SANTÉ/En raison du vieillissement de la population et du nombre de plus en plus élevé de personnes âgées à Monaco en situation de dépendance, le gouvernement prévoit de construire une structure d’accueil de 120 places à horizon 2024/2025 et un autre établissement à horizon 2030/2035.
C’est un constat qui se vérifie partout dans le monde : en raison du vieillissement de la population, le nombre de personnes âgées en situation de dépendance (1) ne cesse d’augmenter. Pour évaluer où en est Monaco sur ce sujet, et pour avoir une vision précise sur 10 à 20 ans, le département des affaires sociales et de la santé a missionné un cabinet spécialisé. Sa mission ? Évaluer si les structures d’accueil pour personnes âgées dépendantes déjà présentes sur le territoire monégasque seront suffisantes dans 10,15 ou 20 ans ? Et à en croire ce cabinet et le gouvernement, la réponse est clairement… non.
500 places d’accueil à horizon 2021/2022
Selon les données livrées par l’exécutif, Monaco dispose en effet actuellement de 342 places en institutions. « Avec les travaux en cours à la résidence du Cap Fleuri et les travaux que projette d’effectuer la Fondation Hector Otto, nous aurons 151 places supplémentaires à échéance de trois à quatre ans », explique Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Soit un total de 500 places à horizon 2021/2022. « Or, en dépit de ces efforts conséquents, nous nous sommes rendus compte que cela ne suffira pas à échéance d’une dizaine d’années », rajoute le conseiller-ministre.
Deux structures d’accueil à l’étude
Pour le gouvernement, il n’y a donc pas 36 solutions. Il faut créer une nouvelle structure d’accueil. L’exécutif mise ainsi sur un établissement d’environ 120 places à livrer à horizon 2024/2025. « Deux ou trois pistes d’implantation sont actuellement étudiées et seront à déterminer avec le conseil national », rajoute Didier Gamerdinger. Sauf que cette future structure, pourrait, à plus long terme, ne pas suffire non plus. Selon le gouvernement, un nouvel établissement devra en effet être construit à échéance 2030-2035. Pour ce lointain calendrier, l’État envisage d’implanter cette autre structure à la place de l’actuel CHPG (hôpital qui sera, à cette date, dans ses nouveaux locaux). Il s’agira, soit de le démolir et de le reconstruire, soit d’utiliser les bâtiments actuels.
Un « devoir de solidarité »… limité
Mais au-delà des structures à construire, c’est la politique de la prise en charge de la dépendance que le gouvernement veut bouleverser… Le souhait de l’exécutif est plutôt déroutant : l’Etat veut en effet réserver les places en institutions uniquement aux aînés en situation de dépendance qui justifient d’au moins 20 ans de résidence à Monaco. Pourquoi une telle mesure ? « Nous avons constaté que certaines personnes s’établissent assez tard à Monaco. A 55, 60 ou 65 ans. Il s’agit de personnes qui prennent leur retraite en Principauté. Nous avons également constaté que certains résidents d’une quarantaine d’années, issus de familles assez aisées, originaires notamment d’Europe du Nord, font venir leurs ascendants à Monaco. La difficulté, c’est qu’une dizaine d’années après, ces ascendants sont en demande d’entrer en institution. Parfois, ils ne sont pas francophones et la socialisation est difficile, note Didier Gamerdinger. La question que nous nous sommes posés est donc la suivante : ce devoir de solidarité que nous devons à l’égard de nos ainés, comment s’entend-il ? Est-ce qu’il doit jouer à l’égard de personnes qui sont présentes à Monaco depuis 5 ou 10 ans ? La réponse que nous formulons est : non. »
« Éviter une importation du vieillissement »
Le gouvernement considère en effet que « l’effort de solidarité » et « l’effort budgétaire consenti par la puissance publique monégasque » dans ce domaine, doivent rester cantonnés aux aînés qui ont partagé « un temps suffisamment important » en principauté. « Nous allons avoir un débat avec le conseil national qui est assez ouvert sur le sujet. Notre idée est de demander à l’avenir de justifier 20 à 30 ans de résidence pour ouvrir droit à un accueil en institution. Le curseur d’antériorité est encore à placer. Sachant que l’âge moyen d’entrée en institution est de 87 ans. » Via cette mesure, qui fera sans doute l’objet de discussions, l’autre objectif du gouvernement est aussi « d’éviter une sorte de phénomène d’importation du vieillissement », note encore Didier Gamerdinger. « Nous considérons que tout ceci est une réflexion cohérente. » Pas certain en revanche que les aînés exclus du dispositif et leur familles verront cette nouvelle politique du même œil… Autre point fondamental à étudier à l’avenir : le coût de la dépendance des personnes âgées.
_Sabrina Bonarrigo
(1) La dépendance est définie comme la situation des personnes qui, malgré les soins qu’elles sont susceptibles de recevoir, ont besoin d’une aide pour l’accomplissement des actes essentiels de la vie (manger, se laver, s’habiller, se déplacer, etc.) ou dont l’état nécessite une surveillance régulière.
ENGAGEMENT/
Maltraitance des aînés : une procédure de dénonciation à l’étude
C’est un sujet tabou, et très peu abordé dans le débat public. Pourtant les cas de maltraitance en institution ou à domicile des personnes âgées est une triste réalité de plus en plus répandue. Selon l’organisation mondiale de la santé (OMS), 1 personne âgée sur 10 est confrontée chaque mois à des formes de maltraitance. Il se peut toutefois que ces données soient largement sous-estimées : seulement 1 cas de maltraitance sur 24 serait en effet notifié par les victimes. Qu’en est-il à Monaco ? Existe-t-il des cas avérés de maltraitance en institution ou à domicile ? Le département des affaires sociales et de la santé assure ne pas « avoir eu connaissance de doléances précises à ce sujet », mais le gouvernement « considère cependant souhaitable d’instituer une procédure spécifique » pour dénoncer ce que le gouvernement appelle « des cas de non-bientraitance. » « Nous avons en effet estimé qu’il fallait que les familles puissent trouver une écoute objective si elles souhaitaient rapporter certains faits, explique à L’Obs’ Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. La procédure n’est pas encore définitivement établie à ce jour, mais devrait permettre à l’entourage de nos aînés de s’adresser à l’administration s’il souhaite signaler certaines situations ou comportements. Il reviendrait alors au service de l’Etat concerné d’objectiver les différents éléments communiqués et de déterminer les mesures qui seraient, le cas échéant, les plus appropriées. » _S.B.
