Jours de France, Point de vue, Noir et Blanc, Ciné revue, ou Paris Match… Dès les années cinquante, le couronnement de Rainier III, puis le couple formé avec la princesse Grace, suscitent la curiosité médiatique du monde entier. Qu’il s’agisse de leur rencontre, de leur mariage, puis de la naissance des enfants princiers, d’innombrables Unes ont été consacrées à la famille princière. Retour sur un règne très médiatique.
On connaît le prince bâtisseur, moteur de chantiers titanesques ayant transformé la Principauté, voici le prince médiatique, véritable bâtisseur d’images… Tout au long de son règne, Rainier III s’est appuyé sur la télévision, la radio et le cinéma pour faire rayonner son pays dans le monde. Son mariage, les 18 et 19 avril 1956, avec l’actrice américaine Grace Kelly — qu’il a rencontrée par l’entremise de Paris Match — est couvert par 1 800 reporters (un record à l’époque) et ajoute à la Principauté la touche glamour qui ne l’a dès lors plus quittée. « Le prince Rainier a tout fait pour faire connaître sur la scène internationale une Principauté endormie au sortir de la Seconde guerre mondiale, rappelait en 2005, après le décès de Rainier III, le journaliste et ami de la famille princière, Stéphane Bern. Aujourd’hui, personne au monde n’ignore le nom de Monaco. Au fin fond du Niger ou dans l’Amérique profonde, Monte-Carlo est synonyme de rêve. »
Le mariage vu par 30 millions de téléspectateur
Monaco, qui n’était qu’un minuscule point sur la carte du monde, devient ainsi dès les années 50, puis au fil des décennies, un pays ultra médiatisé, avec, comme premier coup de projecteur mondial, l’arrivée de Grace Kelly. « Épouser une actrice de cinéma au faîte de sa gloire a été déterminant pour que les caméras qui, jusqu’ici, ignoraient jusqu’au nom même de Monaco, posent d’un seul coup un œil plus attentif sur la Principauté », nous indiquait il y a quelques années Vincent Vatrican, directeur de l’Institut audiovisuel de Monaco. Retransmise en eurovision, cette union historique est suivie par 30 millions de téléspectateurs. « Le mariage est si fastueux que l’on aurait pu l’imaginer mis en scène par Hollywood », écrit pour sa part l’historien Jean des Cars (1). La présence de stars du sport et du cinéma en Principauté a également contribué à alimenter la chronique. Il n’était pas rare en effet de croiser sur le Rocher d’anciens collègues de travail de la princesse Grace, comme Cary Grant ou encore David Niven. Et déjà à l’époque, chaque sortie princière était traquée par les paparazzi. Une anecdote relatée par le journaliste Frédéric Laurent en témoigne (2) : « Rainier et Grace revenant d’un déjeuner chez Antoinette à Èze village, tombent dans une embuscade tendue par plus de 50 photographes. L’un d’eux s’est couché sur la route pour arrêter la voiture princière… »

La création de TMC et du Festival de télévision
Au-delà de ce mariage mythique, et avant même ses fiançailles, le prince Rainier avait pris une autre décision importante : celle de créer en novembre 1954 la chaîne de télévision Télé Monte-Carlo (TMC). « Ce geste est capital. Il indique que dans le domaine de l’image, Monaco a aussi voulu très vite garder son indépendance et sa souveraineté », nous expliquait Vincent Vatrican. La création du Festival de télévision fut aussi un autre acte fondateur. « Rainier III était un visionnaire, et j’en veux pour preuve des idées extrêmement novatrices comme celle de créer un Festival de télévision au début des années 60. C’était comprendre très tôt l’importance qu’allait prendre ce média », témoigne à son tour Jean des Cars.
(1) Dans Inoubliable Grace de Monaco de Jean des Cars (1999)
(2) Dans Le prince sur son Rocher de Frédéric Laurent (2003)
