Pendant plusieurs décennies, Monaco a accueilli plus d’une centaine de jazzmen internationaux. Pour certains artistes, se produire en Principauté fut un véritable tremplin. D’autres sont devenus des habitués de la scène monégasque. Récit de l’histoire du jazz à Monaco signé L’Obs’.
S’il est communément admis que le jazz est né au début du XXème siècle aux États-Unis, et plus précisément à la Nouvelle-Orléans, une toute petite partie de l’histoire de ce genre musical s’est aussi écrite à Monaco… En particulier, grâce à un grand mélomane au carnet d’adresses bien rempli : Jean-René Palacio, décédé en mai dernier. Ce fan de jazz (et de bien d’autres styles musicaux) a créé il y a 15 ans le Monte-Carlo Jazz Festival. « Il manquait un évènement d’hiver, complémentaire à la saison artistique déjà présente à la salle Garnier. C’est pourquoi, nous avons lancé un festival de jazz en novembre. Période où il n’y a pas de festival dédié à cette musique autour de Monaco. Notre volonté était aussi d’investir un endroit inhabituel pour y célébrer une musique aussi contemporaine que le jazz ou le rock », nous expliquait il y a quelques années ce féru de musique. Si l’on rembobine 15 années de festival, plus de 120 grands noms du jazz se sont produits depuis 2006 à l’Opéra Garnier. « Le Monte-Carlo Jazz Festival a programmé les plus grands : Chick Corea, Sonny Rollins, Ron Carter, Herbie Hancock, Diana Krall, Dee Dee Bridgewater, Gregory Porter, Paolo Conte, Melody Gardot, Al Jarreau, Wayne Shorter, ou encore Bobby McFerrin », énumère ainsi Gilles Marsan, Directeur artistique de la SBM, et bras-droit de Jean-René Palacio durant 20 ans. D’autres artistes sont devenus des réguliers, à l’image du bassiste Marcus Miller qui s’est produit à sept reprises en Principauté. Mais aussi le guitariste virtuose Birelli Lagrène, la chanteuse Stacy Kent, le pianiste Éric Legnini, ou encore le batteur Manu Katché.

Donner la chance aux espoirs
Il y a aussi tous ceux qui étaient, lorsqu’ils ont été programmés à leur début, moins connus du grand public et qui sont devenus au fil des années de véritables stars du jazz. « Notre directeur artistique a laissé aussi leur chance aux “espoirs” devenus grands. Je pense notamment à Avishai Cohen, Raoul Midon, Roy Hargrove, Esperanza Spalding, Kyle Eastwood, Vincent Peirani, Anne Paceo, Hugh Coltman ou encore les Snarky Puppy », poursuit Gilles Marsan. Sans oublier, le trompettiste Ibrahim Maalouf découvert au festival en 2012 et qui donne en 2016 un concert triomphal à Bercy.

Du jazz au Cabaret et au Moods
Mais bien avant le Monte-Carlo Jazz Festival, ce genre musical avait déjà résonné dans des salles de concert monégasques. « Le jazz a toujours existé à Monaco. Il y a eu notamment quelques concerts du pianiste Oscar Peterson. Je pense aussi à Aimé Barrelli. » Ce chanteur, trompettiste de jazz et chef d’orchestre français (naturalisé monégasque) a en effet animé les grandes soirées de Monte-Carlo dans les années cinquante… Dans les années 2000, la SBM avait également créé près de la place du casino une salle baptisée Le Cabaret où étaient programmés des spectacles de charme avec des danseuses. « Le mardi était le soir de pause des danseuses. Jean-René Palacio a donc eu l’idée de programmer du jazz durant ces soirées. Le tout premier concert a eu lieu avec Pink Martini, se souvient encore Gilles Marsan. Le premier concert de Marcus Miller à Monaco, c’était également au Cabaret. » Plusieurs artistes de jazz se sont également produits sur la scène live du Moods. C’est notamment le cas du contrebassiste Avishai Cohen à ses débuts, mais aussi de Ben Sidran et Georgie Fame. Au Sporting, Gilles Marsan se souvient tout particulièrement du concert de Diana Krall en 2004. « À cette époque, elle était l’épouse d’Elvis Costello. Dans la salle, à la première table, il y avait donc Elton John, Elvis Costello, The Edge et Bono. C’était un moment extraordinaire. »
Le regret
Le chanteur de U2, Bono, a une propriété depuis plusieurs décennies tout près de Monaco, à Eze. « Il est venu en client des dizaines de fois au Sporting mais il n’a jamais exprimé le souhait de s’y produire. C’est l’un de nos grands regrets », reconnaît Gilles Marsan. Alors Bono, si tu nous lis, la SBM t’attend…
Du jazz, mais pas que…
Le Directeur artistique de la SBM le reconnaît aisément. Ne programmer que du jazz et rien que du jazz, est aujourd’hui bien trop délicat. « Les festivals de jazz sont obligés de s’ouvrir à d’autres musiques. Sinon, économiquement, ce n’est pas viable », indique Gilles Marsan. Effectivement, pour attirer un plus large public, les programmateurs incluent désormais dans leur festival des artistes qui n’ont pas vraiment, voir pas du tout (ou alors très peu) de lien avec le jazz. Cette année à Monaco, c’est notamment le cas de David Hallyday, en concert le 4 décembre. Dans les précédentes éditions, il y a eu également la programmation du chanteur Christophe ou encore, plus inattendu, de Robert Charlebois en 2006. Le chanteur québécois avait alors fêté ses 50 ans de carrière à l’Opéra Garnier.
