Quelle est la position de la FEDEM (1) sur l’instauration de la semaine de quatre jours à Monaco ? Son président, Philippe Ortelli, souligne que cette organisation est déjà permise par la loi, dès lors qu’elle consiste à répartir les 39 heures sur quatre jours. En revanche, il s’oppose à l’idée d’une réduction du temps de travail, qu’il juge défavorable à l’économie et à l’emploi, en référence aux 35 heures en France. Il estime également qu’une généralisation du dispositif pourrait désorganiser le fonctionnement du tissu économique monégasque. Ses explications.
Un débat a récemment eu lieu au Conseil national sur l’instauration d’une semaine de 4 jours à Monaco. Quelle est la position de la FEDEM sur ce sujet : y êtes-vous favorable ?
La FEDEM est favorable à la liberté des entrepreneurs d’organiser le temps de travail, en concertation avec les salariés, de la manière la plus adaptée aux contraintes et aux intérêts de chacun. Cela peut être sur quatre jours, ce qui est déjà légalement possible à Monaco : une durée hebdomadaire de 39 heures peut être répartie sur quatre jours sans dépasser la durée maximale quotidienne de dix heures. Il faut cependant bien s’entendre sur ce qu’est une semaine de 4 jours : il s’agit d’une compression du temps de travail, pas d’une réduction de celui-ci, laquelle aurait des conséquences dommageables pour l’économie, et de facto pour l’emploi. L’expérience des 35 heures en France a montré les effets de désorganisation, de stress et de démotivation que peut entraîner une telle réforme, notamment dans certains services publics. La FEDEM s’était alors fortement mobilisée pour éviter une transposition de ce modèle en Principauté.
Quels risques la FEDEM identifie-t-elle si la semaine de quatre jours était généralisée à Monaco ?
Je pense qu’une généralisation trop large pourrait désorganiser le fonctionnement du pays. Le tissu économique est aujourd’hui structuré autour d’une semaine de six jours ouvrables, le plus souvent travaillés sur cinq jours. Un passage à quatre jours poserait des difficultés de coordination, soit en imposant un jour commun de fermeture, soit en rendant incertaine la disponibilité des entreprises. Enfin, comme l’a montré le développement du télétravail, l’absence de salariés a, même si ce n’est qu’un jour par semaine, un effet négatif sur les commerces et les restaurants, au détriment de l’économie du pays.
Savez-vous si des entreprises monégasques l’ont déjà expérimentée ?
Nous n’avons pas connaissance d’entreprise l’ayant fixé pour règle commune à tous ses employés, ni même à une forte proportion d’entre eux. En revanche, nous savons que certains salariés ont fait le choix, en accord avec leur employeur, de se dégager une journée de plus par semaine. Ces aménagements semblent donner satisfaction aux parties concernées.
Est-ce que vous seriez favorable à une expérimentation encadrée, par exemple sur un panel d’entreprises volontaires ?
Une telle expérimentation ne paraît pas indispensable dans la mesure où le cadre légal permet déjà cette organisation du temps de travail. Toute étude complémentaire pourrait néanmoins apporter des enseignements utiles, même si de nombreuses expérimentations ont déjà été menées à l’étranger. Ces expériences, généralement de faible ampleur, ont mis en évidence un taux de satisfaction élevé parmi les entreprises participantes, dont une large majorité a choisi de pérenniser ce mode de fonctionnement. Il convient toutefois de souligner que ces résultats portent sur un nombre limité d’entreprises volontaires, ce qui est insuffisant pour en tirer des conclusions générales sur l’organisation économique à grande échelle.
La durée hebdomadaire de travail à Monaco étant de 39 heures, est-ce plus difficile à instaurer qu’en France où la durée de travail par semaine est de 35 heures ?
Non, la différence de durée hebdomadaire de travail n’a pas d’incidence directe sur la difficulté de mise en place. Comme déjà signalé, il est possible de faire 39 heures en 4 jours sans dépasser 10 heures par jour, c’est-à-dire de rester dans le cadre légal.
Pour la FEDEM, la semaine de 4 jours pourrait-elle être un moyen de réduire le trafic sur les routes, ou l’effet serait marginal ?
Comme l’a montré l’extension du télétravail, une diminution du nombre de salariés présents chaque jour à Monaco entraîne mécaniquement une baisse du trafic. L’impact dépendrait donc des modalités retenues. Si toutes les entreprises choisissaient le même jour de repos, la réduction ne serait constatée que ce jour-là, et serait totalement inexistante les autres jours. À l’inverse, si les jours étaient plus ou moins répartis sur l’ensemble de la semaine, la baisse serait plus diffuse et proportionnelle au nombre de salariés concernés.
- (1) Fédération des entreprises monégasques. Voir article « Semaine de 4 jours, qu’en pensent les syndicats monégasques ? » sur ce lien. Voir article » Semaine de quatre jours : faut-il une politique publique pour l’encourager ? “ sur ce lien.
