jeudi 30 avril 2026
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    Sexualité : les spécificités de la génération Z décryptées

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    En matière de sexualité, quelles spécificités observe-t-on chez la génération Z ? Entre prises de conscience progressistes et comportements à risque hérités de l’ère numérique, mythe du « no sexe » ou de l’hypersexualisation… Réalités et nuances.

    Dans leur appréhension de la sexualité, les jeunes sont confrontés à un contexte inédit plein de contradictions. Exposition massive à Internet où informations et désinformations se mêlent, mouvement social Me too et hégémonie de la pornographie, féminisme massif et résurgence du conservatisme… Comment les jeunes, nés entre 1995 et 2010, réinventent les codes de l’amour et du sexe ?

    Génération sans protection

    D’abord, et c’est une régression notable, les jeunes boudent les préservatifs. Un rapport publié en 2024 par le bureau européen de l’OMS indique que leur usage parmi les adolescents de 15 ans a significativement diminué entre 2014 et 2022 (de 70 % à 61 % pour les garçons et de 63 % à 57 % pour les filles). Il note également que près d’un tiers des adolescents (30 %) disent n’avoir utilisé ni préservatif ni pilule contraceptive lors de leur dernier rapport sexuel… Ceci, couplé à l’augmentation du nombre de partenaires sexuels (il est passé de 4 à 8 en moyenne chez les femmes et de 8 à 12 chez les hommes) implique une recrudescence des infections sexuellement transmissibles (IST) et des grossesses non désirées. Un constat alarmant que partage Sophie Deroussen, cadre de santé du Centre de Dépistage Anonyme et Gratuit (CDAG) de Monaco. « On assiste depuis plusieurs années à une recrudescence de vieilles infections comme la syphilis car les jeunes ne se protègent plus autant qu’avant », déplore-t-elle avant de formuler une hypothèse d’explication.

    Génération désinformée

    « Le problème c’est que maintenant que le VIH est “maîtrisé” (des traitements existent et la mortalité est beaucoup plus faible), on en parle moins. La génération des années 80, c’était la génération Sida. Elle avait connu le sida mortel, elle en avait donc très peur et en parlait davantage », regrette-t-elle. Autre constat : de manière générale, les parents parleraient moins de sexualité avec leurs enfants. « Ils ne savent plus comment l’aborder et se disent qu’avec Internet, ils ont déjà toutes les informations, sauf que, généralement, ce ne sont pas les bonnes… », souligne Marina Tcholakian, infirmière au centre de dépistage. C’est pour cette raison qu’à l’initiative de l’association Action Innocence, le CDAG participera à ses côtés au lancement de cafés-parents permettant à ceux qui le souhaitent d’apprendre à trouver le bon moment et les bons mots. « Il faut un juste équilibre entre les foyers très libérés où l’on en parle beaucoup (voire trop !) et ceux où le tabou est absolu », souligne la soignante.

    Génération pornographie

    Deuxième problématique majeure de la sexualité des jeunes : la pornographie, qui peut créer des complexes et influencer négativement le comportement sexuel des adolescents. Au centre de dépistage, Marina Tcholakian le constate. « Certains garçons s’inquiètent de la taille de leur sexe. Certaines filles pensent devoir tout accepter parce qu’elles voient cela dans les films… », rapporte-t-elle. « Avant, il y avait des magazines ou des films érotiques diffusés à des heures précises, avec un peu de scénario et une forme de romantisation de l’acte. Aujourd’hui, les jeunes accèdent directement à des actes sexuels souvent extrêmes, normalisant des pratiques qui relèvent parfois presque de la déviance », poursuit-elle. L’infirmière souligne l’importance de faire comprendre aux jeunes que la pornographie ne reflète pas la réalité. « Les sabres laser de Star Wars n’existent pas dans la vraie vie. Dans les films pornographiques il y a un certain casting et des truquages dont il faut être conscients », affirme-t-elle. Par ailleurs, la possibilité d’y accéder facilement et n’importe quand a créé un risque de dépendance.

    Génération #Metoo

    Après un tableau sombre de la sexualité de la Génération Z, parlons des avancées. Les jeunes semblent bien plus sensibilisés que leurs parents et grands-parents au consentement. Le mouvement #MeToo, lancé mondialement en 2017, n’y est évidemment pas étranger. Mais de manière globale, les jeunes sont plus sensibles aux dynamiques de pouvoir, au harcèlement et aux agressions sexuelles. Les relations intimes sont souvent abordées avec une approche plus égalitaire et l’accent est mis sur le respect du désir mutuel. Les jeunes et notamment les femmes se forcent moins à avoir des rapports sexuels quand ils sont en couple, la notion de devoir conjugal étant devenue insupportable pour une bonne partie d’entre elles.

    Un paradoxe ?

    « C’est très paradoxal car, à la fois, ils en ont plus conscience, à la fois, comme ils sont biberonnés à la pornographie qui ne contient aucune notion de consentement, elle n’est pas forcément toujours acquise », nuance Marina Tcholakian. « Lors de nos interventions, on rappelle que le consentement, il faut l’obtenir à chaque fois : ce n’est pas parce qu’hier on a fait quelque chose qu’aujourd’hui on est d’accord pour le refaire, a-t-elle expliqué. On insiste aussi sur le fait que quelqu’un qui dort, qui a bu, ou qui a pris de la drogue n’est pas consentant. On reçoit malheureusement trop souvent des femmes mais aussi des hommes abusés sous le coup de l’alcool ou drogués au GHB (dans leur verre ou via des piqûres) », relate l’infirmière.

    Génération No Sex ou génération hypersexualisée ?

    Dans ce tour d’horizon de la sexualité des jeunes, il faut aussi tordre le cou à un cliché largement diffusé : les jeunes seraient moins portés sur la sexualité que leurs parents et grands-parents. L’idée a émergé dans les médias américains en 2017, notamment dans un article du magazine The Atlantic. La journaliste s’appuyait sur des enquêtes américaines montrant que les jeunes adultes (18–29 ans) déclaraient avoir moins de rapports sexuels qu’il y a 20 ou 30 ans. Les médias ont ensuite popularisé cette idée sous la formule choc de « génération no sex » ou « génération asexuée », suggérant un désintérêt collectif pour la sexualité, sans préciser que ce recul s’expliquait avant tout par l’augmentation du célibat. À cela s’ajoutent d’autres facteurs tels que le rejet du devoir conjugal et l’attention accrue portée au consentement et au respect du désir mutuel.

    Le premier rapport sexuel arrive plus tard

    Ce qui est vrai en revanche, c’est que l’âge médian du premier rapport sexuel a augmenté (1). Sur la période 2019-2023, il a atteint 18,2 ans pour les femmes et 17,7 ans pour les hommes alors qu’au milieu des années 2000, il était de 17,3 ans pour les deux sexes. Une évolution constatée dans plusieurs autres pays européens comme le Danemark, la Norvège ou la Suède, qui s’inscrit dans un contexte plus large : études plus longues, entrée plus tardive dans la vie active et installation différée en couple. Il n’y a donc pas de désintérêt pour le sexe, mais une sorte d’« adolescence prolongée ».

    Davantage de partenaires sexuels

    D’autant qu’en parallèle, une augmentation du nombre de partenaires sexuels au cours de la vie a été constatée. Chez les femmes, il est passé de 3,4 en 1992 à 4,5 en 2006 puis à 7,9 en 2023. Chez les hommes, il est resté stable entre 1992 et 2006 (11,2 à 11,9) avant de grimper à 16,4 en 2023. Le multi-partenariat sur les 12 derniers mois progresse également, surtout chez les 18-29 ans : de 9,6 % en 1992 à 19,3 % en 2006 puis 23,9 % en 2023 pour les femmes, et de 22,9 % à 29,0 % puis 32,3 % pour les hommes (2). La multiplication des rencontres est favorisée par l’usage important des applications de rencontre – 56 % des 18-29 ans s’y sont déjà connectés –, mais il ne faudrait pas penser que les jeunes ne savent plus draguer « en vrai ». Parmi leurs histoires d’un soir, 21 % ont rencontré leur partenaire sur une appli, 30 % dans un lieu public comme un bar ou une discothèque, 11 % dans le cadre de leurs études et 38 % dans d’autres circonstances (3).

    Le couple reste le modèle privilégié

    Attention là encore, gare aux conclusions rapides, ce n’est pas parce que le nombre de partenaires est plus élevé que la génération est « débridée ». Le couple reste le modèle de vie le plus courant. 66 % des jeunes ont été en couple dans l’année écoulée même s’ils cohabitent moins souvent avant 30 ans ; et la fidélité est souhaitée par 88 % d’entre eux. Par contre, la notion d’exclusivité qui allait de soi auparavant est désormais davantage réfléchie et abordée. Par ailleurs, d’autres modèles relationnels ont été inventés et prennent de l’importance, le meilleur exemple étant celui des « sex friends ». Entre le couple et la sexualité sans lendemain, il concernerait 15 % des jeunes interrogés.

    Pluralité

    Enfin, le répertoire sexuel s’est diversifié. La place centrale de la pénétration vaginale et l’éjaculation masculine comme aboutissement sont désormais rediscutées. Les préliminaires gagnent en importance, tout comme la masturbation, en particulier chez les femmes. En 2023, 72,9 % d’entre elles déclaraient s’être déjà masturbées, contre 42,4 % en 1992 (4). Quant à l’orientation sexuelle, elle se pluralise : en 2006, moins de 3 % des jeunes ne se déclaraient pas hétérosexuels, contre 19 % des jeunes femmes et 8 % des jeunes hommes aujourd’hui. L’étude de Marie Bergström dépeint une génération plus inventive dans sa façon d’aimer, qui, plus qu’elle ne renonce au sexe, semble en redéfinir les règles.

    (1) Selon les données issues de l’étude « Contexte des sexualités en France » (CSF) 2023 menée par l’Inserm, l’Ined et l’Agence nationale de santé publique.
    (2) Selon les données issues de l’étude « Contexte des sexualités en France » (CSF) 2023 menée par l’Inserm, l’Ined et l’Agence nationale de santé publique.
    (3) Selon les conclusions de l’enquête La sexualité qui vient. Jeunesse et relations intimes après #MeToo, menée par la sociologue Marie Bergström (Ined) auprès de plus de 10 000 jeunes de 18 à 29 ans.
    (4) Selon les données issues de l’étude « Contexte des sexualités en France » (CSF) 2023 menée par l’Inserm, l’Ined et l’Agence nationale de santé publique.

    De la génération silencieuse à la génération Z : la sexualité, par génération

    Génération silencieuse (nés entre 1925 et 1945)

    Ils ont grandi dans le contexte de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre mondiale, avec des normes très strictes régissant la notion de famille et de sexualité. Cette dernière est essentiellement vue comme un devoir marital, fortement encadrée par la morale et peu discutée publiquement.

    Baby-boomers (nés entre 1945 et 1965)

    Ayant grandi dans un contexte de prospérité d’après-guerre, ils ont été au cœur de la libération sexuelle. La contraception devient accessible, le féminisme émerge, et la sexualité est de plus en plus associée au plaisir et à l’émancipation personnelle.

    Génération X (nés entre 1965 et 1980)

    La libération sexuelle reste importante mais devient plus responsable car cette génération vit l’arrivée de l’épidémie de VIH et intègre la prévention et la prudence dans ses comportements. Les premières formes de rencontres à distance apparaissent.

    Génération Y ou millennials (nés entre 1980 et 1995)

    C’est la première génération à grandir avec Internet et les réseaux sociaux qui constituent des espaces centraux d’exploration identitaire et sexuelle mais s’accompagnent aussi de pressions liées à l’image et à la performance.

    Génération Z (nés entre 1995 et 2010)

    Elle explore la sexualité de façon libre et diversifiée et rediscute les schémas traditionnels. Hyperconnectée, elle oscille entre l’esprit #MeToo, qui valorise le consentement et l’égalité, et l’influence de la pornographie, qui véhicule des dictats de performance et entretient des dynamiques inégalitaires.

    © Photo CMDAG

    CDAG : au cœur du CHPG, le dépistage en toute discrétion

    Installé au cœur du Centre hospitalier Princesse-Grace (CHPG), le CDAG, qui dépend du Département des affaires sociales et de la santé, a fait le choix stratégique de la discrétion. « A Monaco tout le monde se connaît. Les personnes n’ont pas forcément envie de croiser quelqu’un en sortant d’un centre de dépistage. Au CHPG, vous pouvez tout à fait être venu pour autre chose. Je pense que si nous étions en ville beaucoup de patients ne viendraient pas » explique Sophie Deroussen, cadre de santé. Pour garantir l’anonymat, chaque visite se fait sur rendez-vous. La palette de dépistages est large : VIH, hépatites B et C, chlamydia, gonocoque et syphilis, et la porte est ouverte à tous, y compris aux mineurs et sans limite d’âge. Le centre est aussi un espace de conseils : « On peut venir ou téléphoner juste pour poser des questions. Nous avons la chance de ne pas connaître la tension de certains autres services et de pouvoir prendre le temps d’y répondre », souligne Marina Tcholakian.

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