CULTURE / Le président Horizon Monaco de la commission culture et patrimoine du conseil national, Daniel Boeri, évoque la destruction du Sporting d’hiver, le texte sur la protection du patrimoine et les restrictions budgétaires dans le domaine culturel.
En 2012, les restrictions budgétaires avaient agacé les institutions culturelles : c’est pareil pour 2013-2014 ?
2012 a effectivement été une année « extravagante. » A Monaco la nécessité de réaliser des économies s’est appliquée à la culture et aux institutions culturelles, comme dans d’autres pays. Ce fut un mauvais moment pour les différents acteurs culturels de notre pays. Paradoxalement, et sans qu’on le sache, ça a été une opportunité.
Pourquoi ?
Les coupes sombres ont conduit par contrecoups et par défaut, à placer la culture à sa véritable place. Celle d’être dans l’ADN de Monaco. Cela veut dire que demain ne peut plus et ne doit plus être comme ces derniers temps. C’est ce à quoi je m’attache quand nous disons la « culture est un investissement et pas une dépense. » L’immatériel à Monaco occupe une place formidable qui se doit d’être mieux mise en valeur.
Le gouvernement s’est engagé à compenser la perte financière en cas de défection d’un sponsor privé : c’était indispensable ?
« Le sponsoring obligatoire » n’est pas une réponse aux besoins des entreprises culturelles. Si l’urgence a prévalu il y a peu, aujourd’hui et demain, le sponsoring doit être un plus et pas une simple compensation.
L’introduction du sponsoring a mis en danger l’indépendance des programmations ?
Le bilan doit être, et est certainement, conduit par chaque responsable d’entité. En ce qui me concerne, je n’ai pas le sentiment que la programmation de qualité en ait subi un contrecoup.
Pourquoi Horizon Monaco a proposé dans son programme électoral d’établir un plan triennal art et culture, avec des prévisions sur 3 ans du budget culturel ?
La culture est un tout. Elle représente plus de 40 millions d’euros par an, hors sponsoring. Mais faute d’être considérée dans sa globalité, et donc comme un investissement, elle subit les affres de toutes subventions individuelles, selon les contraintes ou interprétations du moment. Le plan culture, c’est donc donner aux différentes entités culturelles un horizon plus large. C’est permettre aux décideurs culturels d’être en conformité avec la réalité. Nous savons tous que faire venir des stars à Monaco, cela oblige à signer des contrats, parfois plusieurs années à l’avance. Le plan culture, bien souvent constitué de rémunérations, permet de rassurer les diverses parties prenantes sur leur avenir.
Mais encore ?
Le plan culture, c’est l’occasion de dessiner une politique culturelle globale au niveau budgétaire et de définir des priorités. Et non de reconduire ou pas les subventions annuelles. Ainsi, la culture serait naturellement intégrée dans le conseil stratégique pour l’attractivité, au lieu d’en être oubliée. Le plan culture, c’est aussi discuter culture au moins une fois par an, de façon spécifique dans une commission plénière d’étude entre le conseil national et le gouvernement. Le plan culture, c’est aussi refondre la manière de présenter les comptes relatifs à la culture.
C’est-à-dire ?
Il pourrait y avoir un chapitre budgétaire spécifique global, regroupant l’ensemble des coûts quelles que soient leur nature et leur destination. La culture ne se réduit pas à l’addition de subventions successives pour arriver à 20 millions d’euros ou plus annuel. La culture, c’est une totalité, une vision, une ambition. Je reprendrais volontiers Jean-Paul Sartre, qui disait : « Vouloir atteindre le tout par l’addition de simples unités, c’est comme vouloir atteindre 1 en ajoutant toujours des 9, à la droite de 0.999… »
Votre avis sur le texte sur la protection du patrimoine architectural ?
Le projet de loi relatif à la préservation du patrimoine national est en cours d’examen par la commission de la culture et du patrimoine. Celle-ci auditionne des experts pour parfaire sa connaissance de la question avant d’analyser le texte proprement dit. Aujourd’hui, ce texte dans sa finalité est un pavé de bonnes intentions. Tous les ingrédients nécessaires à la préservation du patrimoine y figurent. Toutefois, dans ses modalités d’application, une part trop importante, selon nous, est laissée à de futures ordonnances souveraines. Aussi, il nous appartient de rendre ce projet le plus efficace autonome et indépendant possible. Nous le ferons avec sagesse à travers deux garde-fous.
Lesquels ?
D’abord, ce n’est pas parce qu’un immeuble est ancien qu’il doit être conservé. D’ailleurs des créations récentes méritent de l’être déjà. De plus, cette loi ne doit pas interdire le futur, c’est-à-dire le développement de notre pays. Toutefois, dans son communiqué, la commission a regretté que la destruction du Sporting d’hiver se profile au moment de l’étude du projet de loi.
Vous êtes pour ou contre la destruction du Sporting d’Hiver ?
Soyons clairs, le prince a tranché. Je ne reviendrai pas sur ce point. Notre usage politique est le respect de notre constitution. Pour autant, je persiste à dire que le projet immobilier de la Société des bains de mer (SBM) qui découle de cette destruction, le détourne de ses métiers historiques et fondamentaux : les jeux et l’hôtellerie. C’est un risque fort pour cette entreprise, pour les emplois futurs des Monégasques et pour le pays.
Dans votre groupe politique, des élus sont contre la destruction du Sporting ?
Cette question de la destruction n’est plus d’actualité.
Laurent Nouvion a dénoncé l’absence d’information de la SBM sur le financement de ce projet en menaçant de ne pas voter la loi de désaffectation ?
En ce qui me concerne, l’arrogance de la direction de la SBM qui se fiche de la position du conseil national, est carrément insupportable. Si les choses en restent là, je ne voterai pas cette loi de désaffectation.
Horizon Monaco proposait de créer un événement culturel mondial pour faire venir du monde pendant les périodes creuses : il y a du nouveau ?
Nous avançons dans la suggestion d’une Nuit blanche de Monaco. La période est encore à définir. Le projet est cours d’élaboration. J’ai demandé à Patrice Woolley d’en être la cheville ouvrière et créative. C’est un gros travail qui doit permettre aux différentes entités culturelles de Monaco d’apporter chacune leur contribution.
Où en est la construction de la maison des associations ?
Elle va être livrée au plus tard début 2014. Elle se situera à l’îlot Canton et couvrira un espace d’environ 400 m2. Cette maison permettra, sous l’égide de la mairie, de regrouper l’ensemble des associations. Les modalités de fonctionnement restent à définir.
_Propos recueillis par Sabrina Bonarrigo.
