La violence dans les jeux vidéo est un sujet qui a toujours divisé. Pour les uns, c’est un divertissement n’exerçant aucune influence sur la personnalité des usagers, pour les autres, c’est une introduction aux comportements agressifs. Aurélie Bouvier, animatrice multimédia pour Action Innocence Monaco nous éclaire sur les impacts potentiels de ces jeux virtuels chez les plus jeunes
Les jeux, au sens large, sont l’apanage des enfants dès le plus jeune âge. Divertissants, ludiques, éducatifs, ou tout à la fois, ils investissent le quotidien familial. Quid des jeux vidéo ? Les éditeurs l’ont compris depuis bien longtemps. Le virtuel accroît l’attrait des plus jeunes, qui représentent une part significative des ventes de jeux vidéo à travers le monde. En France, 98 % des enfants jouent aux jeux vidéo (1) qui font désormais partie intégrante de la vie familiale.
Référez-vous à la signalétique PEGI
Hélas, les jeux vidéo préférés des adolescents contiennent souvent de la violence. Pour acheter un jeu correspondant au développement émotionnel de votre enfant, référez-vous à la signalétique PEGI (2) qui a été créée pour permettre aux parents européens de prendre des décisions éclairées lors de l’achat de jeux vidéo. En résumé, les jeux classés PEGI7 présentent des scènes de violence ni réalistes, ni détaillées ; les PEGI12 peuvent contenir de la violence dans un environnement imaginaire ou une violence non réaliste par rapport à des personnages à figure humaine ; les PEGI16 ou 18 contiennent des scènes d’ultra violence et des plus réalistes.
Prévention dès la CM1
C’est pour cette raison qu’Action Innocence Monaco propose une prévention autour du jeu vidéo dès la classe de CM1 et traite ce thème lors des réunions parents. Nous constatons lors des préventions que plus de 90 % des élèves possèdent une console de jeu et/ou un ordinateur mais jouent de plus en plus sur leur smartphone. Plus de la moitié des moins de 10 ans jouent à des jeux tels que Fortnite (PEGI12), Call Of Duty et GTAV (PEGI18). Dans GTAV, les jeunes sont exposés à de l’extrême violence, de la discrimination (racisme, sexisme), du langage grossier, de la drogue et de la pornographie. L’exposition des enfants à des scènes violentes, réelles ou fictives, peut entraîner des conséquences telle qu’une augmentation des pensées et des comportements violents, un changement d’humeur (anxiété, tristesse), une modification de l’état physiologique (accélération du rythme cardiaque) et influer sur l’empathie.
Soyez vigilants auprès des plus jeunes qui ont tendance à ne pas se méfier et peinent à imaginer que derrière un copain de jeu virtuel peut se cacher un prédateur
Des copains de jeu virtuels
La pratique des jeux vidéo a un aspect social très attractif car la plupart se jouent en ligne et les jeunes aiment se retrouver pour collaborer, discuter, voire se faire de nouveaux “amis”. Soyez vigilants auprès des plus jeunes qui ont tendance à ne pas se méfier et peinent à imaginer que derrière un copain de jeu virtuel peut se cacher un prédateur. Prenez le temps, avant tout jeu en ligne, de créer avec votre enfant un pseudonyme sans informations personnelles (prénom, nom, âge, ville/code postal) ainsi qu’un mot de passe fort pour éviter le piratage de son compte.
Le côté addictif des jeux
Les adolescents apprécient particulièrement les jeux de stratégie, de guerre, de rôle. Sachez que ces jeux sont élaborés en lien étroit avec des neuropsychologues afin de les rendre attractifs et addictifs, car les éditeurs tablent sur le lien plaisir/récompense. Alors qu’en mode solo (avec un scénario) on peut “finir” un jeu, ce n’est pas le cas des jeux en ligne car les possibilités sont infinies. Voilà donc pourquoi certains jeunes allouent un temps conséquent à ce type de jeu.
Prenez le temps, avant tout jeu en ligne, de créer avec votre enfant un pseudonyme sans informations personnelles ainsi qu’un mot de passe fort pour éviter le piratage de son compte
Savoir distinguer passion et addiction
Le temps passé ne doit pas être forcément un motif d’inquiétude car il est nécessaire de savoir distinguer la passion de l’addiction. L’OMS (3) a classé officiellement, en janvier 2022, le trouble du jeu vidéo (ou gaming disorder) dans la classification statistique internationale des maladies et des problèmes connexes. Cependant, pour que ce trouble soit diagnostiqué en tant que tel, le comportement doit être d’une sévérité suffisante pour entraîner une altération non négligeable des activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles ou d’autres domaines importants du fonctionnement, et en principe, se manifester clairement sur une période d’au moins 12 mois. Selon le rapport de la MILDECA (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives), un adolescent sur huit serait concerné.

Attention aux achats
Il est également important de prêter attention aux achats intégrés proposés dans les jeux car les adolescents sont souvent tentés d’obtenir des contenus leur permettant d’avoir de l’argent virtuel, d’améliorer leur(s) personnage(s), leur équipement, etc. La facture peut vite être salée. Par précaution, ne donnez pas le code confidentiel de votre carte bleue à votre ado.
Le jeu vidéo induit la compétition
Du fait des tueries de masse aux États-Unis par des jeunes jouant à des jeux de guerre, de nombreuses études scientifiques tentent de prouver la corrélation entre le passage à l’acte et les jeux vidéo violents. À ce jour, elles ne démontrent pas de lien de causalité entre un jeu violent et un comportement violent. Ce qu’il en ressort est que le jeu vidéo (violent ou pas) induit la compétition car on veut dépasser l’autre, être meilleur que lui, et va donc créer une certaine agressivité. De jouer de façon excessive tend à banaliser la violence, à s’approprier un langage grossier pratiqué au travers des tchats de jeux vidéo où les insultes sont monnaie courante.
Le contrôle parental
En tant que parent, il est nécessaire d’encadrer cette pratique du jeu en installant un contrôle parental (4) sur les différents écrans de vos enfants, en mettant en place une gestion raisonnée du temps d’écran. Plus l’approche des écrans aura été progressive et accompagnée, plus votre enfant en aura une utilisation maîtrisée. Respectez la signalétique PEGI qui conseille l’âge du jeu selon le contenu du jeu et non sa difficulté. Enfin, afin que le jeu soit un moment agréable pour tous, nous vous recommandons d’échanger avec vos enfants sur ce qui leur plaît dans leurs jeux favoris, de jouer avec eux afin de transformer le jeu en moment de partage et n’oubliez pas le parent reste le principal modèle donc éviter de jouer devant eux à des jeux inadaptés à leur âge !
Action Innocence Monaco (AIMC), une ONG monégasque d’intérêt général
Créée en 2002, elle est présidée par Louisette Azzoaglio. Ses missions consistent en une prévention et une éducation à un usage raisonné et responsable des outils numériques pour adopter les bons réflexes. Des interventions ont régulièrement lieu dans des établissements scolaires, des entreprises ou encore des institutions. Elles sont pilotées par des psychologues et des animateurs multimédias. Des outils pédagogiques sont aussi utilisés comme des flyers, tutos et des guides pour les parents. L’ONG a l’habitude de collaborer avec la Sûreté publique, aussi bien que des services de police et gendarmerie en Europe pour lutter contre le trafic de fichiers pédopornographiques. Plus d’informations sur le site www.actioninnocencemonaco.com et/ou sur les réseaux sociaux de l’association.
(1) Rapport « L’essentiel du jeu vidéo » novembre 2021 (www.sell.fr)
(2) www.pegi.info/fr
(3) Site officiel de l’OMS who.int/fr
(4) www.monaco-telecom.mc/safety
