Madame Sean Connery, c’est le nom de la série-documentaire que Stéphanie Renouvin a consacré à sa grand-mère, Micheline, et qui a été diffusée en octobre sur France 2. Pour L’Observateur de Monaco, la journaliste d’origine niçoise raconte la vie épique de cette femme mariée à une légende mondiale du cinéma pendant 50 ans et qui a pendant quelques années résidé à Monaco.
Il aurait pu s’intituler Micheline Connery, cette James Bond girl. Mais c’est finalement le plus sobre mais direct Madame Sean Connery qui a été retenu par Stéphanie Renouvin, auteure d’une série-documentaire en quatre épisodes de 22 minutes diffusée début octobre sur France 2 dans l’émission 13 h 15, le dimanche. « À l’origine, on avait un titre provisoire qui était Micheline Connery, la vraie James Bond girl. Mais je n’étais pas très heureuse avec ce titre parce que James Bond n’était pas le rôle préféré de mon grand-père. Et puis, elle, ce n’était pas une James Bond girl. C’est plutôt que si James Bond avait été une femme, ça aurait été elle », résume Stéphanie Renouvin. Sa grand-mère — née Micheline Roquebrune à Nice il y a 93 ans — n’était certainement pas que la femme d’un acteur mondialement reconnu. Sa petite-fille a compris très tôt qu’elle avait mené une vie rocambolesque, dont 50 ans au bras de l’acteur écossais Sean Connery. « Ça s’appelle vraiment Madame Sean Connery parce que le couple a compté pendant 50 ans. Donc ce n’est pas négligeable. 50 ans, c’est presque la moitié de sa vie. Mais c’est Madame parce que je voulais raconter les 43 premières années », explique la journaliste.
« Elle était libre avant l’heure »
La genèse de ce projet de documentaire arrive avec le décès de Sean Connery aux Bahamas le 31 octobre 2020. « À la mort de mon grand-père, toutes les boites de production de Paris m’ont appelé pour faire un documentaire sur lui et pour avoir mes archives familiales. À l’un d’eux, j’ai expliqué qu’il n’y aurait pas de documentaire car ce serait fait à l’étranger mais que j’aimerais réaliser un documentaire sur ma grand-mère. Voilà comment ça a commencé. » Pour les convaincre, elle leur explique la vie presque romanesque de sa mamie. Une vie extraordinaire, et un destin avec des aventures incroyables dans plusieurs pays. « Elle était libre avant l’heure, assure Stéphanie Renouvin. Et évidemment le fait qu’elle ait partagé la vie de Sean Connery pendant 50 ans, ça les intéresse. Le premier réflexe des producteurs, c’est de se dire que via elle, on va apprendre des choses sur Sean Connery. Et puis, en fait, mes producteurs se sont aussi beaucoup intéressés à sa vie à elle. » Le projet est sur de bons rails. Il faudra un an et demi pour le faire devenir réalité. « La première longue interview aux Bahamas s’est déroulée à l’été 2021. Nous avons fait 2 h 30 le matin et 2 h 30 l’après-midi. Elle s’est livrée mais avec une certaine retenue. Et puis la deuxième à New York, elle a tout ouvert. Je pense qu’elle avait confiance. Elle a vu que j’effectuais mon travail correctement. J’ai beau être sa petite-fille, je suis aussi journaliste. Au départ, elle m’a dit oui sans vraiment comprendre pourquoi j’allais faire ça. Elle a quand même passé l’année à me dire « mais qui ça va intéresser ma vie » », se rappelle Stéphanie Renouvin.
Innombrables retours de téléspectateurs
Pour la journaliste, ce documentaire est presque une évidence. « Depuis longtemps, je me disais qu’il fallait mettre toutes ses histoires sur bande. J’aime l’idée d’avoir une trace de ce qui me touche et de ce qui m’intéresse. J’ai commencé à l’enregistrer en 2017 sur mon téléphone portable sans vraiment savoir ce que j’allais en faire plus tard. Et puis, quand mon grand-père est mort il y a deux ans, je me suis dit qu’il y avait tant de questions que j’aurais aimé lui poser et que je ne lui avais pas posé… Il fallait donc vite se dépêcher avant que ma grand-mère ne s’en aille pour avoir la fin de toute l’histoire. En même temps, j’ai créé ma boite de production. J’ai commencé à me demander ce que j’avais envie de raconter comme histoire. La sienne est apparue en premier », confie la jeune femme. À l’issue de la diffusion, Stéphanie Renouvin peut légitimement se sentir fière du résultat proposé. « Je reçois d’innombrables messages sur sa vie à elle et pas sur lui. C’est donc un pari gagné », estime-t-elle. Pourquoi un tel succès ? Du fait évidemment de la personnalité hors normes de Micheline Connery, mais aussi pour les thématiques que — sans le vouloir — elle portait avant l’heure. « Elle ne se rend pas compte de la vie d’aventurière et d’avant-gardiste qu’elle a eue. Elle était dans l’action et elle ne s’en rendait même pas compte… Ce n’est pas quelqu’un qui a revendiqué ou fait du prosélytisme sur le féminisme. Elle a agi avec son ventre et son cœur. Elle ne s’est pas posé la question “suis-je libre avant l’heure ?” ou “est-ce que je casse les codes ?” Non, elle a agi comme elle est. Un peu comme un bulldozer. »
Une vie entre le sud de la France et les Bahamas
Née à Nice, Micheline Roquebrune n’y restera que 15 jours avant le départ de sa famille en Tunisie. « Ma grand-mère vit dorénavant entre Villefranche-sur-Mer et les Bahamas. Elle pratique du sport tous les jours, elle a toute sa tête, elle est vraiment très en forme. Elle est née à Nice et elle est partie très vite en Tunisie. Mais il y a toujours des attaches de la famille à Vence notamment. Nous sommes d’origine piémontaise. Il y a toujours eu de la famille depuis plusieurs générations entre Vence et Nice », explique Stéphanie Renouvin, elle-même Niçoise, vivant désormais à Paris. Cette vie dans la haute bourgeoisie au Maghreb est marquée par deux mariages (et deux divorces) ainsi que la naissance de trois enfants, dont un malheureusement décédé à 3 jours de vie. Artiste-peintre de profession, elle épouse en 1975 Sean Connery en troisièmes noces. « Ma grand-mère m’inspire la capacité à dire non. D’être libre ! Peu importe ce que les autres en disent, en pensent, elle faisait ce qu’elle voulait. Cela a eu des conséquences sur ma mère et mon oncle. Elle s’est séparée de ses enfants pendant longtemps. Être libre à ce point-là cause des dommages. Mais aujourd’hui, ma famille est hyper unie, plus que jamais d’ailleurs. Nous sommes très proches les uns des autres », assure Stéphanie Renouvin.
« Elle voulait être aimée par l’homme qu’elle aimait fort »
Que serait devenue Micheline si elle n’avait pas rencontré lors d’un tournoi de golf à Marrakech Sean Connery en 1970 ? C’est une question que sa petite-fille n’a même pas osée lui poser tant elle s’attendait déjà à la réponse. « Elle m’aurait envoyé paître je crois. “Mais enfin, pourquoi je vais me poser des questions alors que ça n’est pas arrivé”. C’est le genre de réponse qu’elle m’aurait faite. Elle, elle agit dans le présent et dans l’instant. Elle ne s’encombre pas de “et si j’avais fait”. Elle a cette force de ne jamais regarder en arrière qui est hallucinante. Je n’ai jamais vu ça chez personne à ce point-là », évoque Stéphanie Renouvin. Car ce qui ressort du documentaire, c’est l’attachement immense de sa grand-mère à son grand-père par alliance. « Elle le dit souvent dans l’interview mais je ne l’ai pas mis dans le montage. “Moi l’ombre, ça m’allait très bien, je n’ai aucun problème avec ça”. Elle se sent à sa place. Se sentant à sa place, n’ayant besoin de rien à prouver à personne. Juste elle voulait être aimée par l’homme qu’elle aimait fort, c’est tout. Le reste, elle s’en foutait un peu. »
« J’ai montré un peu de l’homme »
L’attachement de Stéphanie Renouvin pour celui qui n’était « que » son grand-père par alliance était aussi extrêmement fort. « Je le considérais vraiment comme mon grand-père. Quand je suis née, il était là depuis 7 ans. J’ai toujours vu ma grand-mère avec mon grand-père, donc pour moi ce sont mes grands-parents. Il s’est occupé de moi comme un grand-père. Il était très présent, très concerné, nous posant beaucoup de questions. C’est lui qui m’a appris à bien nager. Il était avec nous à Marbella, on faisait tous les repas ensemble. Son quotidien, c’était de travailler et de jouer au golf. Mais midi et soir, on était tous ensemble. Il nous emmenait manger des glaces sur le port avant d’être envahi par la foule. Généralement, c’étaient des moments écourtés (rires). Mais c’était un grand-père normal. » Dans le documentaire, de lui aussi, on aperçoit une autre facette. « Je n’ai pas eu l’impression de montrer quelque chose d’inédit. Les gens connaissent l’acteur, pas l’homme. J’ai montré un peu de l’homme. Moi je me suis vraiment concentrée sur ma grand-mère. Et j’ai parlé de Sean dans ce qu’il pouvait apporter à ma grand-mère. »

Tranche de vie à Monaco
Ses grands-parents, elle les voit aussi en principauté où ils élisent domicile durant plusieurs années. « Ils ont vécu pendant quelques années dans un appartement à Monaco. Je les voyais souvent quand ils venaient. Je me souviens qu’on allait dormir toutes les deux avec ma grand-mère à Monaco. C’étaient mes petits-moments un peu féeriques. J’avais le droit d’aller dormir avec elle quand ils étaient de passage et ça c’était ma passion. On passait aussi un mois d’été en Espagne à Marbella avec eux. » Le couple phare a laissé quelques traces de son passage en Principauté. « Il est possible de retrouver des photos avec le prince. Moi je n’ai aucun contact avec Monaco. J’ai juste offert un bouquet de fleurs à la princesse Stéphanie et ma sœur à la princesse Caroline. C’était dans Paris-Match. On était toutes petites et ma grand-mère et mon grand-père étaient derrière. C’était la première de Jamais plus jamais (Never Say Never Again, NDLR) sorti en 1983. » Une trace, et même beaucoup plus, c’est aussi ce qu’a laissé Micheline dans la vie de son époux Sean Connery. Comme l’a bien compris sa petite-fille Stéphanie Renouvin. « J’ai surtout appris à quel point elle a joué un rôle dans la vie de Sean à tous les niveaux. Je ne m’étais pas figurée à quel point il était dépendant d’elle et à quel point elle avait été dévouée à cet homme. Quand vous voyez une femme avec un tel caractère, vous vous dites qu’elle est hyper indépendante. Alors oui, elle l’était, mais elle a quand même consacré sa vie à cet homme. Je ne l’avais pas mesuré à ce point-là. »
D’autres destinées à découvrir ?
Ce destin est le premier que Stéphanie Renouvin a pu conter dans cette nouvelle tranche de vie professionnelle. Mais certainement pas le dernier. « Ce premier documentaire avec ma grand-mère m’a conforté dans le fait que j’avais envie de continuer et de ne faire que ça. Raconter des histoires mais dans le temps long. Les destins des uns et des autres m’intéressent énormément. Je m’en suis rendue compte quand il y a quelques années, je réalisais le portrait des invités en face d’eux pour le journal inattendu sur RTL. Ça m’a passionné de me plonger dans chaque destin et d’en tirer quelque chose. Je me suis sentie bien dans tout le processus créatif du documentaire. » La journaliste planche déjà sur de nouvelles vies épiques à mettre en lumière. « En ce moment, j’ai quelques idées que je suis en train de potasser dans mon coin avant de les soumettre. J’en suis là. » Après le journalisme d’actualité et la chanson, cette expérience en documentaire est donc une vraie révélation pour la journaliste qui a décidé de se lancer pleinement dans l’aventure. Finalement, comme un bel écho à la vie de péripéties de sa grand-mère.





