et qui seront les plus valorisées à l’avenir. Des connaissances peuvent aisément être insérées dans un système robotique, ce n’est pas le cas de l’empathie, l’instinct ou la créativité.

    En Europe, n’est-on pas moins bien préparé que la Chine ou les Etats-Unis face à ces changements ?

    Si, on prend le train en retard, comme souvent. Certains disent que c’est à cause de notre régulation, moi je pense que c’est surtout une question de volonté politique et d’investissement, aussi bien public que privé. Si on n’y met pas les moyens, on ne sera jamais les plus forts.

    On peut imaginer que ces révolutions technologiques vont creuser les inégalités homme/femme aussi, puisque dans ces métiers d’avenir (la tech en général) les femmes sont sous-représentées.

    C’est vrai et pourtant rien n’empêche qu’il y ait une parité parfaite dans la technologie. En moyenne, les filles sont d’ailleurs meilleures que les garçons à l’école, mais se sentent moins capables de faire des carrières scientifiques. Il faut leur faire savoir qu’elles en sont tout aussi capables et ce, dès le plus jeune âge, casser les stéréotypes.

    Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? 21 métiers du futur à l’ère des robots et de l’intelligence artificielle Nicolas Hazard

    Biographie : qui est Nicolas Hazard ?

    Passé par Sciences Po. Paris, par HEC, ainsi que par la Sorbonne, Nicolas Hazard est entrepreneur et président d’INCO, un groupe associatif présent dans 50 pays, qui comprend un fonds d’investissements spécialisé dans le financement de startups et d’associations à impact, des incubateurs et accélérateurs de startups et des formations aux métiers de demain destinées aux jeunes éloignés de l’emploi. Il est par ailleurs auteur et a été chroniqueur pour Le Monde, The Guardian et pour la Stanford Social Innovation Review.

    (1) Source : Étude Institut Dell et Institut pour le futur – mars 2017.

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