Du 6 juillet au 1er septembre, le Grimaldi Forum de Monaco présente « Turner, le sublime héritage ». Organisée en collaboration avec la Tate, environ 80 créations du peintre britannique sont exposées. Les huiles sur toile et aquarelles de l’avant-gardiste William Turner dialoguent finement avec les œuvres d’une quinzaine d’artistes contemporains.
Il paraît que William Turner demandait à ses invités de patienter dans une salle obscure avant de pénétrer dans la pièce où ses œuvres étaient exposées. Selon lui, cette pause dans la pénombre permettrait de « purifier l’esprit (…) et d’améliorer la perception visuelle ». C’est donc tout naturellement que la visite de l’exposition « Turner, le sublime héritage » débute par un plongeon dans une salle sombre. Au centre de la pièce trône Totality, l’œuvre de l’artiste contemporaine originaire d’Écosse Katie Paterson. 10 000 photographies d’éclipses solaires sont réunies sur une boule à facettes, créant un véritable spectacle lumineux. La nature et la lumière, deux concepts indissociables des créations de William Turner, tout comme la notion de sublime.
Entre tradition et modernité
Elizabeth Brooke, commissaire de l’exposition, explique que le concept de sublime se définit comme « un effet artistique produisant l’émotion la plus forte que l’esprit est capable de ressentir ». La notion de petitesse de l’Homme face à la grandeur de la nature est omniprésente dans l’œuvre de Turner, mais aussi chez de nombreux artistes contemporains présents dans l’exposition. Les visiteurs sont invités à déambuler dans différents espaces nommés selon des lieux ou des phénomènes naturels. Des paysages anglais aux tempêtes maritimes, en passant par les montagnes ou encore Venise. Dans chaque pièce, les œuvres du peintre né au 18ᵉ siècle sont directement exposées aux côtés de créations modernes.
Quand l’œuvre trompe
Dans l’espace dédié aux décors montagneux, La Chute d’une avalanche dans les Grisons, une huile sur toile de Turner exposée pour la première fois en 1810, est située juste à côté du diptyque contemporain de Peter Doig, Ski Jacket. D’un côté, la représentation convaincante et presque réaliste d’une catastrophe naturelle. De l’autre, une peinture réalisée à partir d’une photographie de journal, représentant des skieurs débutant dans des tons rose-orange. « Je crois que sans les légendes, je n’aurais pas été capable de savoir laquelle est l’ancienne et laquelle est la moderne », confie Lola, amatrice d’art visiblement décontenancée par l’avant-gardisme de Turner.
Venise aux multiples visages
Une chose est sûre, Lola n’a aucune chance de se tromper dans l’espace dédié à la ville de Venise. Plusieurs huiles sur toiles et aquarelles de Turner représentant la Cité des Doges sont disposées dans une vitrine, placée de façon parallèle aux estampes d’Howard Hodgkin. Le dialogue entre les œuvres est d’une extrême facilité, dès lors qu’il suffit de faire naviguer son regard de bas en haut pour comparer en temps réel les productions de chaque artiste.
Là où Turner représente la beauté et la mélancolie concrète de la Reine de l’Adriatique, Hodgkin dépeint de manière beaucoup plus abstraite une vue imaginaire de la ville à différentes heures de la journée. Pour Lola, « les œuvres modernes se marient parfaitement avec celles de Turner (…) je ne sais pas si les artistes contemporains se sont inspirés ou si c’est le fruit du hasard, en tout cas, c’est vraiment sublime ».





