Chef de corps de la compagnie des Carabiniers du Prince, le commandant Gilles Convertini a gravi tous les échelons pour atteindre ce grade.
C’est avec discrétion et fierté qu’il dirige depuis plusieurs années 124 hommes au service de la maison souveraine.
L’émotion est forte ce 20 janvier 2017 dans la cour du palais princier. Officiellement — et bien qu’il occupe ce poste depuis un an par intérim — le Gardois, rentré carabinier en 1984, en prend la direction. Il s’en rappelle encore avec émotion. « Pour moi, il s’agit d’un moment important. C’est l’ancien chef de corps qui a remis le fanion de la compagnie au souverain, qui lui-même m’a remis ce fanion. » Il est alors loin le village de Saint-Hilaire d’Ozilhan, à trois kilomètres du Pont du Gard, là où le commandant Gilles Convertini a grandi. La destinée de l’homme s’est dessinée pourtant très tôt. « A 8 ou10 ans, j’avais rencontré dans ma région d’origine un pompier de Monaco qui m’avait dit : “toi tu es déjà grand, quand tu auras l’âge, viens me voir et je te ferais rentrer chez les carabiniers” », se souvient-il. Les années passent, le petit garçon devient un adolescent. « J’étais venu une première fois à Monaco en 1976 de nuit. J’avais vu le palais éclairé, il y avait des carabiniers en faction. Quand j’ai vu ça, je me suis aussitôt dit qu’il fallait que je vienne là. A cette époque, je n’avais que 14 ans, mais j’ai tout de suite compris que c’était là qu’il fallait que je sois. » Alors dès ses 20 ans, il se présente mais doit encore patienter, l’âge d’entrée minimal étant alors de 21 ans.

Deux fois porte-étendard
Il aurait pu renoncer étant donné qu’il avait été reçu aux concours de la gendarmerie et de la police française. Il obtient même un poste de dessinateur industriel à la SNCF. « Au fur et à mesure, j’ai refusé de rentrer dans ces trois services différents. Mes parents étaient fous parce qu’ils se demandaient ce que j’allais faire. Mais moi je n’avais qu’une idée en tête, c’était de devenir carabinier. » En 36 ans, le simple carabinier a su faire preuve d’adaptation. Il démarre en 1984 par le service général puis devient pendant plusieurs années le barman du foyer-bar de la compagnie. Un passage par le secrétariat et la comptabilité, un temps motard, puis lieutenant en 2009. « J’ai gravi les différents stades de la hiérarchie jusqu’à devenir commandant et chef de corps », souligne-t-il. Il a pris le relais, dès 2016, du lieutenant-colonel Philippe Rebaudengo, désormais aide de camps du souverain. Une carrière — on l’aura compris — extrêmement riche. « J’ai eu la chance d’être le porte-étendard du prince Rainier III pendant plusieurs années, je l’ai également été pour le prince Albert II. C’est assez rare d’avoir porté l’étendard de deux princes différents », sourit le commandant.
Un conte de fées
Beaucoup de souvenirs viennent à lui quand on l’interroge sur les moments qui l’ont marqué. « Je me souviens d’une chose qui m’a marqué en tant que jeune carabinier. J’ai vu arriver Cary Grant, un ami de la princesse Grace, qui était reçu au palais. Quand vous avez un peu plus de 20 ans et que vous voyez ce monsieur-là, vous vous dites que c’est exceptionnel, que vous vivez un conte de fées. » Bien que ça bouillonne à l’intérieur, le carabinier ne doit lui rien laisser paraître. Parmi les qualités que le chef de corps met en avant pour être un bon carabinier, il y a d’ailleurs en premier la discrétion. Mais aussi la courtoisie, le sourire, la motivation, la rigueur et la polyvalence. Dorénavant, sa mission consiste essentiellement à gérer la compagnie dans sa totalité. La partie humaine jouant un grand rôle. « Je dis souvent que 80 % de notre temps, c’est du social parce qu’on reçoit des carabiniers qui évoquent leur problématique. Le chef de corps représente un peu le lien social avec les carabiniers. Il faut gérer la totalité des casernes. Tous les carabiniers logent en caserne, il faut que tout le monde soit heureux de son sort. Je dirais donc que c’est un peu un rôle de facilitateur », explique le commandant.

« Nous faisons vraiment partie de la maison souveraine »
Comment expliquer l’attachement que ses hommes et lui peuvent avoir pour la famille princière alors que l’effectif est à 100 % français ? « Je crois que ça vient très vite. Peu de temps après être rentré chez les carabiniers, on s’aperçoit qu’on vit plus ou moins avec eux. On connaît toute la famille, on a presque l’impression d’en faire partie. Lorsqu’il y a des événements particuliers, un décès, un mariage, une naissance, on le vit avec la famille. Ce n’est pas notre famille non plus, il ne faut pas exagérer, mais quelque part quand certains membres de la famille sont agressés, ça nous touche. Nous faisons vraiment partie de la maison souveraine. » D’ailleurs, l’un de ses plus grands regrets est de n’avoir jamais pu faire la rencontre de la princesse Grace. « Malheureusement, je suis arrivé un an et demi après son décès. Je crois que le seul regret que j’aurais au niveau de ma carrière, c’est de ne pas l’avoir rencontrée. Parce que c’est vrai que tous les carabiniers qui l’ont connu en parlent comme d’une personne solaire et exceptionnelle. »
« C’est un métier que j’adore »
A 58 ans, ce père d’une grande fille de 28 ans (mariée à un carabinier et qui vit en caserne), voit l’échéance de la retraite se rapprocher de plus en plus. Dans à peu près 13 mois, il aura atteint l’âge limite. « Jusqu’à l’année dernière, je n’y pensais pas trop mais là, je commence à réfléchir à ce que je vais faire après. Est-ce que je vais m’investir en principauté quelque part ? Pas pour travailler mais pour venir en aide. Il y a plein de choses qui me plairait comme le chant ou faire du sport », réalise l’homme. Volontaire et dynamique, le commandant profite encore chaque jour d’un métier qui le passionne. « C’est un métier que j’adore. C’est un métier peu commun. On peut faire un parallèle avec la garde républicaine mais il faut bien se rappeler que nous ne sommes que 124 au total. Nous avons énormément de chance de pouvoir approcher le souverain et sa famille. C’est vrai que c’est parfois compliqué ou difficile, comme le décès du prince Rainier III ou de la princesse Antoinette. Mais on a aussi eu des moments beaucoup plus agréables comme le mariage du souverain ou la naissance des enfants. » Des moments marquants dont il se souviendra sûrement au moment à son tour de transmettre le fanion de cette compagnie qui a changé sa vie.
