Niché entre l’avenue Saint-Roman et le boulevard d’Italie, « A Fighera », nouvel immeuble domanial de 25 logements, se distingue par son écoresponsabilité et par la discrétion exemplaire de son chantier. Première construction en Europe expérimentant la méthode canadienne Upbrela, il est aussi le premier bâtiment de Monaco qui fait la part belle au bois.
« A Fighera » (le figuier, en monégasque). C’est le nom du tout nouvel ensemble domanial qui vient de sortir de terre entre l’avenue Saint-Roman et le boulevard d’Italie, à l’emplacement de l’ancienne Villa Carmelha. Il a été dénommé ainsi en clin d’œil à l’intégration massive du bois dans sa structure. « Après 4 ans de chantier, c’est une grande satisfaction », commente Gabriel Viora, l’un des architectes du projet. Juste en face du gigantisme de Testimonio, A Fighera passe presque inaperçu. C’est pourtant une réalisation importante, non pas par sa taille puisqu’elle ne compte que 25 logements, mais parce qu’il s’agit « d’un projet démonstrateur », comme le note Adrien Lebret, récemment nommé directeur des travaux publics (TP). Démonstrateur « de tout ce qui peut se faire de mieux en matière environnementale », mais aussi d’une nouvelle manière de construire à Monaco, quasiment indolore pour les riverains.
Upbrela : une première en Europe
« On n’a pas du tout entendu parler de ce chantier », note Adrien Le Bret. Et pour cause, la méthode de construction utilisée se veut ultra discrète. Il s’agit de l’upbrela, un système importé du Canada qui consiste à mettre autour de l’objet à construire une ossature, comme un « cocon ». C’est la première fois qu’elle est expérimentée en Europe. Le principe : la construction commence par le toit en réalisant une dalle à 80 cm de hauteur. Elle est ensuite levée, étage après étage, par le biais d’un système de vérinage et à l’aide d’un monte-charge. Ce « cocon », qui cache totalement les travaux, étouffe surtout le bruit et la poussière provoqués par ces derniers, et permet de se passer de grue. Ça coûte plus cher, ça prend plus de temps, mais ça permet de minimiser les nuisances pour les riverains, et au passage de protéger les ouvriers d’éventuels intempéries. « Pour la pérennité future du bâtiment, ça permet aussi que l’eau ne vienne pas stagner dans la structure en bois en cas de pluie », note Gabriel Viora, l’un des architectes du projet.
Pas de grues
Le chantier a été réalisé par EMC Construction, et le groupe Caroli (Caroli Bat et Caroli T.P) qui s’est chargé du socle en béton bas carbone. « Nous avons choisi des entreprises monégasques. Elles ont dû tout faire sans grue, avec des ponts roulants et des palans à l’intérieur du cocon. C’était une première pour elles, mais nous avons la chance, en Principauté, d’avoir des entrepreneurs qui ont le sens du travail bien fait, un vrai sens de la main, et l’envie d’être toujours dans l’évolution », a expliqué Adrien Lebret. Est-ce que cette première réalisation signe le début d’une nouvelle ère de construction discrète et sans grue en Principauté ? Rien n’est moins sûr car outre les rendements moins importants, que les acteurs du privé ne voudront probablement pas s’infliger, l’upbrela n’est pas adapté à toutes les constructions. « Il faut de la verticalité et un bâtiment géométrique », précise Gabriel Viora. De plus, « les constructeurs nous ont expliqué que construire avec un pont roulant avait été complexe et que cela présentait des risques. La grue amène la charge exactement à l’endroit désiré, le pont roulant est moins précis, et cela a peut-être induit plus de manutention pour les ouvriers », reconnaît le directeur des Travaux Publics.
Du bois, du bois, du bois
Le bâtiment a obtenu une validation BD2M (bâtiments durables méditerranéens de Monaco). Quand on entre dans l’immeuble, ça sent le bois. Il en compte 1 000 m³ au total. « Même le noyau central, la cage d’ascenseur, qu’on fait toujours en béton, est en bois », insiste Adrien Lebret. De l’épicéa de forêts françaises dans les structures et du mélèze en extérieur pour résister aux intempéries. Le bâtiment comprend également 130 m² de panneaux solaires thermiques et photovoltaïques en toiture, une pile à combustible permettant de stocker sous forme d’hydrogène le surplus de production électrique, des brasseurs d’air… Par ailleurs, des tablettes, présentes dans chaque logement, permettront aux habitants de gérer leur consommation au mieux. Ils pourront par exemple opter pour un scenario « absence » qui limitera automatiquement la consommation énergétique lorsqu’ils ne seront pas chez eux.
Nouvel ascenseur public
Réparti sur 9 niveaux, le bâtiment abrite 14 deux pièces, 4 trois pièces et 7 quatre pièces, dans lesquels les Monégasques pourront emménager dans quelques semaines. 21 des 25 appartements ont pour l’heure été acceptés et les baux ont été signés à partir du 25 novembre. « Concernant les refus, certains ne souhaitaient pas être dans ce quartier et d’autres n’ont simplement pas eu le feeling », explique Aurélie Peri, administrateur des Domaines. Elle précise que l’immeuble sera majoritairement habité par des jeunes au vu de la typologie des biens et des bas loyers. Tous les appartements disposent d’une grande terrasse et bénéficient, malgré la proximité avec les tours de Testimonio, de belles trouées sur l’extérieur. Au sous-sol, une galerie, réalisée par l’entreprise Caroli TP, permet de rejoindre le parking de Testimonio, où 25 places ont été réservées aux habitants d’A Fighera. Un drop off permet toutefois de déposer des personnes juste devant l’entrée si besoin. Notons enfin que deux nouvelles infrastructures publiques ont été créées au pied de l’immeuble, sur le Boulevard d’Italie. Un nouvel ascenseur public, qui permet d’atteindre l’Avenue de Saint-Roman sans effort, et une station Monabike comportant douze attaches pour des vélos à assistance électrique.




