En raison de la crise sanitaire et du confinement, le groupe SBM a subi des pertes économiques vertigineuses depuis la mi-mars dans la quasi totalité de ses activités. Le secteur jeux est le plus touché.
Cette année, il aurait pu afficher un large sourire, bomber le torse, et presque « gambader extatique sur l’estrade »… Le Covid-19 en a décidé autrement, et a soudainement tout anéanti. Malgré les bons résultats du groupe durant l’exercice 2019/2020 qui s’est clôturé le 31 mars dernier (voir encadré), le président-délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti, n’avait pas la tête des bons jours lors de l’assemblée générale des actionnaires le 25 septembre dernier. Et pour cause. L’épidémie de coronavirus et le confinement qui a frappé la Principauté à la mi-mars a mis un énorme coup de massue au groupe qu’il dirige, touché dans la quasi intégralité de ses activités. « La boite était sur le chemin du redressement. Ensuite, le Covid-19 est arrivé. La SBM a dû faire face à l’une des pires crises de son histoire. Personne n’était préparé. Depuis, on souffre énormément », a-t-il reconnu. Il faut dire que les restaurants, les bars, et les casinos ont été fermés durant deux mois et demi (1). Les hôtels ont fonctionné a minima. L’évènementiel a été réduit à néant. La clientèle internationale a été, et reste encore, absente en raison des restrictions de déplacement, et l’été a été tout à fait morose… Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que la chute du chiffre d’affaires ces derniers mois soit vertigineuse. Et, effectivement, elle l’est.

Sur ces deux mois d’été, c’est le secteur jeux qui est « le plus fortement impacté » selon la SBM. Le chiffre d’affaires est en recul de 63 %.
Le secteur jeux touché de plein fouet
Du 1er avril au 30 juin, l’activité de la SBM a chuté de 74 % par rapport à l’an dernier. Sur juillet-août, même hécatombe. Le chiffre d’affaires global accuse un recul de 47 % en comparaison de l’année précédente. Sur ces deux mois d’été, c’est le secteur jeux qui est manifestement « le plus fortement impacté » selon la SBM. Le chiffre d’affaires est en recul de 63 %. En particulier, les jeux de table qui pâtissent de l’absence de la clientèle internationale habituelle. « Concernant, les jeux de table, surtout l’été, nous sommes très dépendants d’une clientèle internationale, moyen-orientale, latino-américaine, turque, russe, ou originaire des pays de l’est. Et tous ces pays ont des restrictions de déplacement et ne peuvent pas voyager », regrette Jean-Luc Biamonti. Le recul des appareils automatiques est en revanche moins vertigineux : – 37 %. « Les machines à sous résistent mieux car c’est une clientèle plus régionale et locale qui y joue », analyse encore Biamonti.
Moins 44 % dans le secteur hôtelier
Quant au secteur hôtelier, malgré des efforts effectués sur les prix, le manque de touristes s’est clairement fait ressentir, puisque la SBM accuse une baisse de 44 % de son chiffre d’affaires pour les deux mois d’été. Seule consolation dans ce marasme global : les recettes du secteur locatif progressent de 7 % sur cette même période. Ce bon chiffre est notamment à mettre au crédit des locations de boutiques de luxe, des bureaux et des appartements du One Monte-Carlo : « Ces chiffres confirment le bien-fondé de la stratégie de diversification engagée depuis plusieurs années pour développer son patrimoine immobilier et ses activités locatives », souligne d’ailleurs le groupe.
Un avenir flou
Pour la SBM, après des mois très difficiles, l’avenir s’annonce tout aussi complexe. Impossible de savoir pour l’heure quand les restrictions de déplacements vont être levées et quand les touristes internationaux vont faire leur retour en Principauté. Autre difficulté à traverser dans les mois qui viennent : en automne et en hiver, la plupart des évènements et des congrès professionnels ont été annulés en Principauté. Impossible ainsi de compter sur cette manne de clientèle pour remplir les hôtels. « Le groupe SBM s’attend donc à un impact significatif sur l’activité de l’exercice 2020/2021 et à une performance financière fortement dégradée par rapport à celle de l’exercice 2019/2020, sans qu’il soit possible d’en déterminer précisément l’ampleur », indique le groupe dans un communiqué.
Un climat social explosif ?
Enfin, au-delà des pertes financières colossales, il faudra également gérer une potentielle crispation sociale (voir article par ailleurs). Si rien n’est encore officiel, le spectre d’un plan de licenciement et/ou un plan de départ volontaire est dans tous les esprits parmi les salariés du groupe. « Face à une situation économique très préoccupante, la SBM doit proposer et négocier, dès cet automne, des mesures structurantes et produisant des effets tant à court qu’à long terme, pour réduire les contraintes qu’il supporte en termes de surcoûts d’exploitation », peut-on lire dans un communiqué officiel. Quelles sont ces mesures structurantes ? Vont-elles toucher de plein fouet les salariés ? Le gouvernement va-t-il servir de bouclier social, et si oui, jusqu’à quand ? Réponse dans les prochaines semaines.
(1) L’ensemble des casinos et restaurants de la SBM ont été fermés mi-mars jusqu’au 2 juin. Seuls l’Hôtel de Paris et le Monte-Carlo Bay sont restés partiellement ouverts.
19 cas de Covid-19 dans le personnel de la SBM
Selon les chiffres livrés par Jean-Luc Biamonti le 25 septembre en conférence de presse, depuis le début de l’épidémie, 19 salariés de la SBM ont contracté le virus dont un seul grave qui a nécessité une hospitalisation. Dans les hôtels ou les restaurants du groupe, il n’y a pas eu de cluster. « On est passé tout près d’une fermeture sur deux établissements. Heureusement, cela n’a pas été nécessaire. Mais il est certain que l’on vit dans cette terreur », a indiqué le président-délégué de la SBM.
Une terrasse fumeur pour les gros clients de machine à sous
Le vendredi 9 octobre, une terrasse fumeur pour les plus gros clients de machines à sous va ouvrir au casino. « Le projet était d’ouvrir en juin, car pour une terrasse, il est mieux d’ouvrir en période estivale. Malheureusement, les travaux ont pris beaucoup de retard. Nous avons dû les interrompre en raison du Covid. On espère malgré tout que ce sera un succès », a indiqué Jean-Luc Biamonti.
