La demande locative explose actuellement à Monaco. Problème : les appartements disponibles sont de plus en plus rares. Face à cette pénurie de biens, les prix s’envolent et de nombreux clients sont en attente. Une situation tendue qui touche autant les nouveaux arrivants que les résidents actuels.
Si vous cherchez un appartement à louer actuellement à Monaco, mieux vaut s’armer de patience, et surtout, traquer la moindre offre qui se présente, car elle risque de s’envoler très vite… (1) Les agents immobiliers sont unanimes : le marché de la location est actuellement très tendu en Principauté. « Vers la fin de l’année 2023 / début 2024, nous avons effectivement observé une forte reprise du marché locatif en Principauté. La demande a explosé, mais le nombre de biens disponibles reste extrêmement limité », constate Eugenia Petrini à la tête de l’agence Petrini exclusive real estate Monaco. Selon cette professionnelle, pas de doute. Il y a clairement une pénurie d’appartements à louer. En particulier des trois pièces de grande taille. « De nombreux clients sont donc en attente. Les nouveaux arrivants peinent de plus en plus à trouver un logement. »
Lire aussi | Location d’un appartement à Monaco : prix, rentabilité… ce qu’il faut savoir
« Les clients cherchent pendant des mois »
Et manifestement, cette pénurie touche non seulement tous les types de biens, mais aussi toutes les bourses. « Quel que soit le type de surface, les appartements disponibles sont rares et dès qu’il y en a, ils partent rapidement. Les clients doivent chercher pendant des mois, ajoute Jean-Yves Le Graverend, directeur de John Taylor Monaco. Les prix ont augmenté, mais ce n’est pas une question de budget. C’est la rareté des biens qui pose problème. C’est donc très frustrant. » Ainsi, même les clients disposant de budgets très confortables ne trouvent pas leur bonheur. « Sur le marché de la location, les biens de luxe partent effectivement très vite. Les immeubles comme Les Terrasses du port, le Memmo Center ou le MoNa par exemple sont très demandés. Il y a de longues listes d’attente de clients », confirme à son tour Kate Dorfman, directrice de Caroli real estate.
Des locataires qui ne bougent pas
Très logiquement, dans ce contexte extrêmement tendu, de nombreux locataires déjà en place ne prennent pas le risque de déménager. « Les locataires actuels hésitent effectivement à changer d’appartement. Ils constatent que les prix des locations ont augmenté et que l’offre se fait rare, ce qui les pousse à rester dans leur logement actuel », rajoute Eugenia Petrini. Même constat pour Florian Valeri : « Ceux qui sont déjà logés savent que les prix à la location sont en train de monter, ils n’ont donc pas trop intérêt à déménager. Ils espèrent simplement que leur loyer ne soit pas revalorisé en dehors de ce qui est prévu contractuellement. »
Une vague venue du Schuylkill
Comment expliquer alors cette absence de biens à la location et surtout, ce surplus soudain de demandes ? Selon Gilles Graille, responsable de Pacific agency, ce sont certains projets de réhabilitation d’immeubles qui ont accentué la tension sur le marché locatif. « Ces derniers mois, nous avons vu arriver une vague importante de clients avec un assez bon pouvoir d’achat, cherchant à louer des deux ou trois pièces. Il s’agissait essentiellement des anciens locataires de l’immeuble le Schuylkill qui est en cours de réhabilitation. D’autres étaient en provenance d’un immeuble du Boulevard des Moulins qui, lui aussi, est en cours de réhabilitation. La demande, qui était déjà très forte, a donc été accentuée avec ces deux chantiers. »
« Un attentisme plus long »
Parallèlement, de nombreux locataires préfèrent visiblement temporiser avant de se lancer dans un achat immobilier en Principauté « Il y a effectivement un attentisme un peu plus long sur l’achat. Les primo-arrivants préfèrent louer deux à trois ans avant de décider s’ils souhaitent s’installer sur du long terme. Ils utilisent ce temps pour découvrir Monaco et ajuster leurs attentes », rajoute Florian Valeri. Autre raison avancée : depuis trois ans, les marchés financiers apportent de très belles rentabilités. Certains clients ne voient donc pas l’intérêt d’immobiliser autant de capital dans un achat. « Cela évoluera puisque les marchés financiers fluctuent », nuance toutefois ce professionnel. Les incertitudes internationales pèsent également sur le marché de l’achat. « Actuellement, les clients préfèrent louer plutôt qu’acheter un bien en Principauté, conclut Eugenia Petrini. Plusieurs raisons expliquent cela : les taux d’intérêt élevés, les tensions internationales, ou encore l’accord d‘association entre Monaco et l’Union européenne qui n’a finalement pas abouti, mais qui a freiné la fièvre acheteuse qu’il y avait à Monaco. Ce climat global n’était pas propice à l’investissement. »
A part : l’exception des petits studios ?
Actuellement, tous les types d’unités sont sollicités et se louent très facilement en Principauté. Selon les agents immobiliers, il y aurait toutefois une exception : les petits studios qui ne sont pas en très bon état. Pourquoi ? « Car aujourd’hui, avec les contrôles stricts effectués par la Sûreté publique sur le temps effectif passé en Principauté par les personnes qui sollicitent la résidence et notamment le certificat fiscal, les clients préfèrent mettre plusieurs centaines d’euros supplémentaires par mois pour vivre dans un studio plus grand et plus moderne, ou basculer sur un deux pièces », explique Florian Valeri.
(1) Selon les professionnels interrogés, pour les biens attractifs, le délai de relocation est souvent inférieur à 15 jours.
