Aurélie Fraud, psychologue clinicienne intervenant pour l’association Action Innocence Monaco, délivre ses conseils de professionnel de santé aussi bien aux jeunes accros aux jeux vidéo qu’à leurs parents, parfois déboussolés.
Ce sujet fera aussi l’objet d’une conférence Zoom avec inscription (1) qu’organise l’association le 8 juin à 18h30.
Les jeux vidéo correspondent à tous les jeux permettant d’interagir dans un environnement virtuel, utilisant les outils du numérique. Ils offrent un espace privilégié pour les jeunes que nous définissons fréquemment comme accros à ce genre de jeux. Qu’en est-il vraiment ? Comment agir avec son enfant ? L’oeil du psy décrypte vos inquiétudes, et vous donne des solutions.
Mon enfant est-il accro aux jeux vidéo ?
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a inscrit le « gaming disorder » à la classification internationale des maladies en 2018. Seulement, jouer durant des heures n’est pas nécessairement pathologique. Des études (2) prouvent que très peu de jeunes souffrent de cette addiction, et qu’un usage excessif du jeu n’est très souvent que transitoire. Néanmoins, c’est une maladie psychique pouvant se développer et qui mérite donc notre attention. Ce qui doit alerter les parents ou les proches, outre l’augmentation du temps de jeux, sont les éléments suivants : un désintéressement/désinvestissement de la vie scolaire avec baisse des résultats, un désintéressement des activités qui animaient initialement le jeune, une colère et une agressivité en cas d’arrêt du jeu et/ou de l’impossibilité de jouer, une frustration et une apparition de difficultés sociales et isolement (conflits entre pairs etc.)
L’interdiction complète serait contre-productive, puisque l’utilisation intensive des jeux vidéo reflète souvent l’expression d’une crise familiale
Les solutions à adopter
Pas de panique, des solutions existent ! Dans ces cas-là, ne pas braquer l’enfant est indispensable. Nous vous conseillons de communiquer en vous intéressant à ses jeux et en lui expliquant les conséquences que ce comportement a sur lui. L’interdiction complète serait contre-productive, puisque l’utilisation intensive des jeux vidéo reflète fréquemment l’expression d’une crise (familiale, scolaire…). En revanche établir une charte d’utilisation du jeu avec votre enfant permettrait à chacun d’être en accord avec cette pratique. Enfin, proposer des activités au sein de la famille ou en club pour pallier un potentiel ennui et recourir à un accompagnement psychologique peut également apaiser votre enfant.
Les jeux vidéo rendent violent ?
L’essor du numérique et la surmédiatisation de massacres dans les établissements scolaires aux États-Unis ne sont pas sans lien avec cette croyance. Bien que l’auteur de ces agissements puisse passer des heures à jouer devant son écran, les raisons de son passage à l’acte sont souvent plus profondes. Des jeux de stratégie et d’équipe permettent aux jeunes l’acquisition de compétences sociales, de développer l’empathie et ainsi favoriser les comportements sociaux positifs et la diminution de l’agressivité. L’adolescence est une période d’affirmation, de quête d’identité et de fait, un temps de dérèglements et d’expérimentation des émotions. Un jeu à contenu violent peut révéler l’état émotionnel de votre enfant mais, dans ce cas, le jeu permettra de canaliser la colère et diminuer le risque d’agressivité. Pour les parents, il est nécessaire de s’attacher à respecter le PEGI (3) des jeux de vos enfants. Cette norme renseigne sur l’âge minimum à partir duquel votre enfant peut jouer à ce jeu sans être choqué par le contenu et les cryptogrammes informent sur les éléments abordés dans le jeu (violence, nudité, discrimination etc). Le PEGI à respecter concerne aussi bien l’âge minimum conseillé du joueur que celui des spectateurs pouvant aussi être choqués par les contenus. Alors attention aux frères et sœurs ! Enfin, nous vous conseillons également de trouver un équilibre entre jeux vidéo et activité physique. En effet, l’immobilité imposée par la plupart des jeux vidéo reste source de tensions corporelles qui peuvent se décharger par une augmentation de l’agressivité de votre jeune.
Ce qui doit alerter : un désinvestissement de la vie scolaire avec baisse des résultats, un désintéressement des activités qui animaient initialement le jeune, une colère et une agressivité en cas d’arrêt du jeu et/ou de l’impossibilité de jouer, une frustration et une apparition de difficultés sociales et isolement
Confusion entre réel et virtuel ?
C’est la peur que les jeunes reproduisent dans la vraie vie ce qu’ils expérimentent dans les jeux vidéo et qui est à l’origine d’une crainte chez tous parents. Scientifiquement à ce jour, aucune étude ne pointe un lien entre cette confusion et les jeux vidéo (4). Le jeu vidéo est utilisé comme un exutoire mais, à la différence d’un film, le jeune manipule l’image et a un rôle actif dans le déroulé. Cette expérience l’amène à se dépasser et à prendre confiance en lui. Les bénéfices apportés sont donc bien plus réels qu’une simple satisfaction visuelle apportée par la télévision. Le jeune développe par ce biais de véritables compétences émotionnelles, sociales, visuo-spatiales, de résolution de conflit etc. Il convient néanmoins de nous assurer que nos enfants soient accompagnés à la découverte de la sexualité afin de ne pas reproduire dans la vraie vie les scènes banalisées visionnées dans les jeux. Notons aussi que les interactions sociales nouées derrière l’écran restent fréquemment superficielles malgré des rencontres réelles. Tous ces éléments seront débattus lors d’une webconférence Zoom le 8 juin à 18h30 qui a pour thème les jeux vidéo.
1) Pour vous inscrire à la conférence en ligne, écrivez un email à l’adresse info@aimc.mc en précisant l’objet “Zoom du 8 juin 2021”.
2) Achab, S., Simon, O., Müller, S., Thorens, G., Martinotti, G., Zullino, D., Khazaal, Y. (2015). Internet Addiction. Textbook of addiction treatment : international perspectives, 1499-1513
3) PEGI : Pan European Game Information ; système de classification européen des jeux vidéo selon leur contenu https://pegi.info/fr
4) WordPress, Les Identités numériques, Une confusion entre réel et virtuel ? source https://internetsanscrainte.fr

