mercredi 15 avril 2026
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    Pompier mort au feu à Monaco : l’hommage du lieutenant-colonel Maxime Yvrard, un an après 

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    A la tête du corps des sapeurs-pompiers de Monaco depuis septembre 2021, Maxime Yvrard a dû faire face à plusieurs interventions difficiles. Notamment un feu d’appartement qui a engendré le décès le 19 juin 2022 d’un des siens. Le premier mort au feu du corps depuis sa création en 1909. Un an après, le lieutenant-colonel revient sur ce tragique évènement.

    Le 19 juin 2022, le corps des sapeurs-pompiers a perdu pour la première fois de son histoire un pompier en intervention contre un feu, Thierry Perard âgé de 52 ans. Comment avez-vous réussi à gérer ce difficile épisode pour votre corps ?

    Effectivement, il s’agit du premier mort au feu depuis la création du corps en 1909. Quelques mois avant, nous avions déjà subi la perte de deux pompiers dans un accident de moto. Mais aussi un autre décès à la suite d’une maladie. Cela dit, ces cas étaient différents même s’ils touchaient déjà le corps. A mes yeux, le pire, est la mort au feu dans le cadre de l’exécution de sa mission.

    Vous n’intervenez que sur les grosses opérations. Vous étiez donc présent ?

    Bien entendu. J’étais de service. Je me suis rendu sur les lieux dès le début. C’est le pire moment pour un chef de corps que de devoir aller annoncer à la famille que le mari est décédé en intervention. Nous avons immédiatement déclenché la cellule d’écoute médico-psychologique. Ce sont des psychologues et des psychiatres qui interviennent afin d’épauler le commandement. Pour annoncer ce genre de mauvaise nouvelle, je n’y suis pas allé seul. J’étais accompagné d’autorités religieuses et politiques. Certes, c’est moi qui annonce mais je ne suis pas seul face à la personne.

    Ce décès a vraiment marqué le corps… Comment arriver à rebondir après ça ?

    Pour ses collègues pompiers qui intervenaient à ses côtés, qui sont allés le chercher pour le sortir puis lui prodiguer un massage cardiaque, il a fallu rebondir presque immédiatement. Même s’il a fallu dans un premier temps les sortir provisoirement du dispositif d’intervention. Les psychologues ont ensuite fait le point pour décider si l’on pouvait les réengager ou si l’on devait les sortir définitivement de l’intervention. Ils y sont quasiment tous retournés car ils le voulaient. Il faut comprendre que dans l’esprit d’un pompier, un feu c’est un peu comme une guerre. Le feu a tué quelqu’un donc dans la tête du pompier, il faut le tuer. C’est une guerre entre le feu et eux les combattants. Il y a un peu ce sentiment de vengeance.

    Le suivi psychologique se poursuit encore aujourd’hui ?

    Non, à ce jour, plus personne ne bénéficie d’un suivi. Mais plusieurs personnes ont souhaité consulter un psychologue. Nous leur mettrons à disposition les contacts et les structures, et ensuite, ils font comme ils le souhaitent et n’ont pas à me tenir informé. Quand je suis rentré dans la profession, il était impensable de dire qu’on allait voir un psychologue parce qu’on avait fait une grosse intervention. C’était peut-être perçu comme le fait de montrer une faiblesse. Maintenant, les mentalités ont évolué et c’est très fluide. C’est rentré dans les mœurs. Je l’ai vraiment perçu lors de la perte des deux camarades dans un accident de moto. Nous avions opté pour la même approche. Il n’y a pas eu de tabou. Le psychologue était d’ailleurs au sein de l’état-major dans la caserne de la Condamine. Il y a même eu des séances collectives.

    Pour votre début de prise de poste, ce n’était pas évident…

    Début juillet 2021, nous perdons notre collègue d’une maladie, le 31 août 2021, nous perdons deux pompiers dans cet accident. Puis, le 19 juin 2022, il y a ce mort au feu. Effectivement, ce fut une prise de poste difficile. Mais bon, je n’avais pas le choix, c’était comme ça…

    Vous indiquez que la mort au feu est la pire chose qui puisse arriver. A posteriori, qu’est-ce que cela vous a appris ?

    Cela montre surtout qu’il y a un vrai esprit de cohésion. Naturellement, il se manifeste au quotidien. Les pompiers ont un esprit de camaraderie. On a vu que les liens se resserrent pour franchir l’obstacle. Et c’est aussi une cohésion pour la famille qui a été prise en charge. Tout a été organisé par le corps. Ce sont les valeurs de l’armée : n’abandonner personne. Et cela continue aujourd’hui car nous nous occupons des enfants et des femmes.

    La date anniversaire de cette tragédie a récemment eu lieu. Une cérémonie a-t-elle été organisée ?

    Oui, comme on le fait pour tous les morts du corps, nous avons organisé quelque chose avec la famille. Un moment de recueillement au sein de l’état-major des pompiers. Je ne souhaitais pas que ce soit dans la tristesse, nous avons donc essayé de prévoir quelque chose de plutôt léger. Cela s’est fait en présence du colonel Tony Varo, du conseiller de gouvernement à l’Intérieur, Patrice Cellario, et de l’aumônier de la force publique.

    Ce recueillement est important à vos yeux ?

    Oui car c’est le devoir de mémoire. Comme il s’agit du premier mort au feu de Monaco, son nom est pour l’instant inscrit dans notre salle de traditions (une salle située au sein de l’état-major du corps dans le quartier de la Condamine, NDLR). Un endroit a été consacré aux photos portrait de tous les pompiers de Monaco en service ou en activité qui nous ont quittés. Une stèle existe à la caserne de Fontvieille où sont inscrits tous les pompiers morts au front. Peut-être qu’à ce même endroit, nous allons disposer une plaque pour les morts au feu. Ce serait logique car nous avons un beau monument. Dans cette optique, j’ai créé un groupe de travail qui doit me proposer des pistes. 

    Des pompiers du corps ont-ils préféré partir depuis cet événement ?

    Certains se sont posé la question, notamment ceux qui étaient proches de la retraite à 55 ans. Ils se sont légitimement dit que celui qui était décédé avait 52 ans, qu’il n’avait malheureusement profité de rien. Il y a eu cette réflexion mais personne n’a passé le cap. Même ceux qui ont eu l’accident de motos, qui a fait deux morts. Ils étaient quatre ce jour-là et deux pompiers ont été gravement blessés. L’un d’eux a aujourd’hui 53 ou 54 ans. Il aurait pu décider de partir. Il est toujours là et opérationnel. Tous les deux ont repris leur activité.

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