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    Comment le Prince Albert II de Monaco s’est préparé à régner ? 

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    Il a hérité d’un trône occupé pendant 56 ans par le prince Rainier III. Le prince Albert a été préparé dès l’enfance à ses futures responsabilités, tout en évoluant dans l’ombre d’un souverain omniprésent. Entre formation progressive, engagements publics, et représentations diplomatiques à l’étranger, retour sur les grandes étapes de sa préparation au pouvoir.

    Il est l’héritier de plus d’un demi-siècle de règne… Le 6 avril 2005, à la mort de Rainier III, Albert II devient le 14ème souverain de la dynastie des Grimaldi. Il a alors 47 ans. Un tel destin, évidemment, ne s’improvise pas. Il se façonne patiemment. Sa formation à ce futur rôle a été pensée dès l’enfance, puis à l’âge adulte, par un père soucieux de transmettre : « Comme peut le faire un grand chef d’entreprise, mon père préparait son fils à toutes les éventualités : la prise de décision, mieux cerner les gens, etc. Dans notre position, on est souvent la proie de personnes qui ne sont pas toujours bien intentionnées », indiquait dans une interview à l’Observateur de Monaco la princesse Stéphanie (1). Mais succéder à un homme qui, en 56 ans de règne, a totalement métamorphosé un État n’a, bien sûr, rien d’une tâche facile. « C’est une lourde responsabilité. C’est quelque chose qui le préoccupait. Je pense que ce qui l’a le plus inquiété, c’était de passer derrière un grand homme qui a fait de Monaco ce qu’elle est aujourd’hui, poursuit sa sœur. Il savait qu’il devait imposer sa propre marque, laisser son empreinte d’une manière différente. Trouver un moyen de marquer l’histoire de la principauté à sa manière. Et il le fait très bien. »

    Prince Albert II François Mitterand
    © Photo Droits réservés / Archives du palais de Monaco / IAM

    Aux côtés du père

    Un homme a été un témoin privilégié de cette formation progressive. Il s’agit de Bernard Fautrier, ancien conseiller de gouvernement : « On connaît la passion que le princier Rainier III avait pour les chantiers. Dans la grande majorité des cas, lorsqu’il s’agissait d’opérations importantes, notamment pour le plan d’urbanisme de Fontvieille, ou bien encore pour la construction du Grimaldi Forum, le prince Albert était présent », nous indique-t-il. A Monaco, le rôle de prince héritier implique également des engagements publics sur plusieurs fronts. Après le décès tragique de la princesse Grace en 1982, le prince Albert (alors âgé de 24 ans), reprend la présidence de la Croix-Rouge monégasque, qu’il dynamise en développant des actions humanitaires, notamment en Afrique. En 1984, son père, Rainier III, lui confie aussi la présidence du Yacht Club de Monaco. 10 ans plus tard, il fait restaurer le voilier Tuiga, devenu symbole du club.

    Prince Albert II Jacques Chirac
    © Photo Droits réservés / Archives du palais de Monaco / IAM

    Les représentations à l’étranger

    Pendant ces années, le futur souverain parcourt également le monde et s’entretient avec de nombreuses figures du pouvoir. « Si le prince Albert est à cette époque peu associé aux responsabilités gouvernementales, en revanche, son père lui abandonne les tâches de représentation à l’étranger où il est souvent reçu par des chefs d’État, écrit l’historien Frédéric Laurent. Ces nombreux voyages gardent toutefois un caractère privé, la diplomatie monégasque restant encore, par traité, l’apanage du grand voisin français. Mais ils apportent au futur souverain une connaissance précieuse des rapports politiques internationaux et l’apprentissage de leur pratique. Il saura en tirer profit plus tard. » Rainier  III a également eu l’intuition de faciliter à son fils une ouverture à l’international. Lorsque Monaco adhère à l’ONU en 1993, il demande au prince héréditaire Albert de représenter Monaco. De même, pour la conférence de Rio en 1992. Rainier III demande à son fils de l’accompagner.

    Prince Albert II Rainier III
    « On connait la passion que le princier Rainier III avait pour les chantiers. Dans la grande majorité des cas, lorsqu’il qu’il s’agissait d’opération importantes, notamment pour le plan d’urbanisme de Fontvieille, ou bien encore pour la construction du Grimaldi forum, le prince Albert était présent. » © Photo Gaetan Luci / Palais Princier

    Dans le bain princier

    Toutefois, si Rainier III a initié très tôt son fils aux responsabilités princières, il l’a fait avec une certaine retenue. Chef d’État exerçant un contrôle constant, il conservait l’ensemble des leviers du pouvoir, veillant à ce qu’aucune décision importante ne soit prise sans son aval comme l’explique Frédéric Laurent : « Si Rainier III a lancé très tôt son héritier dans le grand bain princier, il ne l’a toutefois fait que modestement. Souverain omniprésent, il n’entend abandonner aucune parcelle de ses prérogatives et de son pouvoir. Contrôlant étroitement l’Exécutif, il a conditionné depuis toujours son gouvernement et habitué ses conseillers à ne prendre aucune initiative sans son accord. » Le prince admet rétrospectivement qu’il aurait sans doute dû, dans sa jeunesse, s’investir plus activement dans la préparation à ses fonctions. Désireux de transmettre autrement, il souhaite que son fils, le prince héréditaire Jacques, soit davantage associé aux rouages du pouvoir : « Je vais essayer de donner les bons conseils à mon fils. Ce qui est important — et j’ai la conviction que c’est ce que j’aurais moi-même dû faire avec davantage d’assiduité lorsque j’étais jeune — c’est qu’il se familiarise assez tôt avec nos institutions et la manière dont le gouvernement et les différentes administrations fonctionnent. »(3)

    Différences générationnelles, modèles politiques divergents

    Si Rainier III, figure profondément attachée au Rocher, privilégiait une gouvernance enracinée, Albert a hérité d’un regard plus tourné vers le monde. « Albert II est assurément beaucoup plus concerné par les relations internationales que ne l’était son père. C’est un domaine où il y avait une certaine antinomie entre les deux hommes, confie encore Bernard Fautrier. Rainier III était davantage un homme de la terre, avec un attachement au terroir. C’était son Rocher. Le reste était un peu plus lointain. Il m’a d’ailleurs souvent reproché de trop faire voyager son fils et de trop l’amener dans des réunions internationales. J’ai pris quelques engueulades à ce sujet… », sourit ce proche du palais. Sur les références et modèles politiques, les deux hommes avaient également des divergences. « À Monaco où l’on aime les références américaines, le prince Rainier s’affirmait admirateur de Ronald Reagan. Le prince Albert, lui, ose des références politiques incarnées par John Fitzgerald Kennedy et Martin Luther King, figures inverses des certitudes conservatrices de son géniteur, précise encore l’historien Frédéric Laurent. Lors des élections américaines de 2004, on le voit ardent supporter du démocrate John Kerry candidat malheureux contre George Bush Jr. »

    Prince Albert II
    © Photo UN / DPI / Eskinder Debebe

    Confidences : « J’aurais beaucoup aimé travailler avec des enfants »

    S’il n’avait pas eu un destin princier, quelles auraient été les envies professionnelles du souverain ? Dans le livre Albert II de Monaco, l’homme et le prince (1), le prince s’est confié avec sincérité sur ce sujet : « À six ou sept ans, je voulais devenir cow-boy ou carabinier, plaisante-t-il. Plus sérieusement, je crois que j’aurais beaucoup aimé travailler avec des enfants, en tant qu’éducateur ou entraîneur. J’aurais aimé enseigner aussi. Je crois que cette envie est née lorsque j’étais moniteur dans un camp d’été aux États-Unis. Cela avait été une expérience vraiment formidable. » Les auteurs de l’ouvrage lui demandent également si, durant son adolescence, il n’avait jamais ressenti le besoin de s’opposer à ce destin tout tracé. « Je me suis posé la question. Bien sûr que oui : « Ai-je vraiment envie de faire ça ? ». Mais je pense que je ne voulais décevoir personne, ni mes parents, ni les membres de ma famille. Et puis, à mesure que l’on avance en âge, une forme d’obligation morale finit par s’imposer. Tout devient plus clair, vous prenez conscience des responsabilités à venir et du poids de la charge que vous vous sentez capable d’assumer. »
    (1) Albert II de Monaco, l’homme et le prince. Conversations avec Isabelle Rivière et Peter Mikelbank. Éditions fayard.

    (1) Extrait d’un article de l’Observateur de Monaco consacré aux 10 ans de règne.
    (2) Albert II, le destin d’un règne. Éditions Giletta. Frédéric Laurent
    (3) Extrait du livre : Albert II de Monaco, l’homme et le prince. Conversations avec Isabelle Rivière et Peter Mikelbank. Éditions fayard.

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