Monaco abrite palaces, restaurants et tables gastronomiques, et dispose d’un lycée hôtelier reconnu. Pourtant, l’apprentissage, tel qu’il existe en France, n’y est pas proposé. Les professionnels du secteur attendent que l’Éducation nationale monégasque se saisisse du sujet.
Le constat fait un tantinet grincer des dents dans le secteur… Comment un pays comme Monaco, qui concentre autant d’établissements hôteliers et de restaurants, peut-il encore se passer d’un dispositif d’apprentissage ? C’est la question posée sur le terrain par les professionnels, et notamment par Frédéric Ramos, chef cuisinier et président de l’association Monaco Goûts et Saveurs, qui assure avoir récemment évoqué le sujet avec les autorités éducatives.« Nous avons rencontré Jean-Philippe Vinci (directeur de l’Éducation nationale à Monaco, ndlr) pour lui rappeler qu’il n’existait pas d’apprentissage à Monaco. Pourtant, tous les atouts sont réunis en Principauté : des hôtels, des restaurants et un lycée hôtelier remarquable. C’est dommage, a-t-il regretté lors d’une conférence en décembre dernier au Monte-Carlo Bay rassemblant les professionnels du secteur (1). Il m’avait assuré qu’il allait se saisir du sujet. Je ne sais pas où cela en est aujourd’hui, mais ce serait vraiment idéal de pouvoir accueillir des apprentis dans les établissements monégasques. »
« Un travail et une réflexion à mettre en place »
Qu’en est-il, alors, au ministère d’État ? Selon une conseillère technique du département des Affaires sociales et de la Santé, présente lors de cette conférence, le sujet ferait visiblement son chemin au gouvernement. « Nous avons pleinement conscience que les employeurs monégasques souhaitent développer l’apprentissage à Monaco et bénéficier de davantage de subventions. C’est un sujet en cours. En France, il faut savoir qu’il existe aussi une participation des employeurs, qui n’existe pas à Monaco. Il y a donc tout un travail et une réflexion à mettre en place, a expliqué Nathalie Julien. Le conseiller-ministre aux Affaires sociales et à la Santé, Christophe Robino, est très sensibilisé à cette question et travaille avec la Direction de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports pour faire évoluer ce système ».
« Un taux d’abandon » qui décourage les entreprises
Si, à Monaco, tout est encore à bâtir en matière d’apprentissage, en France, bien des choses sont encore à revoir selon Éric Abihssira, président de l’UMIH (2)Nice Azur et Haut Pays. Une première étape a été récemment franchie avec une revalorisation des salaires depuis le 1er août 2025. « L’UMIH a été porteur de cette réforme, se félicite ce professionnel. Même quand on est apprenti, on doit a minima avoir la reconnaissance du travail que l’on fournit. Il ne faut pas que ces jeunes soient découragés », insiste-t-il. Mais la hausse des salaires ne règle pas tout. Dans les discussions de terrain, un constat revient : de nombreuses entreprises hésitent à s’engager dans l’apprentissage, non pas par manque d’intérêt, mais par crainte d’un investissement « perdu » quand le contrat s’arrête prématurément. « Si beaucoup d’entreprises hésitent aujourd’hui à s’engager, c’est notamment à cause d’un taux d’abandon trop élevé : elles n’ont donc pas de retour sur l’investissement, ni sur le temps consacré à former ces jeunes », indique-t-il. Selon lui, il faut donc revoir le contrat d’apprentissage. Son idée : s’inspirer de certains dispositifs où une entreprise finance un parcours (master, bachelor…) et attend en retour une période de présence. Transposée à l’apprentissage, la logique serait d’introduire un mécanisme favorisant une forme d’engagement de l’apprenti à rester une à deux années supplémentaires dans l’entreprise qui l’a formé.
(1) Intervention lors d’un petit-déjeuner débat organisé le 5 décembre au Monte-Carlo Bay par l’Association des Industries Hôtelières Monégasques sur le thème : « Trop cher pour le client, trop juste pour le restaurateur ? Comprendre le vrai prix d’une assiette ».
(2) Union des métiers et des industries de l’hôtellerie.
