Le lundi 12 mai, le prince Albert II a accordé un entretien à six médias locaux : L’Observateur de Monaco, Monaco Hebdo, Monaco-Matin, la Gazette de Monaco, Radio Monaco et Monaco Tribune. À cette occasion, le chef d’État monégasque s’est exprimé sur les grands enjeux qui façonnent l’avenir de la Principauté : sortie de la liste grise du GAFI, projet immobilier de l’Annonciade II, rénovation du centre commercial de Fontvieille, plan national pour le logement des Monégasques, ou encore, nomination imminente d’un nouveau ministre d’État. Le souverain revient également sur sa relation avec la France, à l’approche de la visite officielle du président Emmanuel Macron, et partage ses réflexions sur la pérennité du Grand Prix de Monaco ainsi que sur ses 20 ans de règne.
SORTIE DE LA LISTE GRISE DU GAFI
Depuis l’inscription de la Principauté sur la liste grise du GAFI en juin 2024, près d’une année s’est écoulée. Avez-vous pu évaluer les conséquences économiques pour Monaco et pour son attractivité ? Et comment voyez-vous l’avenir jusqu’à la décision du Gafi qui interviendra en juin 2026 ?
Je crois que les inquiétudes suscitées par l’inscription de Monaco sur la liste grise du GAFI étaient légitimes, mais force est de constater que l’impact, pour l’instant, reste assez limité. Les fondamentaux de notre économie restent stables et durables, dans les secteurs clés, qu’il s’agisse de la finance, de l’immobilier, ou du tourisme. Les résultats continuent d’être assez robustes et résilients. Notre modèle, pour l’instant, tient bon. Cela témoigne de l’engagement actif des différents acteurs, qu’ils soient publics ou privés, pour préserver l’attractivité de la Principauté. Nous restons, bien sûr, totalement mobilisés pour accompagner cette dynamique et pour mener à bien toutes les actions nécessaires en vue de la sortie de la liste grise, conformément au calendrier prévu. Nous avons eu des rapports intermédiaires oraux qui sont plutôt positifs nous informant que nous sommes sur la bonne voie.
PROJET DE L’ANNONCIADE II
Le projet immobilier de l’Annonciade II, à l’étude depuis 2009, semble toujours au point mort. Le président du Conseil national, Thomas Brezzo, a récemment exprimé son incompréhension sur ce sujet dans les colonnes de Monaco Hebdo. Pouvez-vous nous dire où en est ce dossier et dans quels délais vous souhaiteriez le voir aboutir ? Avez-vous également connaissance des grandes lignes du projet, sachant qu’une vision avait été présentée en 2009, mais qu’elle a sans doute évolué depuis ?
Oui, la vision a nécessairement changé. Il est clair qu’il faut restructurer ce quartier, ce qui est désormais possible, du fait du déplacement du Collège Charles III. Je rappelle d’ailleurs que l’ancien collège à l’Annonciade va abriter pendant quelques années les élèves du lycée Albert Ier du fait de la réfection de l’établissement. Le gouvernement travaille donc activement sur cette programmation urbanistique. Il faut prendre conscience que ce projet porte sur pratiquement 100 000 m2 de surface utile. Il y a également plusieurs problèmes liés à différentes parcelles privées, qu’il faut intégrer ou pas. A ce stade, nous n’avons pas la version définitive mais j’ai bon espoir qu’un projet soit exposé dans les deux ou trois mois à venir.

CENTRE COMMERCIAL DE FONTVIEILLE
Concernant la rénovation du centre commercial de Fontvieille, un projet devait être présenté aux élus du Conseil national au printemps 2025. Un projet définitif est-il désormais arrêté ? Si oui, quelles en sont les grandes lignes, et quel est le budget qui y sera consacré ?
Le projet de redimensionnement du futur centre commercial de Fontvieille est en cours. Il progresse. Les études avancent de manière assez soutenue avec de nouvelles orientations. Une réunion spéciale sur ce dossier est prévue avant l’été. Tout le monde est très mobilisé. Je sais que ce projet – très attendu par la population – prend du temps et qu’il est complexe. C’est un véritable puzzle. Il faut parvenir à intégrer tous les éléments. Il faut repenser non seulement l’hypermarché et la partie commerciale, mais aussi les espaces de loisirs et de restauration. Le projet sera d’abord présenté en interne, au Palais princier, au gouvernement, puis devant le Conseil national, comme je vous l’ai indiqué, je l’espère avant l’été.
PLAN NATIONAL POUR LE LOGEMENT DES MONÉGASQUES
Un nouveau plan national pour le logement des Monégasques doit être lancé au printemps. Pouvez-vous nous en dire plus sur son contenu ? Comment l’envisagez-vous ?
Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer, le plan national pour le logement des Monégasques qui a été mis en œuvre en 2019 a déjà permis de livrer une quantité importante de logements et de répondre ainsi aux besoins des Monégasques et des familles monégasques. Le bilan est donc satisfaisant mais, effectivement, il faut sans doute désormais modifier ce plan et le réactualiser. Nous nous sommes appuyés sur les études de l’IMSEE qui a évalué les besoins futurs de la population. Le gouvernement travaille donc activement à la mise en œuvre de cette deuxième phase du plan national. Des nouvelles opérations domaniales ont déjà été annoncées pour une capacité de plus de 100 appartements : Les Lucioles, rue Louis Aureglia et avenue Hector Otto. Mais on travaille aussi à la refonte du processus d’attribution des logements domaniaux en proposant un dispositif plus fluide et plus adapté aux attentes des Monégasques. Ce nouveau plan sera dévoilé dans quelques semaines.

VISITE D’EMMANUEL MACRON À MONACO
Concernant la visite d’État du président Emmanuel Macron début juin, cela s’inscrit dans un contexte de coopération entre la France et Monaco. Quels dossiers prioritaires aimeriez-vous voir avancer ou aborder avec le président français ?
Nous entretenons d’excellentes relations, que je qualifierais d’amicales, avec le président Macron et, plus largement, avec la France. C’est le président Macron lui-même qui a exprimé le souhait d’effectuer une visite d’État à Monaco, après m’avoir déjà reçu à plusieurs reprises à l’Élysée. Traditionnellement, les présidents français effectuent au moins une visite officielle à Monaco au cours de leur mandat. Cela n’avait pas pu se faire lors de son premier mandat, et je me réjouis que ce soit possible durant son second. Il a souhaité que cette visite coïncide avec le Forum sur l’économie bleue et la finance, et qu’elle intervienne également en amont de la prochaine Conférence des Nations Unies sur l’Océan à Nice. Cette visite vise avant tout à célébrer la qualité de nos relations. Il n’y a pas de dossier prioritaire à l’ordre du jour, mais nous procéderons à un large tour d’horizon, en abordant l’actualité internationale ainsi que les grands sujets d’intérêt commun entre la France et Monaco. Nous évoquerons bien sûr notre sortie, que nous espérons prochaine, de la liste grise, ainsi que les enjeux liés à l’Océan, au changement climatique et à d’autres sujets d’actualité.
NOMINATION DU MINISTRE D’ETAT
Concernant la nomination d’un nouveau ministre d’État, des rumeurs ont circulé. On a même vu des candidatures spontanées. Où en est-on ?
Certains candidats ont même été interviewés… Nous en avons d’ailleurs été très surpris. Cela avance bien, j’ai déjà vu plusieurs candidats potentiels. Il s’agira d’une personne de nationalité française. Il faudra que j’en informe le président de la République. Je peux en tout cas vous dire que l’annonce du nouveau ministre d’État pourrait avoir lieu avant la venue d’Emmanuel Macron en Principauté.
GRAND PRIX DE MONACO
Le Grand Prix de Formule 1 approche à grands pas. Le doute planait sur la pérennité de cet événement. En novembre dernier, la bonne nouvelle est tombée. Un accord a été trouvé avec le détenteur des droits de la Formule 1, Liberty Media, pour prolonger le Grand Prix de Monaco au moins jusqu’en 2031. Quel a été votre degré d’implication dans les négociations ?
Je n’étais pas autour de la table, entre les clubs et les différentes parties prenantes, mais j’ai pu parler, bien sûr, avec les responsables de Liberty. Je peux vous dire maintenant — j’espère ne pas trahir leur pensée, mais ils me l’ont confié en off — qu’ils n’imaginaient pas une saison de Formule 1 sans le Grand Prix de Monaco. Tout le monde a pensé que les négociations avec Liberty Media portaient sur des questions d’argent, en termes de participation. Ce n’est pas tellement ça. Les discussions ont surtout porté sur des aménagements, non pas du circuit, mais autour du circuit : il n’y avait pas assez de place pour les sponsors, les invités… Ces personnes-là sont nombreuses. Malgré notre manque de place à Monaco, nous avons su trouver des solutions. Ils ont constaté qu’un effort a été fait. Nous sommes très heureux du résultat. Nous avons une vision sur quelques années. Mais je suis convaincu que cet accord pourra être prolongé bien au-delà de 2031.
BILAN DES 20 ANS DE RÈGNE
Le 19 juillet, vous célébrerez vos 20 ans de règne sur la place du Palais princier. Qu’attendez-vous de ce moment de partage avec les Monégasques et vous sentez-vous toujours aussi proche d’eux ?
Je pense que ce sera un moment très convivial. Avec ma famille, nous avons toujours essayé, à intervalles plus ou moins réguliers, d’avoir ces contacts. J’attache beaucoup d’importance à pouvoir rassembler le plus grand nombre de Monégasques sur la place du palais pour des événements importants. Ces moments de partage et de convivialité permettent d’exprimer notre affection et notre amitié envers les Monégasques. Cela permet aussi de les remercier pour ce qu’ils font.

Après vingt ans de règne, quels événements ou réalisations vous ont le plus marqué ?
Ce dont je suis le plus fier, en premier lieu, c’est mon mariage et mes enfants. Concernant la Principauté, elle a évolué sur différents plans. Physiquement, bien sûr, avec de nouvelles réalisations, certaines sont encore en cours comme le nouvel hôpital. Il y a eu Mareterra, mais aussi d’autres belles réalisations. Je pense aussi que la création de ma fondation a été une étape importante. Le gouvernement menait déjà des actions dans le domaine du développement durable, mais ma fondation a permis d’apporter une contribution plus personnelle, en réponse à des urgences sur lesquelles il fallait agir rapidement. Je crois que nous avons également réussi à moderniser certaines structures, à renforcer l’attractivité de la Principauté et à diversifier son économie. Il faut continuer dans cette voie, même si je ne sais pas encore précisément dans quels secteurs. Nous avons fait avancer la transition énergétique, la transition numérique, et poursuivi l’amélioration de notre système de santé, d’éducation, de sport et de culture. Tous ces éléments participent à l’attractivité de Monaco, tout en préservant la sécurité, qui a toujours été une priorité. Mais il faut y veiller en permanence, et trouver des solutions adaptées, qui soient les moins contraignantes possibles pour les Monégasques et les résidents. Même si les indicateurs sont bons, il faut rester très attentifs à la lutte contre l’insécurité et la délinquance. Nous renforçons nos moyens sur ces sujets, à la fois en ressources humaines et en équipements, pour pouvoir agir efficacement. Enfin, la boucle thalassothermique mise en place en Principauté a permis une avancée en matière d’énergie propre. Elle s’inscrit dans cette transition énergétique que nous devons poursuivre pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030 et 2050.
Les confidences de la Princesse Charlène
A l’issue de l’interview avec le prince Albert II, la princesse Charlène a accepté de rencontrer les journalistes locaux. L’occasion de l’interroger sur ses projets et sa fondation : « Notre priorité reste la prévention des noyades mais nous avons aussi intégré des formations aux premiers secours et à l’enseignement de ces gestes. Cette année, pour la première fois, nous avons aussi organisé une journée dédiée à la sécurité routière sur le site du Larvotto. J’ai trouvé important que la communauté, les résidents et les enfants puissent apprendre les règles de sécurité routière, mais aussi quelques notions de premiers secours et de réanimation cardio-pulmonaire. Nous avons voulu rendre cette journée ludique, car ces derniers temps, il y a eu pas mal d’accidents impliquant des voitures et des vélos. C’était donc une manière de rappeler l’importance du respect des règles. Je suis également présidente de la Fédération monégasque de rugby. Nous avons lancé des programmes dans les écoles pour impliquer activement les enfants et leur transmettre les valeurs du sport. Le rugby est un excellent moyen de véhiculer ces valeurs. Nous poursuivons également notre Tournoi Sainte-Dévote, qui a rencontré un grand succès. Cette année, nous avons accueilli 24 pays, ce qui nous enthousiasme beaucoup. Nous continuons donc à croître et à nous développer. »

