À Menton, un ancien hôtel va être transformé en centre d’accueil… pour les auteurs de violences conjugales. Une première dans le département.
À Menton, le Chouchou, cet ancien hôtel situé près de la gare, propriété de la ville, s’apprête à entamer une seconde vie. Le bâtiment de 300 m2, délabré et qui a longtemps été squatté, va être transformé en centre de prise en charge des auteurs de violences conjugales. Oui, vous avez bien lu. Des auteurs et non des victimes. « On s’est rendu compte que les femmes victimes de violences subissaient une double peine, contraintes de fuir leur foyer avec leurs enfants, sans solution rapide et adaptée, parfois forcées de les changer d’école », explique à l’Obs’ Florent Champion. Notons que les hôtels conventionnés pour l’accueil d’urgence des victimes de violence se trouvent à Nice, Cannes et Grasse, mais qu’il n’en existe plus à Menton. « Nous avons voulu renverser l’approche », poursuit l’adjoint au maire délégué aux affaires sociales.
Ce projet pilote, qui serait le premier de ce genre dans le département, vise à permettre aux victimes de rester au domicile familial tout en éloignant leurs agresseurs, qui seraient, eux, plus encadrés pour éviter la récidive, bien que libres de leurs mouvements. Le futur centre comptera neuf chambres individuelles et des espaces collectifs. Un coordinateur responsable de la structure ainsi qu’un psychologue resteront à demeure. Les auteurs y seront accueillis sur ordonnance judiciaire dans le cadre d’un contrat d’engagement moral. « Le juge invitera l’auteur à aller dans ce foyer pendant X temps en fonction de la gravité des faits, et ce dernier aura tout intérêt à respecter cette demande pour tenter de minorer sa peine », précise Florent Champion. Le respect du dispositif pourra effectivement influer sur les suites judiciaires, et tout manquement pourra mener à l’incarcération. « Il n’est pas question de créer des chambres d’hôtel payées aux frais du contribuable. Il y aura un reste à charge pour l’auteur », tient aussi à noter l’adjoint, accusé lors du conseil municipal de « donner une prime à la délinquance ».
Coût total de l’opération : 1,228 million d’euros HT. La ville espère que l’État financera à hauteur de 60%. « La Principauté suit de près ce projet. Nous l’avons présenté à Madame Céline Cottalorda, déléguée interministérielle pour les droits des femmes et les services des affaires sociales participent à nos groupes de travail sur le sujet » affirme Florent Champion. Depuis 2020, suite au Grenelle des violences familiales, le Gouvernement français a soutenu la création de trente de ces centres dans toute la France. Environ 90 % des auteurs pris en charge le sont suite à une décision de justice, tandis que 10 % le sont volontairement.
