Possible sur le plan légal, la semaine de quatre jours reste encore rare en Principauté. Sur ce sujet, les fédérations syndicales monégasques affichent des approches différentes : la F2SM réclame d’abord une expérimentation d’un an, encadrée et fondée sur le volontariat et des accords d’entreprise. De son côté, l’USM revendique une réduction réelle du temps de travail sans perte de salaire.
La semaine de quatre jours n’est pas une nouveauté juridique à Monaco. Légalement, rien n’empêche une entreprise de l’appliquer, et un salarié de la demander. Dans les faits toutefois, elle reste marginale. Quelques exemples existent. Au sein de l’établissement médical IM2S, certains salariés l’ont adoptée, cadres, soignants comme secrétaires. « Cela a été une demande faite par le personnel féminin, et la direction a donné un retour positif à la mise en place, quand cela était possible. Les personnels concernés en sont contents », souligne Thierry Petit, président de la Fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM). D’autres entreprises s’y intéressent aussi. Toujours selon la F2SM, Coty en a « aussi fait la demande » mais les salariés « sont dans l’attente du retour de la décision du groupe (maison mère) ».
La F2SM veut « expérimenter » avant de généraliser
La vraie question est désormais de savoir s’il faut encourager ce mode de travail à Monaco, voire mener une politique publique en ce sens. « Nous n’avons pas d’idées précises sur le sujet, ajoute Thierry Petit. Il faudrait pouvoir l’expérimenter sur une période d’un an avec quelques sites volontaires pilotes pour voir si cela présente des avantages ou des inconvénients, aussi bien pour les salariés que pour les employeurs ». Une condition, toutefois, lui paraît non négociable : « dans tous les cas, il faut que ce soit réglementé et encadré ». La F2SM refuse également l’idée d’un dispositif imposé à l’échelle de tout le territoire. « Si cela devait se faire, il ne faudrait pas que ce soit étendu à toute la Principauté, poursuit-il. Chaque entreprise, chaque salarié doit voir les avantages et les inconvénients, son envie ou non de le mettre en place, la possibilité de le faire ou pas. Il faut que ce soit un accord d’entreprise, discuté sereinement dans chaque entreprise et non imposé ».
Télétravail + quatre jours : un risque d’isolement ?
Autre prudence exprimée par la F2SM : l’effet cumulatif avec le télétravail. Thierry Petit met en garde contre un possible impact sur la cohésion des équipes et la possibilité que cela puisse « nuire à l’esprit d’entreprise ». « En effet, si un salarié a 2 jours de télétravail, cela représente la moitié de son temps de travail sur la semaine de quatre jours, au lieu de 40 % pour la semaine de cinq jours. En fonction du nombre de jours de télétravail, cela peut conduire à un risque d’isolement ».
L’USM défend une réduction du temps de travail « sans perte de salaire »
À l’inverse, l’Union des syndicats de Monaco (USM) inscrit la semaine de quatre jours dans une attente plus large. Ses membres revendiquent « une réduction effective du temps de travail » à Monaco, « dont la semaine de quatre jours constitue une modalité possible, à condition qu’elle se fasse sans perte de salaire », affirme Bruno Augé, secrétaire général adjoint de l’USM. Selon cette fédération syndicale, la question posée aujourd’hui n’est pas celle de la faisabilité technique, mais bien celle du choix de société : « Faut-il continuer à faire travailler toujours plus longtemps des salariés déjà soumis à une forte pression professionnelle et à des temps de transport importants, ou engager une évolution sociale attendue depuis longtemps ? », poursuit Bruno Augé. « L’économie de Monaco, qui génère des revenus considérables pour le pays, repose sur le travail des salariés, lesquels ne bénéficient pas, ou très peu, des gains de productivité, ce qui pèse sur eux. Il est donc légitime de mieux rémunérer les salariés, que ce soit par une hausse des salaires ou par une réduction du temps de travail ». L’USM s’appuie aussi sur les retours d’expérience généralement observés lors de réductions du temps de travail : « amélioration de la santé et de l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle, baisse de l’absentéisme, maintien, voire hausse, de la productivité ». Pour Bruno Augé, « ces résultats démontrent que la réduction du temps de travail n’est pas un frein économique, mais un levier social ».
Un argument monégasque : la circulation et les temps de trajet
Sur un territoire où beaucoup de salariés viennent chaque jour des communes voisines, notamment de Nice, et effectuent des trajets souvent pénibles, la question des déplacements revient aussi au cœur du débat. L’USM voit dans la semaine de quatre jours un bénéfice immédiat : moins de déplacements, moins de congestion routière, moins de fatigue et de stress pour les salariés. Le syndicat pousse aussi une revendication plus structurante : « la prise en compte du temps de transport dans l’évaluation du temps de travail et dans l’amplitude de la journée de travail ». Selon lui, « cette mesure permettrait de réduire considérablement le temps de travail effectif et de soulager les salariés d’une pression excessive liée aux conditions de circulation ».
