L’avenir de l’antenne méditerranéenne de Sciences Po s’est joué à la mi-juin lors d’un conseil municipal tendu sur fond de polémique liée au conflit israélo-palestinien. Finalement, l’établissement restera dans la ville pour au moins deux années supplémentaires. Une décision transitoire, motivée notamment par l’approche des élections municipales.
Installé dans l’ancien hôpital Saint-Julien (un joyau architectural datant de 1868), le campus de Sciences Po Menton, spécialisé dans les études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, a été inauguré en 2005 sous l’impulsion de l’ancien maire Jean-Claude Guibal. Le contrat qui lie la ville et l’institut comprend la mise à disposition gratuite du local communal. Un soutien équivalent à 250 000 euros annuels de subvention en nature. Mais cette année, la convention décennale arrivait à échéance et les élus de Menton ont dû se prononcer sur sa reconduction ou non lors du conseil municipal du 17 juin. Le maire actuel, Yves Juhel, a proposé de la limiter cette fois à deux ans. Un choix présenté comme démocratique en vue des élections municipales de 2026. « Tous ceux qui se présenteront devront faire connaître leur position sur Sciences Po. C’est une manière de redonner la parole aux Mentonnaises et Mentonnais sur ce sujet important », a-t-il expliqué. Une précaution prise alors que l’établissement est devenu, ces derniers mois, un terrain de controverse.
Des mobilisations qui ont parfois dérapé
En effet, depuis les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, des mobilisations ont été organisées par les étudiants, certaines en faveur d’Israël, d’autres en soutien à la Palestine, quelques-unes donnant lieu à des incidents. Au point que des élus locaux, notamment du groupe « Menton avec Vous » soutenu par le Rassemblement national (RN), demandent à reconsidérer la présence de l’institut d’études politiques à Menton. « Depuis 20 mois, nous avons constaté avec effroi les dérives idéologiques qui gangrènent le campus. Sciences Po Menton est devenu un foyer du radicalisme antisémite qui fait honte à Menton et à ses habitants. (…) Manifestations Pro-Hamas, slogans haineux, apologie du terrorisme… Trop, c’est trop. Il est grand temps de dénoncer le bail qui lie Sciences Po à la ville », a déclaré Isabelle Thouvenot, élue d’opposition, lors du conseil. « Chaque fois qu’il y a eu un incident, le président de Sciences Po et moi sommes intervenus. Il est surréaliste que l’on ne puisse pas avoir de débats politiques dans une école de sciences politiques », s’est défendu Yves Juhel.
4,6 millions d’euros de retombées annuelles pour Menton
La municipalité a par ailleurs mis en avant les retombées économiques que le campus générait pour la ville. Une étude, réalisée par l’association Mentan Terra Mia les a chiffrées à 4,6 millions d’euros par an en comptant les loyers et dépenses courantes des étudiants et professeurs et les événements organisés par l’établissement. Nicolas Amoretti, adjoint à la culture, insiste de son côté sur la difficulté à attirer une autre institution universitaire de cette envergure à Menton. « Si nous n’en voulons plus, Toulon, Marseille ou Nice se jetteront sur l’opportunité », prévient-il.
Deux années de sursis
À l’issue du vote, la majorité municipale s’est prononcée en faveur du renouvellement de la convention pour deux ans : 29 élus ont voté pour et 4 ont voté contre. Ce compromis permettra à Sciences Po Menton de continuer ses activités au moins jusqu’en 2026. Deux ans de répit, mais pas la fin du débat puisque ce dernier alimentera sans nul doute la campagne municipale. Questionné par L’Obs’ sur la réduction de la durée du deal, Youssef Halaoua, directeur de Sciences Po Menton, se dit satisfait. « C’est un horizon pragmatique qui permet de ne pas préempter des décisions que la nouvelle municipalité devra assumer. Je préfère que ce soit ainsi pour que le dialogue soit apaisé, plutôt qu’elle se sente coincée dans un contrat qu’elle n’a pas choisi. Sciences Po est là où Sciences Po est désiré. Nous ne voulons de toute façon pas être dans une ville qui nous serait hostile », a-t-il assuré.
