Les places financières européennes sont confrontées à une pénurie de compliance officers, un métier de plus en plus demandé en raison des réglementations toujours plus nombreuses et complexes en matière de conformité. Une difficulté qui se vérifie aussi en Principauté.
Ce sont des profils très convoités et de plus en plus difficiles à dénicher… Les banquiers monégasques sont formels sur ce sujet. Trouver des talents dans les domaines de la compliance et du regulatory est devenu un véritable casse-tête. Une problématique de recrutement qui n’est pas juste monégasque. Loin de là. L’ensemble des places financières européennes est semble-t-il confronté à cette pénurie. « Dans un contexte réglementaire de plus en plus complexe, les besoins dans les métiers regulatory et compliance se sont en effet accentués ces dernières années. Cette problématique de rareté des ressources et de forte concurrence n’est toutefois pas propre à Monaco. Elle se rencontre sur d’autres places financières européennes », nous confirme Gérard Ohresser, directeur général d’Edmond de Rothschild Monaco qui rappelle qu’en Principauté, les autorités de contrôle, comme le SICCFIN, ont, elles aussi, des besoins croissants en personnel qualifié.
« Les meilleurs profils sont très demandés »
Cette recherche de compliance officers en Principauté, le président de l’AMAF, Etienne Franzi, l’observe également. « La demande de tels profils est effectivement très forte en raison du renforcement, année après année, des mesures de lutte anti-blanchiment, nous indique-t-il. Ainsi, sur la décennie, la part de ces collaborateurs dans les effectifs s’est accrue d’environ quatre points. » Le diagnostic est donc unanime : le volume d’opportunités d’emplois est bien supérieur au nombre de candidats qualifiés disponibles sur le marché. Si la concurrence est de plus en plus rude, c’est aussi parce qu’au-delà du secteur bancaire, les professionnels de la conformité sont de plus en plus sollicités par les cabinets de conseil et autres industries où leurs compétences sont très prisées. De plus, ces métiers, qui sont tout de même relativement récents, exigent un niveau d’expertise de plus en plus élevé. « Les différentes régulations, enquêtes et contrôles obligent en effet à des systèmes de conformité de très haut niveau. Les meilleurs profils sont donc très demandés », confirme à son tour Nicolas Feit, directeur général de SG Monaco. Face à cette concurrence féroce, les banques sont donc contraintes de doper considérablement les salaires pour les attirer.
Connaissance de la réglementation monégasque : une difficulté supplémentaire
Autre difficulté identifiée en Principauté : les profils recherchés à Monaco doivent nécessairement avoir une connaissance des réglementations locales. Ce qui limite encore plus fortement les possibilités de recrutement. « Les profils recherchés doivent effectivement avoir une connaissance de la réglementation monégasque et une expérience à Monaco, ce qui limite le nombre de candidats potentiels. Le besoin est donc de recruter des candidats opérationnels, capables de délivrer à court terme », rajoute Gérard Ohresser de la banque Edmond de Rotschild Monaco, qui salue toutefois une initiative de l’AMAF. Cette association a en effet mis en place, en 2022, une certification professionnelle en matière de LCB/FT-C.
Transformer les compétences au niveau local
Au-delà des rémunérations très juteuses, comment, justement, mieux attirer ces profils en Principauté ? Selon plusieurs observateurs, la solution n’est pas forcément celle d’aller chercher des candidats dans d’autres pays — ces derniers se battant eux-mêmes pour préserver leur réservoir de talents — mais bien de former localement. « Une des pistes est effectivement de reconvertir des compétences en interne auprès de collaborateurs intéressés par la conformité, rajoute Nicolas Feit. Je pense qu’il est également important de retenir les talents déjà présents sur place, en les valorisant, et en enrichissant leurs missions. Que celles-ci ne soient pas uniquement destinées à du contrôle. Il ne faut pas hésiter également à embaucher des jeunes sortant des écoles et les former. » Selon Gérard Ohresser, de la banque Edmond de Rotschild Monaco, pour séduire ces profils, il faut aussi prendre en compte bien d’autres paramètres. « La Principauté de Monaco gagnerait également en attractivité en améliorant les conditions d’accessibilité au niveau des transports en commun, et en ayant une politique de logement dans les communes limitrophes », indique-t-il. Selon ce professionnel, Monaco doit également s’inspirer des nouvelles méthodes de travail développées par les autres places financières, « par exemple le télétravail, ou la flexibilité du temps de travail. »
