La pollution générée par les navires de croisières est un sujet souvent pointé du doigt en Principauté et plus généralement dans les ports de la Méditerranée. La Société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM) assure de son côté avoir mis en œuvre une politique plus environnementale en n’accueillant désormais que des navires mesurant jusqu’à 250 mètres. « Dans 4 à 5 ans », cette société souhaite également franchir un pas supplémentaire : accueillir dans les eaux monégasques que des bateaux de croisières qui peuvent se brancher électriquement. Les explications d’Aleco Keusseoglou et d’Olivier Lavagna, respectivement président-délégué et directeur général de la SEPM.
Après la crise sanitaire, la SEPM a décidé de revoir sa politique d’accueil des bateaux de croisières en Principauté. Pourquoi ce choix, et quelles ont été les orientations prises ?
Aleco Keusseoglou : Le moment était venu, sous l’impulsion du prince Albert II, très impliqué dans la lutte contre l’environnement, de mettre en place une réglementation un peu plus écologique. Nous avons profité de la crise sanitaire pour réfléchir à une autre politique. La Principauté n’accueille désormais que des navires mesurant jusqu’à 250 mètres et de capacité inférieure ou égale à 1 250 passagers. La SEPM a également décidé de limiter la période d’accueil de ces bateaux de mi-novembre jusqu’à fin-mars, et de n’accueillir que des bateaux de catégories luxe et premium.
Cette politique a-t-elle été bénéfique d’un point de vue environnemental ?
Olivier Lavagna : Absolument. Par la seule réduction du nombre d’escales, on peut estimer que cette nouvelle politique a comme conséquence de réduire les émissions de gaz à effet de serre de cette activité de l’ordre de 30 %. Rappelons par ailleurs que depuis 2018, l’Etat impose à tout navire présent dans les eaux monégasques d’utiliser le fioul léger, à faible teneur en souffre (0,1 %, contre 3,5 % pour le fioul lourd) ou de disposer de scrubbers (système de lavage des fumées émises en circuit fermé, c’est-à-dire sans rejet dans l’eau). Ce qui constitue également une mesure bénéfique à l’environnement.

Pourquoi ne pas avoir mis en place cette politique plus tôt ?
Aleco Keusseoglou : Il était d’abord nécessaire que l’on fasse nos preuves comme destination. Monaco s’est désormais fait un nom dans le secteur de la croisière. Aujourd’hui, nous avons une histoire, une expérience et une renommée qui nous permettent de cibler uniquement la clientèle qui intéresse le plus Monaco, à savoir la clientèle luxe et premium.
Avoir réduit la taille des bateaux de croisières et limité la période d’accueil en Principauté, a-t-il eu un impact sur le chiffre d’affaires de la SEPM ?
Olivier Lavagna : L’impact sur le chiffre d’affaires a été limité. Il faut toutefois bien comprendre que l’activité de croisières, nous la menons surtout pour les retombées qu’elle génère en ville et non pas pour la part de chiffre d’affaires de la SEPM, puisqu’on sait que la clientèle à bord de ces bateaux de luxe a un meilleur pouvoir d’achats que celle présente sur les paquebots de plus grandes tailles.

Pour diminuer la pollution générée par les navires de croisières, l’association monégasque Ecopolis propose de n’accueillir en Principauté que des navires pouvant accueillir que jusqu’à 200 passagers. Que pensez-vous de cette idée ?
Olivier Lavagna : De la centaine de navires accueillis en escale, seuls 15 ont une limite de capacité à 200 passagers. Cela n’est pas en adéquation avec la recherche d’une équation équilibrée entre une réduction de l’activité et la préservation de retombées souhaitées en ville.
De nombreux observateurs en Principauté se plaignent de la pollution générée par ces navires de croisières et notamment des nuages de fumée qui émanent de ces navires. Que répondez-vous à cela, et qu’est-ce qu’il serait possible de faire pour limiter cela ?
Aleco Keusseoglou : Comme nous l’évoquions plus tôt, nous avons déjà réduit de 30 % les émissions de gaz à effet de serre grâce à cette nouvelle politique. C’est déjà un pas considérable. Ensuite, pour diminuer au maximum la pollution générée, probablement que dans un futur pas trop lointain, nous devrons faire un grand pas, à savoir n’accepter en Principauté que des bateaux pouvant se brancher électriquement à la digue. L’objectif serait de faire en sorte qu’il n’y ait plus de bateaux tournant sur générateur lorsqu’ils sont sur place. En coordination avec les services de l’État, nous pourrions tout à fait l’envisager en apportant la puissance nécessaire à la digue.

© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication
Cela pourrait se faire à quelle échéance selon vous ?
Olivier Lavagna : Le problème est qu’aujourd’hui, les bateaux de croisières électrifiés sont très peu nombreux. Opérer des investissements conséquents pour électrifier la digue pour les navires de croisières et ne brancher qu’une poignée de bateaux de croisières, serait incompris et contre-productif par rapport à tous les efforts faits en matière de protection de l’environnement sous l’impulsion du Prince Souverain.
Aleco Keusseoglou : Toutefois, ce sont des sujets qui évoluent très vite. Auparavant, il s’agissait de systèmes très contraignants et très coûteux. Aujourd’hui, la technologie a avancé et il est possible d’installer des systèmes à bord beaucoup moins chers, et surtout, qui prennent beaucoup moins de places. Nous continuons donc les études de marché sur ce sujet et nous les réactualisons régulièrement. Probablement que dans 4 à 5 ans nous pourrons dire que nous n’accueillerons en Principauté que des bateaux de croisières qui peuvent se brancher électriquement.
Le pourtour méditerranéen a pourtant déjà pris les devants en la matière, puisqu’après Marseille et Nice, Toulon a lancé à son tour des travaux de raccordement pour permettre aux navires de se brancher directement au réseau public de distribution d’électricité. Monaco n’est-il pas en retard sur ce sujet ?
Pour la typologie des navires inscrivant la destination Monaco dans leurs itinéraires, les ports de la région Méditerranée (Italie et France) ne sont pas non plus équipés pour l’instant pour permettre leurs branchements électriques à quai.
