Depuis juin 2011, le directeur général de l’IM2S, Gérard Luccio, a pour mission de redresser les comptes de cette clinique privée dont l’Etat est actionnaire majoritaire. Pour L’Obs’, il dresse un premier bilan.
Depuis novembre 2011, quoi de neuf à l’IM2S ?
L’organisation médicale a été revue. On a structuré le pôle des urgences traumatologiques. Avec l’arrivée en octobre 2012 d’un nouveau responsable de pôle, avec le docteur Lemarchand, qui est un ancien chef de service des urgences du CHU de Rouen. De plus, on a mis en place une astreinte des urgences de la main en novembre 2012, assurée par les docteurs Lussiez et Atlan.
Votre objectif ?
Couplée aux urgences d’orthopédie pédiatrique, on a cherché à donner un nouvel essor à ce pôle. Surtout que les permanences médicales sont désormais adossées à des astreintes chirurgicales.
D’autres changements ?
Oui. On a aussi renforcé le pôle main, coude et poignet. Avec la prise de fonctions à temps complet en novembre 2012 du docteur Atlan, ancien chef de clinique de l’Assistance publique — Hôpitaux de Paris (AP-HP,1). Quant au pôle rachis, il faut noter l’arrivée fin janvier 2012 du docteur Taylor. Enfin, on a aussi recruté un vacataire, le professeur Vigano, un spécialiste de la polyarthrite rhumatoïde qui est aussi chirurgien de la cheville, du pied, du genou et de la hanche.
D’autres arrivées sont prévues ?
Des contacts sont en cours pour renforcer les autres pôles de sur-spécialités.
Et sur le plan administratif, il y a des nouveautés ?
L’une de nos priorités reste l’amélioration constante de la prise en charge du patient. Voilà pourquoi les services facturation et comptabilité ont été réorganisés. Alors qu’un bureau des admissions a été créé.
Pourquoi ?
Pour permettre d’accueillir le patient dans un espace de confidentialité et d’assurer au-delà de l’accueil, sa prise en charge au plan social. De plus, la prise de rendez-vous téléphonique a été privilégiée. Du coup, on a décidé de doubler notre standard. Une collaboratrice peut se substituer aux secrétaires médicales et au bureau des admissions pour donner des informations aux patients qui demandent un rendez-vous direct avec un praticien.
Ca change quoi d’avoir l’Etat comme actionnaire majoritaire ?
Fin 2011, début 2012, l’Etat a acquis la SIIO et la société d’exploitation, IM2S Concept, c’est-à-dire la clinique. Donc, courant 2012, les trésoreries de ces deux sociétés ont été dissociées et leur gestion différenciée.

Depuis 2011, quelles grandes décisions ont été prises ?
Comme cela avait été préconisé par le Comité stratégique en juillet 2011 et validé par le conseil d’administration de l’IM2S, deux grandes décisions ont été prises. Il a d’abord été décidé d’abandonner notre activité balnéothérapie, tout en réduisant le champ de la kinésithérapie proposée aux patients en phase post-interventionnelle immédiate. Ce qui a conduit au licenciement collectif de 8,5 salariés en équivalent temps plein dans ce secteur.
Et la deuxième grande décision ?
Le plateau technique d’imagerie médicale a été externalisé. Un cabinet libéral, le cabinet d’imagerie sportive de Monaco, ouvert par le docteur Liberatore, va s’implanter au premier étage du bâtiment, dans des locaux séparés, loués par la SIIO (voir encadré). Cette ouverture aura lieu dans le courant du mois d’avril.
Cette externalisation était vraiment obligatoire ?
Il fallait renouveler les équipements du plateau d’imagerie existant, notamment l’IRM de 0,35 Tesla installée en 2006. Du coup, soit on renouvelait nos équipements, soit on externalisait. Le Comité stratégique et le conseil d’administration ont tranché cette question en 2011. Du coup, depuis septembre 2012, l’IM2S occupe 7 750 m2, emprises techniques inclues, depuis la location par SIIO de locaux au cabinet libéral d’imagerie.
Le conseil stratégique de l’IM2S se réunit souvent ?
Ce conseil n’a plus été activé depuis juillet 2011. Les décisions stratégiques sont arrêtées par le conseil d’administration qui a récemment été reconfiguré, avec 4 administrateurs d’Etat, dont le président.
Votre stratégie pour que l’IM2S revienne à l’équilibre budgétaire ?
On a misé sur un schéma très classique. Avec une réduction potentielle des dépenses d’exploitation et une recherche de nouvelles recettes.
Comment réduire les dépenses ?
Tous les grands postes de dépenses sont ciblés. C’est déjà une réalité pour les assurances et la logistique hôtelière, notamment les repas et la blanchisserie. Cette action se poursuit aujourd’hui.
Et pour les recettes ?
Des partenariats ont été conclus pour potentialiser l’offre médicale et chirurgicale de notre Institut et le recrutement de nouveaux praticiens capables de développer de nouvelles activités. Là aussi, cette action est toujours en cours.
Combien de salariés ont été licenciés depuis novembre 2011 ?
Au total, 17 salariés ont été licenciés. Car la logique poursuivie est toujours d’équilibrer par secteurs les recettes et les dépenses. Désormais, un compte de résultat analytique nous sert de guide pour chaque plateau d’activité.
Que sont devenus les salariés licenciés ?
Leur reclassement a pu se faire dans le bassin d’emploi pour l’essentiel. Il n’a été procédé à aucune embauche car aucune nouvelle activité n’a démarré.
Combien de salariés travaillent à l’IM2S désormais ?
L’IM2S emploie 107,3 emplois en équivalents temps plein. A noter que l’externalisation de l’imagerie médicale conduit à un transfert des effectifs d’imagerie vers le cabinet libéral. Du coup, les effectifs seront réduits de 6,1 emplois en équivalents temps pleins.
Comment sont ventilés ces emplois ?
Aujourd’hui, le secteur administratif représente 25,7 % des effectifs contre 62,2 % pour les emplois para-médicaux, qui comprennent aussi les secrétariats médicaux. Enfin, les emplois médico-techniques concernent 12,1 % de nos salariés.
Vous êtes toujours pénalisé par l’application de la T2A (2) ?
L’IM2S est le seul établissement de soins de la principauté assujetti à la tarification à l’activité (3). Comme l’IM2S est une structure privée, il ne bénéficie que des produits liés à la tarification de son secteur. Du coup, l’IM2S est soumis à la T2A privée. Or, c’est un système très contraignant et pénalisant quand on le compare aux modes de financement dont bénéficient les autres établissements. Mais c’est aussi une contrainte vertueuse.
Pourquoi ?
Parce que cette contrainte conduit à une amélioration constante de la prise en charge des patients. Mais aussi à la recherche permanente d’une optimisation du service médical rendu aux patients. Tout en poussant la communauté médicale à se montrer hautement performante.
Vous avez des chiffres ?
Avec 3,91 jours en 2012, la durée moyenne de séjour a été à peine supérieure à celle de 2011. Ce chiffre comprend toutes les interventions confondues. Quant au taux de chirurgie ambulatoire, il a été de 47 %. Donc dans presque une intervention sur deux, le patient n’est pas hospitalisé et son séjour ne dépasse pas la journée.
Ces chiffres vous permettent d’être rentable ?
Pour être rentable, l’IM2S doit assurer un grand volume d’activités médicales et chirurgicales. Chez nous, le nombre d’interventions chirurgicales est important : 3 167 en 2010, 3 169 en 2011 et 3 139 en 2012. Mais la rentabilité passe par ailleurs en T2A par un taux d’occupation de tous les plateaux d’activité le plus élevé possible. Notamment le plateau technique chirurgical et le plateau d’hébergement.
Pourquoi l’IM2S n’est toujours pas rentable ?
A terme, l’objectif est d’atteindre l’équilibre. Mais cet objectif est plus difficile qu’il n’y paraît. Dans un contexte de crise financière avec un bassin de population limité au sein duquel la concurrence est forte, il semble peu concevable de développer l’activité dans des proportions qui permettraient d’atteindre un tel résultat net d’exploitation. Surtout que les restrictions budgétaires lancées en France conduisent à diminuer la tarification des groupes homogènes de séjour (GHS) de 0,3 à 0,5 % pour les structures privées.
La situation de l’IM2S reste difficile ?
Comme ses homologues françaises, la situation de l’IM2S est à considérer dans un contexte tendu. Avec des parts de marché qui sont figées, il s’agit pour nous d’être toujours plus performant pour être à l’équilibre et le demeurer. Tout en restant pertinent dans l’acte de soins.
_Propos recueillis par Raphaël Brun
