dimanche 12 avril 2026
plus
    AccueilInfosSociétéPeut-on parler de surtourisme à Monaco ?

    Peut-on parler de surtourisme à Monaco ?

    -

    Alors que la Côte d’Azur fait face à un surtourisme estival parfois incontrôlable, la Principauté échappe au phénomène de masse grâce à un positionnement haut de gamme et à une gestion rigoureuse du port. Explications avec Guy Antognelli, directeur du tourisme et des congrès de Monaco.

    La Côte d’Azur souffre de la problématique du surtourisme en été, de manière déséquilibrée selon les communes. La Principauté est-elle concernée ?

    Non, on ne peut pas parler de surtourisme à Monaco. Il n’y a pas de phénomènes de regroupement ni d’endroits complètements saturés. Je n’ai jamais été coincé à pied dans une rue à Monaco sans pouvoir avancer. Le palais princier et le Musée océanographique, qui sont les principaux sites touristiques de la Principauté, pourraient accueillir bien plus de visiteurs que ce qu’ils n’accueillent actuellement. Il n’y a jamais de files d’attente phénoménales à l’entrée. Le musée accueille 650 000 visiteurs par an actuellement alors qu’en 1992 il en a accueilli 1 031 811, preuve que nous avons encore de la marge. Sur la plage, les gens ne sont pas les uns sur les autres bien qu’elle ne soit pas très grande. Quant aux embouteillages, nous en avons tout autant le matin en plein hiver, ils ne sont donc pas causés uniquement par les touristes.

    Guy Antognelli Tourisme VisitMonaco Monaco Principaute Destination Luxe
    « Monaco est né sur le créneau de l’ultra-luxe et veut définitivement y rester. » © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

    Le nombre de touristes en Principauté a-t-il explosé ces dernières décennies ?

    Nous avons beaucoup de mal à mesurer le volume de visiteurs mais il était déjà très important il y a 20 ans. Il n’y a pas eu de flambée, et je suis certain que la hausse du nombre de salariés pendulaires est plus importante que celle du nombre de touristes. Cela étant dit, il y a effectivement, à Monaco, des pics de fréquentation qui peuvent ponctuellement entraîner des problématiques de gestion des flux.

    Pendant le Grand Prix par exemple ?

    Oui, mais il dure trois jours seulement. La plupart des entreprises ferment et les travailleurs de la Principauté en profitent pour avoir des congés. Quant aux habitants, ceux qui n’ont pas envie de vivre cette effervescence (environ la moitié) partent et les autres apprécient l’événement.

    Les locaux ne se plaignent pas des touristes donc ?

    Non, vraiment pas. Je pense que nous avons beaucoup de chance d’avoir une population très tolérante sur le sujet. D’abord parce qu’elle est plutôt aisée, ce qui lui permet de voyager beaucoup et de ne pas forcément être à Monaco au plus fort de la saison touristique. Et surtout parce que le pays s’est construit, dès le départ, sur l’industrie du tourisme. Contrairement aux habitants des villes nouvellement touristiques, ils ont toujours vécu la cohabitation avec les touristes. Ils sont conscients de ce que cela apporte au pays, ils savent que le secteur emploie énormément, et ils sont donc très conciliants. Et puis il y a du monde toute l’année avec les travailleurs pendulaires. En été, les travailleurs sont moins nombreux, mais il y a les touristes. La différence n’est pas si importante par rapport au reste de l’année.

    Est-ce parce que Monaco s’adresse à une clientèle de prestige qu’elle s‘évite le surtourisme ?

    Je dirais plutôt que c’est parce que nous n’avons jamais voulu faire du tourisme de masse. Je pense que les villes qui subissent du surtourisme ont été sur ce modèle. Elles ont cherché à attirer en nombre comme Marbella ou la Costa Brava qui ont communiqué en disant « Venez passer des vacances à 600 euros la semaine ». Nous pouvons aussi citer Malte, qui est un exemple intéressant. Historiquement, la clientèle de Malte, ce sont les fêtards anglais, leur meilleur tour opérateur c’est Easy Jet et ils sont sponsor de Manchester United. Aujourd’hui, ils essaient d’aller sur du tourisme plus qualitatif, et sur une clientèle plus haut de gamme, mais ils ont beaucoup de mal car cette dernière n’a pas envie d’aller dans un endroit qui est marqué comme ça. A Monaco, nous avons toujours mené une politique du « mieux » et pas du « plus », et puis nous avons pris des mesures pour limiter le risque de congestion.

    Lesquelles ?

    D’abord, le gouvernement a mis en place, il y a très longtemps, une régulation des cars de tourisme. Cela aide beaucoup. La création récente du parking des Salines est aussi une manière d’éviter la congestion. Pour onze euros par jour, les touristes peuvent se garer aux portes de Monaco et voyager en bus pour accéder aux sites qui les intéressent. Et surtout nous avons limité les navires de croisière qui créent des pics de fréquentation monstrueux. Quand quatre bateaux de croisière arrivent en même temps, c’est 10 000 personnes qui débarquent dans la ville d’un coup, et là ça peut être compliqué. Le gouvernement monégasque a commencé par obliger les bateaux à naviguer au fioul léger quand ils sont dans les eaux territoriales monégasques, ce qui en a exclu une partie. Puis il a limité l’accès au port à ceux mesurant 250 mètres ou moins, et l’année dernière, il a interdit les paquebots de plus de 1 250 passagers, et nous ne pouvons en accueillir qu’un, donc cela reste vivable. De plus, les croisiéristes arrivent à la digue Rainier III et ils se répartissent ensuite, certains allant sur le Rocher, d’autres vers le Casino.

    Cette limitation de taille et de capacité des bateaux, qui correspond à une catégorie plus premium, permet aussi de sélectionner une clientèle avec un meilleur pouvoir d’achat, ce que les commerçants du Rocher avaient dénoncé, considérant que la clientèle haut de gamme ne dépensait pas dans leurs boutiques. Qu’en pensez-vous ?

    J’ai des discussions avec des agences de voyage américaines de grand luxe et elles me disent que leurs clients, même les plus fortunés, veulent manger au marché de la Condamine et découvrir les produits typiques. Ils n’achètent pas que ce qui est cher ou luxueux. En revanche, les pin’s, les magnets, les casquettes et les t-shirts bas de gamme… effectivement, ils n’en sont certainement pas friands. Il faudrait peut-être renouveler l’offre, se démarquer avec de jolis produits plus travaillés, plus originaux.

    Tourisme Musée Oceanographique Monaco Principauté
    « Le musée accueille 650 000 visiteurs par an actuellement alors qu’en 1992 il en a accueilli 1 031 811, preuve que nous avons encore de la marge ».

    Ils devraient adapter leurs produits à une clientèle plus haut de gamme donc ?

    Je comprends que ce soit compliqué de répondre aux deux types de clientèle, mais les commerces qui ont le plus souffert pendant le Covid sont ceux qui vivaient du tourisme de masse, du volume. Est-ce que c’est le modèle de demain ? Je ne pense pas. Ce n’est pas vers là que l’on veut aller en tout cas… Nos hôtels 5 étoiles (Café de Paris et Métropole) sont ou vont être rénovés et passer sur une nouvelle norme encore plus luxe. Les chambres seront plus grandes et il y aura davantage de suites. Monaco est né sur le créneau de l’ultra-luxe et veut définitivement y rester.

    Pour résumer, Monaco ne subit pas de surtourisme grâce à sa gestion du port et à son positionnement sur une clientèle relativement aisée. Est-ce que mieux répartir les flux tout au long de l’année n’est pas aussi une idée ?

    L’hiver reste effectivement très calme et c’est dommage, surtout que sur la Côte d’Azur, nous avons un produit qui est tout aussi magnifique à cette période. Nous essayons de faire en sorte que le tourisme d’affaires puisse se développer encore davantage, notamment avec l’extension du Grimaldi Forum et nous communiquons pour inciter les gens à venir hors saison, par exemple pour des séjours gastronomiques. Nous avons sept restaurants étoilés, les amoureux de gastronomie peuvent venir une semaine et en tester un par jour, c’est extraordinaire !

    Société Monégasque d'Assainissement SMA

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.