Comment réagir face au fait que mon enfant puisse être responsable de harcèlement ? Ana Sanchez, psychologue consultante pour Action Innocence Monaco, explique les signaux d’alerte et la meilleure attitude à adopter dans cette situation délicate.
Les statistiques du harcèlement en France alertent sur le fait qu’un enfant sur dix est victime de harcèlement scolaire (1). Malgré tous les dispositifs de prévention mis en place par les pouvoirs publics ces dernières années, ce chiffre ne baisse pas et s’accroît même avec les violences numériques sur les réseaux sociaux. Pour chaque mineur victime, un autre élève est l’auteur des faits. Souvent préoccupés par la possibilité que notre enfant souffre de maltraitances, nous oublions de prendre en compte qu’il puisse être le harceleur à l’origine de celles-ci. En étant parents, comment rester vigilants face à une telle éventualité ?
Les signaux d’alerte
Partant du fait qu’il n’existe pas un profil type de harceleur, certaines situations vécues par un enfant peuvent expliquer sa propension au harcèlement. Basiquement, les comportements agressifs peuvent apparaître de façon proactive ou réactive. Dans le premier cas, proactif, la personnalité de l’enfant l’incite à agir par sa propre initiative. Il s’agit d’enfants avec des comportements impulsifs, disruptifs, dominants et antisociaux. Quelques signaux peuvent alerter au sein de la famille : des comportements despotiques ou négationnistes de l’enfant, avec un modèle relationnel basé sur la domination et la soumission entre frères et sœurs, et l’exigence des choses de façon immédiate aux parents. Il peut s’agir d’enfants peu sensibles à la souffrance des autres, présentant un manque d’empathie et d’assertivité. Très souvent ces enfants ont des réactions d’indifférence face aux punitions.
« Difficulté d’identifier et de gérer les émotions internes et externes »
Dans le second cas, réactif, l’enfant agit de façon agressive quand il se sent attaqué, incapable de gérer sa colère, sa rage ou sa tristesse. Il s’agit d’enfants anxieux, avec peu de tolérance à la frustration, une basse autoestime et de faibles habiletés sociales. Les signaux qui peuvent alerter : des problèmes de sommeil, de la jalousie par rapport aux frères et sœurs, des problèmes à l’école avec des convocations fréquentes, un faible contrôle des émotions, une insatisfaction générale dans la vie. Ces enfants ont du mal à assumer la responsabilité de leurs actes et en renvoient la cause sur les autres. Qu’il s’agisse d’un comportement proactif ou réactif, le dénominateur commun est la difficulté d’identifier et de gérer les émotions internes et externes.
L’importance du dialogue
Dès l’apparition de signes inquiétants dans le comportement de son enfant, l’observation attentive des changements de ses états d’âme constitue la première étape pour lui venir en aide. En effet, très fréquemment, l’expression d’un mal-être ou des préoccupations n’est pas verbale. Toutefois, c’est grâce au dialogue que nous pouvons installer un cadre sécurisé pour permettre la prise de parole de l’enfant. Ce cadre impose du respect, de la bienveillance, ainsi qu’une écoute attentive et sans préjugés. L’enfant véritablement écouté dans un cadre de confiance pourra ainsi, avec le temps, exprimer ses émotions, prendre conscience de son comportement, réfléchir sur ses agissements et probablement mettre en cause certains de ses actes.
Pas de culpabilisation
S’il s’avère être à l’origine d’attitudes de harcèlement, il ne faudra pas le culpabiliser, ni perdre de vue que sa façon d’agir aura été la plus pertinente à ses yeux au moment des faits. Avait-il envisagé d’autres issues ? Était-il conscient de la souffrance imposée à la victime ? Tant de questions qui pourront faciliter l’échange pour comprendre la véritable source des inquiétudes et pouvoir envisager l’étape de réparation. Le premier pas, après la reconnaissance du problème et de la non-adéquation de la conduite, consiste à obtenir l’engagement de l’enfant pour arrêter, de façon immédiate, toute forme de violence, qu’elle soit verbale, physique ou psychologique envers la victime. Il est important de lui faire comprendre, à ce stade, les éventuelles conséquences pour toutes les personnes, ainsi que sa responsabilité dans les faits.
Éviter la bascule vers le cyberharcèlement
Il sera essentiel d’encadrer également ses pratiques sur les réseaux sociaux, pour éviter que les attitudes négatives ne prennent alors la forme d’un cyberharcèlement. Le rôle des parents devient crucial dans l’accompagnement de l’enfant pour faire face au harcèlement scolaire. Les possibles actions pour réparer les préjudices dériveront ainsi des mesures de conciliation proposées par l’établissement scolaire. En parallèle, il sera nécessaire d’agir sur la problématique ayant causé l’inconfort de l’enfant harceleur, sans hésiter à demander l’aide des spécialistes en cas de besoin (médecin de famille, pédiatre, psychologue, etc.). Il faudra approfondir tout particulièrement le développement de l’empathie et de l’assertivité, la gestion des problèmes et la résolution des conflits. La solution à long terme passera sans doute par une attention toute particulière sur l’éducation émotionnelle, puisqu’établir des bonnes relations avec les autres s’avère, en fin de compte, aussi important que toutes les diverses connaissances apprises à l’école.
1) https://www.gouvernement.fr/agir-contre-le-harcelement-scolaire-qui-touche-un-enfant-sur-dix
