jeudi 23 avril 2026
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    « Nous sommes attaqués de toutes parts, chaque camp estime que nous n’en faisons pas assez »

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    Alors que son établissement est accusé de laxisme, et tantôt de censure de la parole propalestinienne, tantôt de complaisance avec l’antisémitisme, Youssef Halaoua, directeur de Sciences Po Menton, défend une ligne de conduite rigoureusement fondée sur le respect de la loi.

    Comment réagissez-vous aux reproches de laxisme notamment formulés par Sandra Paire à l’encontre de votre établissement ?

    Nous accueillons 400 étudiants venus de 71 pays. Parmi eux, il y a des Israéliens, des Palestiniens, des Égyptiens, des Libyens, des Turcs, des Iraniens… Ils sont originaires de cette zone, certains y ont vécu, certains ont leur famille là-bas et ils sont étudiants en sciences politiques. C’est normal qu’ils aient un avis et que certains se mobilisent. La voie de passage que l’on a choisie de prendre, et qui est extrêmement étroite, est celle de la loi. C’est elle qui fixe les limites. La loi garantit la liberté d’expression donc un étudiant qui manifeste son soutien à Netanyahou, à Israël ou à Gaza, en tant qu’institution universitaire, nous ne pouvons rien lui reprocher. Lorsque des étudiants, sur le temps de leur pause déjeuner, lisent un texte de manière tout à fait pacifique en soutien à la Palestine, qui entre dans le cadre de la liberté d’expression, c’est pareil. Cependant, s’il y avait eu le moindre propos antisémite nous l’aurions condamné puisque c’est interdit par la loi. Lorsqu’une étudiante a tagué l’un des murs de l’établissement avec le message suivant : « Un an de résistance, un an de génocide », nous avons porté plainte. Nous avons identifié l’étudiante et elle a été condamnée à 170 heures de travaux d’intérêt général dans la ville parce que dégrader un bâtiment public est illégal. C’est injuste de nous taxer de laxisme parce que dès qu’un incident s’est produit, dès que la loi a été enfreinte et que cela a pu être prouvé, nous avons agi.

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    Et que répondez-vous à ceux d’Isabelle Thouvenot accusant Sciences Po Menton d’être « un foyer du radicalisme antisémite » ?

    Je ne peux pas répondre sur le même terrain qu’elle, je suis directeur d’un établissement universitaire. Chaque année, nous emmenons toute la promotion au camp des Milles à Aix-en-Provence, nous avons reçu un rescapé de la Shoah, nous allons prochainement visiter en Pologne les camps de Majdanek et de Sobibor. Nous accueillerons également bientôt le grand rabbin de France… Pensez-vous qu’il se serait déplacé dans un foyer de l’antisémitisme ? Mais nous avons aussi accueilli un artiste de Gaza réfugié à Marseille. Notre objectif c’est que dans cette belle Méditerranée, Sciences Po soit un temple apaisé avec des Israéliens et des Palestiniens qui vivent et travaillent ensemble, et qui comprennent que l’autre n’est pas le diable. Nous sommes attaqués de toutes parts, chaque camp estime que nous n’en faisons pas assez, et les élus, des deux côtés de l’échiquier politique nous tombent dessus eux aussi. D’un côté des députés La France Insoumise (LFI) considèrent que nous soutenons Israël et nous accusent de museler les étudiants qui expriment leur soutien à la Palestine. De l’autre, le Rassemblement National (RN), à l’instar de Madame Thouvenot, nous accuse d’être un foyer de l’antisémitisme.

    Que dites-vous à ceux qui auraient souhaité que Sciences Po paie un loyer à la ville ?

    Les frais de scolarité de nos étudiants sont indexés sur les revenus de leurs parents. Sachez qu’en moyenne, les étudiants paient 5 755 euros de frais de scolarité. Seuls 17,1 % paient le prix maximum, soit 14 720 euros. 35,2 % sont étudiants boursiers donc totalement exonérés de frais de scolarité. Ils ne paient rien et nous complétons même leur bourse du CROUS à hauteur de 75 %. En somme, si l’étudiant touche 500 euros d’aides, nous lui versons 375 euros en plus. À cela il faut ajouter les salaires, les déplacements et le logement des conférenciers… Le siège parisien de Sciences Po a dû verser au campus de Menton une subvention d’équilibre de 2 millions d’euros l’année dernière, preuve que nous ne pouvons même pas couvrir nos frais de fonctionnement au quotidien.

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