jeudi 16 avril 2026
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    Nuisances sonores : des chantiers vraiment sous contrôle ?

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    POLITIQUE/Si les chantiers se comptent par dizaines à Monaco, les agents de la fonction publique chargés de contrôler les nuisances sonores se comptent, eux… sur les doigts d’une main. Les élus du conseil national ont réclamé des effectifs supplémentaires.

     

    Sur les 4 000 fonctionnaires et agents de l’État que compte l’administration monégasque, savez-vous combien d’entre eux sont chargés de contrôler les nuisances sonores sur les chantiers à Monaco ? Si vous imaginez une armada d’agents lourdement équipés, vous serez déçus, puisqu’ils sont… trois. Un constat qui a décontenancé le conseil national, et en particulier l’élue Primo ! Michèle Dittlot : « Trois postes sont pourvus sur les quatre qui existent à l’heure actuelle au sein des services administratifs, et le gouvernement nous a indiqué que les personnels concernés ont plusieurs missions qui ne leur permettent pas de se dédier pleinement à ce contrôle. De plus, il faut ajouter que le nombre de personnes affectées à cette tâche apparait très insuffisant par rapport à la quantité de chantiers en cours, a indiqué l’élue en séance publique. Pourquoi alors dans le budget rectificatif n’y a-t-il pas une ligne dédiée à des créations de postes, en vue d’augmenter ces effectifs ? Il faut un personnel plus important pour couvrir l’amplitude horaire des chantiers et contrôler le nombre croissant de ceux-ci ». Cette question a suscité un long débat au sein de l’hémicycle. Le gouvernement s’est en effet montré particulièrement frileux à l’idée d’embaucher de nouveaux fonctionnaires pour mener cette tâche. L’exécutif préfère envisager une « réorganisation en interne ». Notamment « en collaborant avec la sureté publique ».

    Un fonctionnaire « embauché pour 70 ans »

    Pourquoi alors une telle frilosité ? Pour justifier cette réticence à l’idée d’embaucher de nouveaux contrôleurs du bruit, le ministre d’État s’est livré à une analyse macro-économique qui a surpris le président du conseil national, Stéphane Valéri : « On ne va pas pouvoir mettre des postes partout et tout le temps, a d’abord justifié Serge Telle. Un fonctionnaire, ce n’est pas quelqu’un que l’on embauche pour un an, deux ans ou trois ans. C’est quelqu’un que l’on embauche pour 70 ans : 30 à 40 dans la fonction publique et puis une trentaine d’années de retraite. Or, que nous dit l’état du monde ? Nous ne sommes pas dans une situation où tout va bien. L’incapacité des États à faire de la relance monétaire, ou encore les mouvements populistes qui arrivent et qui ne permettront plus de sauver sur des bases fiscales le système financier, sont particulièrement inquiétants. »

    Une crise financière en 2020 ?

    Pour étayer son argumentaire, le ministre d’État s’est appuyé sur les prévisions de l’économiste Nouriel Roubini. Ce dernier avait prévu la crise financière de 2008 et estime qu’une nouvelle crise « à la fois plus sévère et plus longue » se profile en 2020. « Il suffit d’une étincelle quelque part dans le monde pour que tout bascule. Monaco n’est pas une île, et n’est pas en dehors du monde… On doit prendre en compte cet environnement international particulièrement volatile. Nous continuons à être, je le reconnais, dans une vision un peu malthusienne au niveau de l’augmentation des effectifs de la fonction publique. Parce que cela a un coût dans un environnement international dont, j’estime, en tant que chef de ce gouvernement, qu’il n’est pas suffisamment clair pour pouvoir prendre des risques à 20 ans. Nous espérons que nos excédents budgétaires seront là longtemps, mais nous ne sommes pas sûrs qu’ils le seront effectivement. » Selon lui « la réponse n’est donc pas forcément plus de fonctionnaires » mais une « réorganisation » en interne.

    « 100 000 euros par an, sur 1,3 milliard d’euros »

    Mais pour le président du conseil national, l’analyse du ministre d’État est clairement disproportionnée par rapport à la requête initialement formulée : « On peut comprendre votre raisonnement global qui est parfaitement légitime et qu’on partage. La prudence est toujours mère de sûreté, et bien sûr qu’il faut prévoir que le pire peut arriver. Mais revenons à la réalité… Nous parlons de deux ou trois postes à créer, soit 100 000 euros par an, sur 1,3 milliard d’euros de budget, a lancé Stéphane Valeri. Vous broyez du noir, et vous parlez de malthusianisme, mais nous sommes dans un pays qui fonctionne ! Notre modèle économique et social est une réussite. Cela fait de nombreuses années que les effectifs n’ont pas été augmentés dans ce domaine. Si l’on veut vérifier que les arrêtés ministériels publiés en octobre (voir encadré) sont vraiment appliqués sur le terrain, il faut s’en donner les moyens ! » Stéphane Valeri a également rappelé que le gouvernement a engagé des dépenses pléthoriques (parfois inutiles selon lui) dans bien d’autres domaines… « Si un jour il fallait faire des économies, nous aurions un débat sur un catalogue de dépenses validées par le gouvernement à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros par an, dont l’utilité peut paraître parfois toute relative ou qui est la conséquence de la mauvaise gestion des chantiers publics. » Le président de l’assemblée a notamment cité les 80 millions d’euros nécessaires pour résoudre la crise à Apolline, l’organisation de pavillons internationaux qui coûte selon lui très cher, ou encore l’octroi, il y a quelques années, d’un million d’euros pour l’organisation de deux matches de boxe.

    La piste du privé

    Après cet échange un peu musclé, l’élu minoritaire Jean-Louis Grinda a suggéré à son tour que la mission de contrôleur de bruit soit confiée à une société privée. Cette piste n’est pas « une réflexion inepte, a répondu Serge Telle. On peut y penser effectivement. Car cela nous permettrait de faire des missions ponctuelles ». Toujours selon Jean-Louis Grinda, étant donné le nombre de chantiers à Monaco et l’amplitude horaire, « ce ne serait pas deux personnes supplémentaires qu’il faudrait embaucher, mais 10 à 15 ». Seule certitude pour l’heure : ce débat sera a priori tranché lors de l’examen du budget primitif 2019.

    _Sabrina Bonarrigo

     

    CHANTIERS/

    Pas de travaux le samedi et pendant les fêtes

    Le gouvernement semble avoir pris la mesure de l’exaspération de la population. Pour amoindrir les nuisances, en particulier sonores, générées par les nombreux chantiers à Monaco, deux arrêtés ministériels ont été publiés fin octobre. « Cette démarche a été engagée avec tous les professionnels du bâtiment », a indiqué en conférence de presse le 23 octobre Marie-Pierre Gramaglia, conseiller-ministre à l’équipement et à l’urbanisme. Le premier arrêté ministériel concerne les horaires de chantier. Le gouvernement veut accorder des « périodes de répit » aux résidents, et en particulier aux riverains. « Les travaux à Monaco seront autorisés du lundi au vendredi, de 7h30 à 19h, et ne seront plus autorisés le samedi. Ils seront également totalement interdits pendant la période de Noël et du Nouvel an. Soit du 24 décembre au 1er janvier inclus ainsi qu’au mois d’août », a précisé Marie-Pierre Gramaglia. Concernant les dérogations, certaines seront accordées, mais uniquement « pour des motifs techniques avérés » absolument nécessaires. En revanche, ces dérogations ne sont délivrées que si les entreprises ont pris en amont des réelles mesures pour réduire le bruit sur leur chantier. La réduction des nuisances sonores, c’est justement l’objet du second arrêté ministériel : « Quelle que soit la durée du chantier, les entreprises auront l’obligation d’utiliser des matériels, des engins, et des techniques les moins bruyantes du marché. Nous allons créer une commission pour que tous les professionnels du bâtiment se réunissent et discutent régulièrement à propos de ces nouveaux matériaux et de ces nouvelles techniques. » Autre impératif pour le gouvernement : rendre obligatoire la communication pour les riverains. « Que ce soit les informations en amont pour leur indiquer ce qui va se passer, mais aussi combien de temps les travaux vont durer, et bien sûr, quel est le but du chantier. Une information continue tout au long des travaux sera également assurée avec la nomination d’un référent par chantier, facilement accessible par les riverains ». La direction des travaux publics va également développer l’installation de capteurs en 2019 destinés à mesurer le suivi phonique de tous les chantiers en temps réel. Le recours aux écrans acoustiques est également rendu obligatoire. Enfin une division de l’environnement et de la qualité de vie sera créé au sein de l’administration. Une équipe sera entièrement dédiée à veiller sur la qualité de vie. _S.B.

     

     

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