mardi 21 avril 2026
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    Patrick Boffa – Détective privé à Monaco

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    Détective privé — Il affirme avoir mené durant 24 ans des investigations pour la milliardaire Hélène Pastor, victime d’une fusillade à Nice le 6 mai 2014, et dont le procès en appel aura lieu du 2 au 27 mars à Aix-en-Provence. Patrick Boffa, 60 ans, est depuis plus de trente ans détective privé. Cet enquêteur, basé à la frontière monégasque et qui prend aujourd’hui un nouveau tournant professionnel, revient sur ses principales investigations, et sur les risques de ce métier, qui a aujourd’hui, beaucoup évolué —

     

    Vous dîtes avoir mené des investigations pour la milliardaire monégasque Hélène Pastor durant environ 24 ans. Comment, au départ, est-elle entrée en contact avec vous ?

    J’ai ouvert mon cabinet d’investigation privée fin 1989. J’avais alors 26 ans. Très rapidement, Hélène Pastor m’a contacté car un magistrat de la Principauté lui avait laissé mes coordonnées, ce qui l’a mise en confiance. Le contact est très bien passé. Elle a donc été ma première cliente et notre collaboration s’est poursuivie jusqu’à son décès en 2014. Je prépare d’ailleurs actuellement un livre qui raconte mes 24 ans d’investigation pour elle. Il sortira probablement après le procès en appel qui doit se tenir en mars. J’ai beaucoup de choses à dire, bien que je ne puisse pas tout dévoiler.

    Quelles ont été concrètement vos missions pour Hélène Pastor ?

    Ma première mission a été d’établir un constat d’adultère. Une relation amoureuse de son époux avec une dame. Le travail a duré huit mois. Suite à cette première enquête, elle m’a expliqué les soucis qu’elle avait avec son gendre, Wojciech Janowski. Elle m’a alors mandaté pour effectuer des investigations sur lui. Un an après, j’ai écrit un rapport de 4 pages le concernant. Hélène Pastor me confiait également d’autres missions d’investigation, notamment sur son personnel, des missions sur ses projets de succession, ainsi que sur sa sécurité, mais c’était essentiellement sur son gendre que ses doutes se concentraient.

    Suite à votre rapport et à votre investigation sur Wojciech Janowski, que s’est-il passé ?

    Hélène Pastor en a parlé à sa fille Sylvia qui, à son tour, en a parlé à son époux. A partir de là, ce fut la guerre froide. Sylvia a demandé à sa mère de ne plus avoir de contact avec moi. Mais, secrètement, Madame Pastor continuait à me rencontrer dans des lieux particuliers. Au Fairmont Hôtel ou encore à l’Eglise Saint-Charles de Monte-Carlo. Nous avons continué nos rendez-vous jusqu’à la veille de la fusillade.

    Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez appris cette fusillade le 6 mai 2014 ?

    Cela ne m’a pas surpris… Je savais qu’un tel évènement dramatique pouvait survenir.

    A-t-elle toujours craint pour sa vie ?

    Oui. Et ce, dès le premier jour où Janowski est arrivé dans la famille. Elle nourrissait de lourds soupçons sur lui.

    Qu’attendez-vous du procès qui aura lieu du 2 au 27 mars à Aix-en-Provence ?

    Je n’ai rien à attendre de plus dans ce procès en appel. La seule chose qui me dérange terriblement et que l’on n’ait pas appliqué mes consignes de sécurité concernant les déplacements de ma mandante. Cette dernière devant les faire valider.

    Allez-vous être convoqué au tribunal ?

     

    Non pas pour l’instant. Je le souhaiterais bien évidemment afin de pouvoir contrarier tous ces acteurs qui n’ont pas connu cette grande dame.

    En 30 ans de carrière, hormis Hélène Pastor, quels types d’investigations avez-vous mené ?

    J’ai eu par exemple de nombreuses demandes de résidents monégasques. Des Suisses, des Allemands, des Américains, ou des Russes qui me sollicitaient pour diverses missions. Certaines personnes recevaient des menaces, et redoutaient par exemple l’enlèvement de leur enfant. Dans ce cas de figure, j’opérais des contre-filatures pour vérifier si la famille était suivie. Je l’ai fait pendant de nombreuses, et je continue encore à le faire, principalement pour des familles russes. J’ai également été sollicité pour des constats d’adultères. Je suis intervenu dans les 10 plus gros divorces de la Principauté. Cela représente bien sûr beaucoup d’enjeux pour ces mandants.

    Avez-vous eu des missions criminelles ?

    Oui bien sûr. Dans le cadre d’enquêtes criminelles qui n’ont pas abouti, les parties civiles veulent convaincre les magistrats de rouvrir l’instruction. Dans l’affaires Agnès Leroux par exemple, c’est mon investigation qui a permis aux avocats de convaincre les magistrats de rouvrir ce dossier. Ce qui a d’ailleurs permis la condamnation de Maurice Agnelet. Ce fut un travail titanesque de quasiment deux ans. J’ai effectué des fouilles qui n’avaient pas été faites par la police de l’époque. Pendant quasiment trois mois, je me suis également occupé de la disparition d’une gendarme dans le Var, pour aider les parents. Malheureusement on ne l’a toujours pas retrouvée. Mais ce type de dossier est dérangeant car il est toujours délicat de demander de l’argent à des familles qui sont dans un désarroi total. Alors j’ai suivi et accompagné cette famille sans demander d’honoraire.

    Des chefs d’entreprises font-ils appel à vos services ?

    Oui, régulièrement. Notamment pour faire du dépoussiérage dans leur bureau et leur véhicule. Ils souhaitent vérifier s’il y’a des micros espions, si leur téléphone est sur écoute, et savoir surtout s’il y a des balises GPS sous les voitures.

    Comment choisissez-vous les investigations que vous allez mener ?

    Je ne traite pas toutes les demandes qui me sont adressées. Je fais une sélection. Toutes les demandes émanant notamment de l’étranger, je les analyse avant de m’y plonger. J’ai toujours voulu savoir où mes investigations allaient me mener, et qui elles allaient servir. Cette prudence ne met pas toujours à l’abri, mais j’ai écarté pas mal de risques, et évité d’être soupçonné de certaines choses graves. Je tente toujours de défendre la bonne cause.

    Avez-vous eu justement une protection policière durant vos trente ans de métier ?

    Ce n’est pas dans mes habitudes de demander une protection policière. Et on ne l’a jamais proposé, ce qui m’a d’ailleurs toujours un peu dérangé, particulièrement suite à mon intervention dénonçant des risques imminents concernant la sécurité d’un juge d’instruction et sa famille dans le cadre d’un dossier criminel. Je me suis donc arrangé avec mes propres moyens, en engageant durant deux ans une personne, qui était un peu mon ombre. C’était un champion du monde d’art martiaux qui était également mon chauffeur. Il me suivait et me surveillait.

    Au moment des attentats terroristes en France, et notamment à Nice, avez-vous été contacté ?

    Lorsqu’il y a eu l’attentat sur la promenade des Anglais à Nice, j’ai été contacté par la famille d’un étudiant américain qui avait disparu. Les parents n’avaient aucune nouvelle de leur fils, ni de la part du Quai d’Orsay. Ils ne savaient pas si leur enfant était ou non décédé, ou s’il ne pouvait pas donner de nouvelles. On m’a mandaté pour le retrouver et savoir s’il faisait partie des personnes décédées. Et effectivement, au bout de quelques heures, j’ai appris qu’il faisait partie des victimes. J’ai accueilli la famille à l’aéroport pour les conduire où leur fils reposait. Je n’ai évidemment pas demandé d’honoraires dans ce cas de figure.

    Comment la profession de détective a-t-elle évolué ces dernières décennies ?

    Depuis 10 ans, le métier de détective privé s’est beaucoup démocratisé avec notamment la création de diverses écoles spécialisées. Il y en a une à Dijon, une à Paris et une autre à Lyon. Elles sont gérées par le ministère de l’Intérieur. Les professeurs sont des anciens détectives ou des anciens policiers qui donnent des cours à ces jeunes qui dépensent une fortune. Pour moi, ces écoles correspondent à cette nouvelle génération d’enquêteurs privés mais ne sont absolument pas appropriés pour le monde du renseignement qui correspondait à mon passé de privé.

    Que conseillez-vous à ces jeunes qui veulent faire ce métier si singulier ?

    Souvent, je leur conseille de ne pas faire cette profession mais plutôt de rentrer dans une école de police. Car devenir détective privé, s’il n’a pas la chance que j’ai eue à Monaco, c’est une galère monumentale. Il y a trop de concurrence en France, et se faire un nom, n’est pas évident.

    Quelles sont les missions des détectives privés aujourd’hui ?

    Depuis que la profession s’est démocratisée, n’importe qui appelle le détective privé. Pour des problèmes de voisinage par exemple, pour vérifier des arrêts maladie, ou des fraudes à l’assurance. Les détectives privés du département ne font généralement pas de tri dans les demandes qu’ils reçoivent. C’est un peu de l’abattage. Ce qui ne correspond absolument pas aux missions que j’ai exercées durant ces trente années.

    Quelles sont les qualités pour être un bon détective privé ?

    Avoir du flair, de la pugnacité, un bon relationnel. Ne rien lâcher. C’est ce qui m’a toujours permis d’avoir de bons résultats.

    Vous avez aujourd’hui 60 ans, combien de temps pensez-vous encore faire ce métier ?

    Je souhaite à présent me retirer petit à petit de cette activité de détective privé qui est tout de même relativement dangereuse en ce qui me concerne. Sur ces trente années d’investigation, j’ai accusé énormément de monde sur papier et dans les tribunaux. Ce n’est pas anodin. Je conserve donc mes clients habituels au niveau de l’investigation, mais je n’en prendrai pas d’autres. Je me réoriente professionnellement en tant que consultant en sûreté et renseignements, ce qui comporte beaucoup moins de risques et de menaces.

    En quoi consiste ce métier concrètement ?

    Par exemple, un tribunal m’a contacté pour opérer un audit de sûreté pour identifier tous les points faibles et proposer des solutions permettant de mieux sécuriser les lieux. Un Américain qui envisageait d’acquérir une superbe propriété sur les hauteurs de Ramatuelle avec son épouse accompagné de ses jeunes enfants en bas âge, m’a également demandé de faire un audit de sécurité. Il faut alors prendre des informations auprès de la gendarmerie, de la police municipale, des pompiers ou encore de la mairie pour mesurer tous les risques potentiels et proposer ensuite des solutions pour sécuriser la propriété.

     

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