Jeux d’asphyxie, jeux d’attaque ou d’agression, jeux de défi… ils sont protéiformes et leur nature évolue. Autrefois confinés aux limites des cours de récréation, les jeux dangereux ont changé avec l’ère numérique. Comment les établissements scolaires monégasques font-ils face à ce phénomène qui n’épargne pas la Principauté ? Les réponses d’Isabelle Bonnal, Commissaire Général chargé de la direction de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
De plus en plus répandus, les jeux dangereux soulèvent des inquiétudes au sein de la communauté éducative, mais également chez les parents et les professionnels de santé. Avez-vous observé ce phénomène également à Monaco ? Et si oui, quels types de jeux dangereux avez-vous constaté dans les écoles, collèges et lycées monégasques ?
En Principauté comme ailleurs, une vigilance permanente est assurée dans les établissements scolaires pour détecter des comportements à risque comme les jeux dangereux. A ce jour, les élèves scolarisés en Principauté sont surtout exposés aux jeux de défis lancés par les réseaux sociaux, hors du temps scolaire. Ainsi, il avait été constaté en 2017 que certains élèves s’adonnaient au jeu « Blue Whale » qui consiste à répondre à 50 défis allant jusqu’au suicide. Des interventions ont pu heureusement être effectuées en amont pour alerter les familles des élèves concernés afin qu’ils prennent conscience du danger de tels défis. De même, en 2019, certains élèves de primaire ont reçu des messages pour faire le « Momo challenge ». Il s’agit d’une créature hideuse qui entre en contact avec l’élève directement sur une messagerie, type whatsapp. Cette créature menace l’élève et le pousse à faire des défis, là aussi pouvant aller jusqu’au suicide. Dès connaissance de ces informations, un appel à la vigilance a été diffusé aux parents de tous les établissements scolaires et le phénomène s’est éteint aussi vite qu’il était apparu. En revanche, et heureusement, il n’a pas été constaté des jeux d’asphyxie ou d’agression.
Est-ce un phénomène fréquent ou marginal en Principauté ? Avez-vous des chiffres dans ce domaine ?
Ce phénomène apparaît comme marginal en Principauté. Il n’existe pas de données dans ce domaine car les cas sont rares. Ainsi qu’évoqué, les personnels de l’Éducation Nationale ont dû traiter le phénomène « Blue Whale » en 2017 et le « Momo challenge » en 2019. En 2021, ils ont également été très attentifs au mouvement « anti-2010 » qui se propageait en France et qui consistait à s’en prendre physiquement aux élèves nés en 2010. Heureusement, aucun fait de ce type n’a été constaté en Principauté.
En France, il est arrivé que ces jeux dangereux provoquent des drames. Y a-t-il eu des cas graves également en Principauté ces dernières années ?
Non, heureusement mais il faut rester très attentif car ces jeux sont souvent diffusés via les réseaux sociaux et les plateformes de jeux en ligne. Il faut donc absolument rester à l’écoute des élèves et des « effets de mode » pour détecter d’éventuelles dérives. C’est un travail quotidien. La Principauté de Monaco dispose d’un encadrement élevé, ce qui permet de prévenir en amont ce type de phénomène, de les détecter et de les traiter rapidement. Les professeurs, les équipes éducatives, les psychologues scolaires, les infirmières scolaires, les assistantes sociales et les chefs d’établissement travaillent de concert pour faire de l’établissement scolaire un environnement scolaire sûr et accueillant pour les élèves.
Comment l’Education nationale monégasque prévient-elle ce type de phénomène ? De la sensibilisation est-elle effectuée auprès des élèves, mais aussi auprès de la communauté éducative et des parents ?
Ce sujet est très important et fait effectivement l’objet de sensibilisation. Ainsi, l’association Action Innocence Monaco intègre cette dimension dans ses préventions dès l’école primaire pour que les élèves se protègent et adoptent les bons comportements quand ils font des jeux en ligne et qu’ils utilisent les réseaux sociaux. S’agissant des parents, nous rappelons chaque année l’importance de leur rôle dans la surveillance des usages numériques de leurs enfants. De même, des conférences sont proposées chaque année aux parents par Action Innocence Monaco. S’agissant des professeurs et des personnels éducatifs, nous diffusons régulièrement des alertes quand un jeu dangereux est constaté ou qu’il prend de l’ampleur dans le pays voisin dans une démarche de prévention.
Lorsqu’un élève opère un jeu dangereux ou incite un autre élève à effectuer ce type d’acte, que fait l’Education nationale monégasque dans ce cas de figure ?
Les règlements intérieurs des établissements scolaires sont très clairs à ce sujet : « Il est interdit de se livrer à des jeux violents ou dangereux ». Si un élève se livre à de tels actes, il est évidemment puni. Selon la gravité du fait, les parents sont convoqués et l’élève est sanctionné.
