Les employés des supermarchés travaillent sans relâche durant cette crise sanitaire.
Jordane Goguet, directrice de Casino Monaco explique comment cette enseigne s’est organisée face à cette crise, et à quel point les salariés ont été dévoués.
Rencontrez-vous des problèmes d’approvisionnement dans votre magasin Casino en raison de cette crise sanitaire ?
Non, il y a de tout en magasin. En revanche, on ne reçoit pas tous les produits. Il y a des ruptures sur certaines marques. On jongle donc avec d’autres marques. Par exemple : s’il n’y a plus de lait Lactel, il y aura du lait Casino. Même constat pour les pâtes. Il n’y aura peut-être plus de Panzani mais des Barilla ou des De Cecco. Le problème est que les entrepôts sont saturés et ont du mal à suivre pour les préparations. Nous sommes donc livrés en décalage. En revanche, concrètement, on ne manque de rien. La pénurie se crée uniquement si les gens font des stocks.
A Carrefour Monaco, quand les premières mesures de confinement ont été annoncées en France, on a vu des longues files d’attente se former devant le magasin. C’était aussi le cas à Casino Monaco ?
Au départ, il y a eu en effet beaucoup de monde . Aujourd’hui, il y a moins de fréquentation en magasin, mais on a constaté une explosion des livraisons à domicile. Les clients ne se déplacent plus et demandent à être livrés.
Vous avez donc renforcé vos équipes ?
Oui bien sûr, car le magasin a été vidé durant les premiers jours. Il a donc fallu remplir les rayons , renforcer les effectifs au niveau des caisses, et surtout des livraisons à domicile pour pouvoir répondre aux nombreuses demandes. Nous avons donc embauché de nombreux intérimaires.
Avez-vous eu des réticences de la part de votre personnel ? Certains ont-ils refusé de venir travailler par crainte ?
Non, je n’ai pas rencontré de problème de cet ordre, mais nous sommes une petite structure de 50 salariés. Cela reste familial. Je reste en permanence en magasin et j’organise une réunion par jour pour discuter avec eux. En revanche, psychologiquement, c’est difficile, car nous ne sommes ni médecins, ni infirmiers, et nous n’avons pas été préparés à ce genre de situation . Il faut dire les choses telles qu’elles sont : on se dévoue, dans la peur. On a tous des craintes, mais on sait que c’est notre rôle aujourd’hui, et que l’on doit faire manger les gens. Tout le monde en est conscient ,et tout le monde joue le jeu.
Avez-vous réussi à protéger vos salariés avec des dispositifs sanitaires particuliers ?
Nous avons essayé de les protéger par tous les moyens , mais il est compliqué de s’approvisionner. Concernant le gel par exemple, nous avons toujours réussi à en avoir , car nous avons gardé un stock tampon pour le personnel. Concernant les masques, la situation est en revanche beaucoup plus tendue. Nous avons commencé avec des masques en papier, mais le stock s’est rapidement écoulé. Nous avons donc réussi à faire fabriquer des masques en tissu en Italie. Ce n’est pas la meilleure solution, mais c’est toujours mieux que rien. Le gouvernement nous a donné des coordonnées pour s’approvisionner, et nous devrions recevoir des masques en papier prochainement, demain ou après-demain (1). Nous avons également positionné des plexiglas aux caisses. Tout ce qu’il est possible de faire pour protéger les salariés a donc été fait, mais il est clair que les premiers jours et les premières heures de cette crise sanitaire, nous n’avons pas été protégés.
(1) Interview réalisée le lundi 23 mars
