L’épidémie de coronavirus a durablement impacté l’activité économique de la Principauté. Face au péril que cela engendre, le gouvernement a présenté un plan « ciblé, pragmatique et évolutif » que l’Obs’ vous détaille.
Quatre codes couleur pour symboliser les nuances d’un plan de relance économique national : vert, bleu, blanc, et rouge et blanc. Des fonds qui sont pour certains antérieurs à la crise actuelle mais qui se voient renforcés pour donner une plus belle couleur à l’avenir. « Nous avons des évolutions de société qui vont être accélérées par cette crise », estime Pierre Dartout, ministre d’État. Avec une dotation de 75 millions d’euros (sous réserve du vote par le Conseil national), Monaco espère éviter le tsunami de licenciement, le maintien du pouvoir d’achat local et la reprise de tous les secteurs d’activité du pays. « Nous avons élaboré un plan ciblé qui tienne compte des secteurs frappés par la crise et qui permette d’augmenter le pouvoir d’achat des Monégasques et des résidents. Il est pragmatique car à la recherche d’un effet immédiat mais il s’inscrit aussi dans une politique plus structurelle. Et enfin évolutif car les 75 millions d’euros pourront être renforcé au cours du temps », insiste le ministre d’État.
« Meilleure qualité de vie »
Cet ensemble de fonds correspond à 5 % du budget annuel de l’État, versé sur un compte spécial du Trésor. Premier des fonds : le fonds vert national doté de 25 millions d’euros supplémentaires. Celui-ci reste destiné à poursuivre la transition énergétique voulue par le souverain. Ce fonds doit notamment permettre d’aider à la subvention de rénovation des fenêtres pour « offrir aux Monégasques et aux résidents de la Principauté une meilleure qualité de vie ». Il a aussi pour objectif de réaliser des appels à projets de rénovation énergétique exemplaire de bâtiments selon la norme BD2M, bâtiment durable méditerranéen de Monaco. Enfin, il doit permettre de renforcer des capacités en énergies renouvelables.
20 millions pour le numérique
Il y a ensuite le plan bleu destiné à aider les entreprises monégasques dans leur transformation numérique et à créer une économie numérique à Monaco. Présenté en grande pompe par le prince devant un parterre d’acteurs de la vie économique monégasque (lire ci-après), il sera doté de 20 millions d’euros et pourra être utilisé pour financer ou cofinancer des projets. Cela implique la mise en place dès 2021 du cloud souverain. « En 2020, le numérique est un aspect essentiel de l’économie et un levier de croissance pour toutes les entreprises. Or, notre économie, nos entreprises ne bénéficient pas assez du potentiel du numérique. Nous allons donner à nos entreprises, les moyens de se transformer et de bénéficier de l’économie numérique », estime Frédéric Genta, délégué interministériel à la transition numérique. Cet argent sera donc aussi privilégié pour former et accompagner des entreprises monégasques dans leur transition numérique. Cela passera de fait par la fourniture d’outils et d’infrastructures numériques pour accompagner cette transformation. Enfin, cela contribuera à développer des plateformes monégasques pour favoriser les services numériques en principauté.
Préserver le patrimoine de l’État
Le fonds blanc, doté de 20 millions d’euros, sera lui destiné à soutenir l’activité du bâtiment et de la construction en principauté. « Il témoigne, à côté des grands travaux structurants, de la volonté du gouvernement d’améliorer la qualité de vie au quotidien de tous les Monégasques, en tant que fonctionnaires ou résidents domaniaux, et de démontrer la nécessité de préserver le patrimoine de l’État. » Trois axes principaux ont été actés : l’augmentation du seuil de l’équilibrage, soit l’augmentation du nombre de marchés attribués en gré à gré pour les entreprises de catégorie A ; l’augmentation des budgets alloués par l’administration des domaines à l’entretien et à la rénovation du parc domanial d’habitation et à usage de bureaux par des entreprises monégasques ; l’augmentation des budgets pour des travaux d’amélioration et d’extension des bâtiments domaniaux à usage public, réalisés par des entreprises monégasques. Mais aussi des primes aux petits travaux pour les particuliers « avec une attention particulière pour les personnes âgées qui doivent potentiellement adapter leur logement ». Ainsi qu’une subvention gouvernementale aux travaux de confortabilisation du logement.
Soutien au pouvoir d’achat
Enfin le fonds rouge et blanc fera vibrer la fibre ultra-locale et sera destiné à soutenir le commerce local et la consommation en principauté. « Il prendra des formes multiples mais l’objectif est le même “achetez à Monaco, consommez à Monaco”, et sera doté de 10 millions d’euros », précise Jean Castellini, conseiller-ministre de l’économie et des finances. Parmi les mesures, la mise en place d’un soutien au pouvoir d’achat des particuliers auprès des commerces, restaurants, centres culturels, événements sportifs. Soutien et encouragement apportés à l’application Carlo : 57 commerçants partenaires pour environ 2 600 utilisateurs à ce jour. D’autre part, la prime annuelle versée aux fonctionnaires le sera sous forme de bons d’achat à dépenser exclusivement dans les commerces locaux. Ainsi que des tickets restaurant pour tous les fonctionnaires et agents de l’État à hauteur de 80 euros par mois et par personne. Cela représente 4,3 millions d’euros de bons d’achat et 1 million d’euros de ticket restaurant.
Diversifier les entrées d’argent
Parmi les autres mesures de ce plan, on notera la création de chèques parkings gratuits de 4h pour les commerçants, à remettre à leurs clients, notamment le week-end. Le soutien aux taxis par la création de carnets de tickets de courses intra-muros ou Nice-Aéroport. Et le soutien aux secteurs culturels non-institutionnels, évènementiels et aux associations sportives par un mécanisme d’achat de places invendables en raison des prescriptions sanitaires. Avec ce plan, l’État espère répondre aux enjeux d’une crise dont on peut difficilement identifier les contours et la durée. Mais qui impacte gravement certains secteurs clés de l’écosystème monégasque comme le tourisme et l’événementiel. « Diversifier les entrées d’argent, c’est un sujet toujours en réflexion au sein de l’État. Tout doit être étudié de manière précise et il est prématuré d’en parler », élude Pierre Dartout. Pour autant, la poursuite et l’intensification du programme Extended Monaco, pour accélérer la transition numérique, fait partie des axes de développement nouveau envisagé pour le futur de la Principauté.
