Le gouvernement et des équipes médicales monégasques réfléchissent à plusieurs projets pour permettre aux aînés de la Principauté de mieux vieillir. Objectif : éviter, ou du moins retarder au maximum, leur déclin cognitif.
Si partir à la retraite après une longue ou dure vie de travail peut être synonyme de repos et de temps libre pour pratiquer divers loisirs et activités, cela peut être aussi le point de départ d’un déclin cognitif… La communauté médicale a en effet constaté qu’une fragilité au niveau du fonctionnement cérébral et de la pensée peut émerger chez ces seniors qui n’exercent plus d’activité professionnelle. « Le départ à la retraite peut notamment entraîner des troubles de l’attention et de la concentration, ainsi que des troubles dysexécutifs, expliquait il y a quelques mois le professeur Alain Pesce, ancien chef du département de gérontologie clinique au Centre Rainier III (1). Ces personnes se retrouvent ainsi en difficulté pour appréhender et planifier de nouvelles tâches, ou pratiquer de nouvelles activités. Ce qui peut suivre, c’est une forme de dépression. C’est très fréquent. C’est une situation à risque qu’il faut dépister, car cela peut se traiter, et se prendre en charge. »
Prises en charge médicales adaptées
Ce dépistage est d’autant plus essentiel que cette fragilité cognitive peut être un facteur favorisant la maladie d’Alzheimer et autres maladies apparentées. Pour éviter — ou du moins ralentir au maximum — ce déclin cognitif, des plans d’action et des prises en charge médicales adaptées existent et sont actuellement étudiées par des équipes médicales monégasques. Objectif : les proposer à terme aux aînés de la Principauté. Très concrètement, en quoi cela peut consister ? Cela pourrait être un programme multidimensionnel de prévention qui va de la stimulation cognitive au coaching, en passant par la prise en charge de la motivation. Il y aurait aussi des conseils nutritionnels, des activités physiques, ou encore de l’incitation à participer à des activités nouvelles chaque jour. « L’objectif est d’éviter de tomber dans l’apathie, qui est un cercle vicieux dont on a du mal à se sortir », expliquait encore le professeur Pesce.
« Une chance de mieux vivre »
Le gouvernement et les équipes médicales monégasques travaillent ainsi à la mise en place d’une application informatique qui permette justement de coordonner ce programme. « Ce que l’on sait c’est que plus l’on prend tôt son vieillissement, mieux on entre dans cette période de notre vie, confirme à son tour Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Nous voulons mettre en œuvre un dispositif pour perpétuer ce qui est déjà mis en œuvre par la mairie de Monaco et par certaines associations. C’est un outil qui permettrait aux personnes concernées de rechercher quelles sont les activités qui leur correspondent le mieux. Des activités intellectuelles, artistiques, culturelles ou sportives. L’idée est de continuer à rester actifs car on sait que si c’est le cas, on a une chance de mieux vivre. »
(1) Alain Pesce parti à la retraite, a été remplacé par le docteur Sandrine Louchart de la Chapelle.
Construction de deux nouveaux EHPAD à Monaco
Face au vieillissement de la population à Monaco et à l’augmentation de la dépendance des personnes âgées, le gouvernement a décidé de lancer la construction de deux Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EPHAD) supplémentaires. Lors des débats au Conseil national, l’Exécutif a donné des précisions sur les emplacements et le calendrier. Le premier EPHAD sera ainsi livré dans le quartier de Monte-Carlo, plus précisément, en bas de l’avenue de Grande-Bretagne. Côté calendrier, la livraison est prévue en 2025. « Un concours a été lancé au mois de juin dernier. Trois architectes ont répondu le 20 août. Ces projets sont en cours d’analyse. Les conclusions sont attendues pour ce mois d’octobre, a indiqué le ministre d’État, Pierre Dartout. En parallèle de ce travail, les études environnementales ont débuté, et la procédure de modification de la réglementation d’urbanisme inhérente au projet est arrivée à son terme. Elle fera l’objet d’une publication, dès que l’acquisition du foncier aura été finalisée. » Concernant le deuxième EPHAD, il sera situé dans le cadre de l’opération immobilière Annonciade II. L’échéance de livraison est toutefois plus lointaine : en 2029. « Il s’agit d’une opération d’urbanisme d’envergure, à moyen terme, au sujet de laquelle des arbitrages ne sont pas arrêtés. Le gouvernement échangera avec le Conseil national sur le programme envisagé au sein de la commission plénière d’études (CPE) « Grands Travaux »», a ajouté Pierre Dartout.
Création d’une plateforme “autonomie”
Le secteur de la santé à Monaco a fait un constat : l’âge avançant, certaines personnes âgées ont besoin de faire un séjour hospitalier. Sauf que le retour à domicile après ce passage à l’hôpital est manifestement souvent difficile pour ces aînés, car il faut notamment prévoir des plans d’aide et d’accompagnement. Organiser par exemple un passage des infirmiers et d’autres médecins. « Nous souhaiterions donc que l’accompagnement soit renforcé lors du retour à domicile pour éviter justement des séjours hospitaliers répétitifs dont on sait, avec le recul, qu’ils ont un effet néfaste sur l’autonomie de la personne, explique Didier Gamerdinger. J’ai donc proposé aux différents acteurs concernés à la fois publics et privés de réfléchir à comment améliorer tout cela. Il est apparu qui nous fallait un outil pour assurer un bon suivi ultérieur. C’est un outil qui permettrait une interaction entre différents intervenants auprès de la personne âgée. Nous avons lancé des consultations pour trouver un prestataire de services en ce sens. »
