Quels sont les niveaux de consommation des jeunes à Monaco et à quels risques s’exposent-ils en rentrant dans une consommation régulière et précoce de cannabis ? L’Obs’ fait le point.
La consommation de cannabis est, avec l’alcool, l’un des produits les plus consommés par les jeunes de la Principauté. Selon l’étude ESPAD (1) menée à Monaco sur 1369 élèves de 16 ans ou plus, 5 % des lycéens monégasques déclarent fumer régulièrement du cannabis (au moins 10 fois dans le mois). Une proportion assez stable au fil des années d’enquête. Quant à l’expérimentation (avoir essayé au moins une fois dans sa vie), elle concerne 38 % des jeunes. Un niveau plutôt en baisse. Autre indicateur : l’âge d’expérimentation du cannabis se situe autour de 15 ans à Monaco. Mais la fréquence n’est pas un indicateur suffisant pour savoir si les usages de ces jeunes sont à risque. Pour déterminer le risque de dépendance, les élèves de la Principauté ont également passé le Cannabis Abuse Screening Test (CAST). Il s’agit d’une échelle de mesure développée par l’OFTD (2) qui prend en compte d’autres éléments que la fréquence. « On leur demande s’ils consomment du cannabis avant midi, s’ils en consomment lorsqu’ils sont seuls, ou encore s’ils ont des problèmes de mémoire. Et en fonction des résultats, on définit s’il y a un risque faible, ou élevé de dépendance », note l’IMSEE. En 2019, parmi les jeunes qui déclarent avoir fumé du cannabis au cours des 12 derniers mois – ce qui représente 3 lycéens sur 10 – 19% pourraient présenter un risque élevé d’usage problématique voire de dépendance au cannabis. « Si on ramène à la population totale lycéenne, cela représente environ 70 lycéens qui seraient dans cette problématique », estime l’IMSEE.
« C’est un facteur de dépression important chez les adolescents
Selon les médecins psychiatres du CHPG, l’usage régulier de cannabis entraine des risques au niveau de l’attention, au niveau cognitif, au niveau de la mémoire, et de l’apprentissage. « Les adolescents que l’on reçoit au CHPG disent également que ça gâche leur vie. Nous ne sommes pas dans une mortalité comme dans l’alcool, mais ces jeunes vont gâcher leur scolarité, leur avenir et ne vont pas être heureux. C’est un facteur de dépression important chez les adolescents », note le docteur Goldbroch. Plus problématique encore, il a été observé qu’une consommation précoce de cannabis peut, dans certains cas, révéler une schizophrénie précoce ou des troubles bipolaires. Des pathologies qui se seraient déclenché 10 ans plus tard sans cette consommation très précoce de cannabis. « Les adolescents et les parents nous demandent souvent si le cannabis rend fou. On sait maintenant très clairement que l’usage régulier de cannabis ne rend pas fou, mais c’est un révélateur, c‘est-à-dire que la schizophrénie et les troubles bipolaires se déclenchent normalement à l’entrée dans l’âge adulte, entre 21 et 25 ans. Ce que l’on découvre, c’est que le cannabis va accélérer l’entrée dans ces maladies. Il n’y avait pas d’entrée dans la schizophrénie à 15 ans. Cela n’existait pas. On n’avait pas non plus des bipolaires âgés de 13 ans, maintenant cela arrive », note Valérie Aubin. Les parents ne doivent donc pas du tout banaliser la consommation de cannabis de leurs adolescents.« Nous sommes souvent confrontés à des parents qui ont parfois eux-mêmes fumé des joints et qui nous disent que ce n’est pas grave… Or il ne faut pas du tout banaliser ce produit. D’autant qu’aujourd’hui, les joints sont 5 à 20 fois plus chargés en THC qu’il y a 30 ans. Et les anciennes générations fumaient moins que les jeunes d’aujourd’hui », alerte encore cette professionnelle.
Se repérer entre jeunes
Les psychiatres du CHPG encouragent également les élèves à se jauger entre eux. « Le copain qui fait un bad trip après avoir consommé du cannabis, c’est un facteur de risque. Il faut le repérer et essayer d’en parler aux psychologues scolaires. Ce n’est pas normal et cela permet de repérer une vulnérabilité dont le jeune n’avait probablement pas conscience. Un des axes que l’on souhaite développer avec l’éducation nationale, c’est justement d’impliquer les jeunes. On sait qu’à ces âges, on écoute plus ses copains de classe que ses parents », conclut Valérie Aubin.
(1) L’ enquête ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and other Drugs) a été menée en avril 2019 auprès des 1369 élèves de 16 ans et plus, scolarisés à Monaco.
(2) L’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies
