Cet été, le Grimaldi Forum de Monaco présente l’exposition Couleurs !, une exposition multisensorielle résolument grand public qui bouscule les codes muséaux. Chefs-d’œuvre du 20ème siècle, parfums, designs et sons créés sur mesure se mêlent pour explorer la couleur dans toute sa richesse artistique, sensorielle et symbolique.
Si les expositions d’été du Grimaldi Forum sont chaque année une réussite, il semble que les équipes se soient cette année encore dépassées. Du 8 juillet au 31 août 2025, le centre culturel propose un voyage fascinant au cœur de la palette chromatique. Un thème qui tombe sous le sens mais qui n’a pourtant que très rarement été traité en exposition. Couleurs !, conçue sous le commissariat de Didier Ottinger, directeur adjoint du Musée national d’art moderne, présente une centaine de chefs-d’œuvre issus des collections du Centre Pompidou, fermé pour travaux jusqu’en 2030.
« C’était l’occasion de profiter de leur collection exceptionnelle. Le monde de l’art attendait cette opportunité avec impatience et le Grimaldi a été le premier à la saisir », raconte Didier Ottinger. La scénographie circulaire imaginée par William Chatelain est remarquable. Au centre, un cercle chromatique décline sept couleurs : blanc, noir, jaune, vert, bleu, rouge et rose. Dans le prolongement de chaque, une pièce monochrome, sorte d’espace immersif où le visiteur est invité à voir mais surtout à sentir et à écouter la couleur.
Quand la couleur devient un parfum et un son
L’illustration olfactive a été confiée au « nez » Alexis Dadier, parfumeur dans une maison grassoise. Certaines interprétations sont évidentes. La pièce verte évoque évidemment la nature, les sous-bois et la bleue contient logiquement des notes marines. Mais d’autres sont plus surprenantes à l’instar de la pièce noire, qui présente des notes telluriques qui peuvent laisser penser à une route de goudron humide. Chaque espace possède par ailleurs sa propre identité acoustique mêlant sons naturels et synthétiques. Elles ont été conçues par le compositeur Roque Rivas avec l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam).
« Pour le jaune, je suis resté dans les mediums aigus et j’ai ajouté des cliquetis pour produire quelque chose d’à la fois carnavalesque et brillant, qui peut faire penser au lever du soleil », décrit Roque Rivas. Certaines couleurs se sont révélées plus complexes à traduire en sons : « Le rose par exemple, car nous voulions quelque chose de kitsch, un peu comme un générique de Barbie des années 90, et ce n’est pas vraiment mon monde », confie le compositeur. Quant au rouge, c’est sa dualité qui a rendu le travail compliqué. « Le rouge, c’est l’amour et la sensualité, et en même temps le combat et le sang », détaille-t-il. Le résultat mélange des respirations érotiques et une marche militaire.
Une sélection d’œuvres prestigieuses
En sortant des pièces immersives, sont aménagées des ambiances d’intérieur pour chaque couleur intégrant des pièces emblématiques de Ron Arad, Jean Prouvé, Ettore Sottsass ou Philippe Starck. Le parcours se poursuit avec les œuvres. De Picasso à Jean-Michel Basquiat, en passant par Kandinsky, Matisse, Chagall, Bacon, Warhol, Klein ou encore Dalí, la sélection est tout simplement magistrale. Elle est inhabituellement présentée par teinte, sans ordre chronologique. L’occasion d’observer comment la couleur a été interprétée et utilisée au fil des décennies et des mouvements artistiques.
« Le rose est peut-être la couleur qui s’est avérée la plus attachante et qui résume le mieux le propos de l’exposition. C’est une couleur méprisée dans l’art moderne qui célèbre la féminité et les plaisirs charnels, qui évoque l’art rococo, Marie-Antoinette, Barbie… Elle est souvent perçue comme kitsch, de mauvais goût… », explique Didier Ottinger. Une classification réductrice et injuste sur laquelle le commissaire a longtemps insisté. Aucun parcours de visite n’est imposé : chacun est libre de commencer par sa couleur préférée et d’y revenir autant de fois qu’il le souhaite. « C’est une expo ludique, conçue pour faire plaisir aux visiteurs », résume Sylvie Biancheri, directrice générale du Grimaldi Forum.



















