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    « Homeland, loin devant les autres »

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    CULTURE / Le festival télé de Monte-Carlo c’est du 9 au 13 juin. L’Obs’ est allé à la rencontre de Laurent Puons, vice-président de Monaco Mediax et directeur général de ce festival.

    Votre parcours avant d’arriver à la tête de Monaco Mediax ?
    Je travaillais au gouvernement où j’ai occupé des postes à responsabilité à la direction de la fonction publique et des ressources humaines comme numéro 2. Après, j’ai eu l’opportunité de remplacer David Tomatis, qui était le patron de Monaco Mediax et qui est aujourd’hui conseiller du prince. Mais il a fait appel à moi dès 2001-2002 pour venir le seconder sur le festival télé.

    Vos première décisions ?
    J’ai remplacé David Tomatis l’an dernier. J’ai donc continué à travailler sur le festival télé, mais aussi sur le Sportel. En tant que patron, j’ai placé des directeurs sur chaque événement. Le Sportel est un événement qui est une pépite économique pour la principauté.

    Vous avez innové aussi ?
    L’an dernier, j’ai lancé Imagina Dental, qui est un salon spécialisé dans la 3D pour la dentisterie. C’est une édition qui a très bien marché. Et il y a un potentiel de développement énorme. D’ailleurs, l’édition 2014 du Dental s’annonce prometteuse. A Monaco Mediax, on se fixe aujourd’hui l’objectif de gagner de l’argent sur toutes les manifestations qu’on organise.

    Y compris sur le festival télé ?
    Sur le festival télé, l’objectif c’est de réduire le déficit. Car ce festival est une manifestation à caractère culturel et ne peut pas gagner d’argent.

    Comment réduire ce déficit ?
    Aujourd’hui le monde a changé. Donc on doit travailler différemment. Sur le festival télé, on doit trouver des sponsors et minimiser la perte. Depuis l’an dernier, on est en permanence à la recherche de partenaires. Il faut dire que l’on a des partenaires différents sur chaque soirée. Depuis l’édition 2012 où j’ai donc repris la gestion de Monaco Mediax, je consacre beaucoup de temps d’ailleurs au festival télé.

    L’origine du festival télé ?
    Il a été créé en 1961 par le prince Rainier III, qui a été un précurseur. Penser à cette époque que la télévision allait devenir ce qu’elle est aujourd’hui, c’était vraiment un visionnaire. En 1961, la télé n’était pas ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Depuis quelques années, le prince Albert est président d’honneur de ce festival. Il est très impliqué dans la manifestation. Il participe notamment sur les cérémonies d’ouverture et de clôture.

    L’objectif de ce festival au départ ?
    Rassembler en un même lieu toute la production mondiale à travers une compétition. Voilà pourquoi on invite aussi des studios américains qui ont compris que les 300 journalistes qui couvrent notre manifestation étaient un moyen de promouvoir leurs nouveaux shows et leurs talents. Et puis, le festival télé c’est aussi un moyen de promouvoir la principauté. Aux Etats-Unis, ce festival a une renommée et une cote énorme.

    A qui s’adresse ce festival ?
    Depuis quelques années, on a décidé d’ouvrir le festival au public pour prendre de l’ampleur. Dans son contenu, il y a beaucoup d’activités réservées au public. D’autres restent réservées aux professionnels, c’est-à-dire les producteurs, les réalisateurs, ou les acteurs. Même chose avec la compétition qui est mondialement reconnue. Ce qui explique que des pays du monde entier participe.

    Et ça marche ?
    Du côté des professionnels, notre compétition ne souffre d’aucune ambiguïté. On a des gens d’Australie qui viennent en se payant avion et hôtel parce qu’on leur dit qu’ils sont nominés. Ça prouve que notre trophée est important et reconnu. Notre compétition doit être connue au niveau du public comme des pros. On doit encore continuer à travailler pour ouvrir toujours plus notre festival au public. C’est pour ça que j’ai mis à la tête de chaque jury des producteurs, des réalisateurs ou des acteurs, comme Christophe Lambert cette année. Des gens connus à la fois du public et des pros.

    C’est difficile de convaincre les chaînes de télé ou les acteurs de participer ?
    Les premières années, c’était un peu difficile. Ensuite, les studios américains ont compris que notre festival allait les aider à promouvoir leurs nouveaux shows. Donc on ouvre le catalogue et on discute. On leur dit, par exemple, que l’on a des médias qui sont à leur disposition, avec des activités presse très professionnelles. Des producteurs m’ont dit qu’ils avaient été impressionnés par ça d’ailleurs. Moi, je ne fais rien sans eux. Et eux, au niveau européen, ils ne font rien sans moi. Aux Etats-Unis, il existe un festival important : les Emmy Awards. Mais en Europe, le festival télé de Monte-Carlo est incontestablement le plus important.

    Ils sont payés pour venir à Monaco ?
    Non. C’est notre règle d’or. On s’est toujours refusé à rémunérer qui que ce soit sur le festival télé de Monte-Carlo. En revanche, les professionnels sont invités dans de très bonnes conditions : avions, hôtels… On leur donne tous les moyens de travailler et d’avoir du plaisir pendant leur séjour à Monaco. Au final, ils travaillent un jour, voire un jour et demi. Mais ils restent 4 jours sur place. Ils ont donc le temps de s’amuser. Surtout que le contenu du festival est plus qu’agréable et qu’il a y a des soirées organisées tous les soirs. Mais les rémunérer, c’est non.

    Mais certains acteurs ne viendront jamais sans être payés !
    C’est vrai. Aujourd’hui, on n’aura peut-être jamais certaines vedettes parce qu’il faut les rémunérer. Mais si un jours ils acceptent de venir gratuitement, ils seront les bienvenus.

    L’évolution du festival ces dernières années ?
    Sur les 5 dernières années, on a dû évoluer en fonction du contexte économique qui est évidemment plus difficile qu’il y a 5 ans. Par exemple, on a ajouté des soirées parce que j’ai trouvé des sponsors et qu’il faut leur donner quelque chose. Il faut aussi faire les bons choix. L’an dernier, on a fait le lancement de la série Homeland (voir encadré). Cette série marche fort aujourd’hui sur Canal+ : on est bien tombé.

    Et cette année ?
    On fait une grosse soirée sur le retour de la série Dallas (2012) qui passe sur la chaîne du câble TNT depuis juin 2012. C’est la suite de la précédente version qui compte 14 saisons et 357 épisodes diffusés de 1978 à 1991.

    D’autres gros rendez-vous ?
    En ouverture, on va aussi présenter une série, Crossing Lines (2013), vendue dans le monde entier et qui sera diffusée à partir du 23 juin sur NBC. Ce sera l’une des séries phares, en co-production avec Sony, Tandem et TF1. Cette série sera l’occasion de voir des acteurs comme Donald Sutherland, Marc Lavoine et William Fichtner. Du coup, on a décidé de faire l’ouverture avec le pilote de cette série en présence de tous les acteurs. Donald Sutherland va recevoir une Nef de cristal des mains du prince.

    Les grands moments dans l’histoire de ce festival ?
    Je suis arrivé un an après les 40 ans de ce festival. Mais il y a eu le lancement de Desperate Housewives (2004), pour lequel on a reçu toute l’équipe, sauf Eva Longoria qui est finalement venue l’an dernier. Sinon, il y a deux ans, le lancement de la série Game Of Thrones (2011), a été important. Surtout quand on voit comment la série cartonne aujourd’hui. En 2011, les 50 ans ont été une édition marquante. Après, le festival a quand même réussi à attirer chaque année des talents de très haut niveau.

    Des exemples ?
    On a fait une soirée TF1 où 40 talents de TF1 étaient là. Il y a eu des soirées de clôture ou d’ouverture qui ont toujours été très appréciées. Ce qui m’a marqué aussi c’est la qualité du film d’ouverture. Les gens m’ont toujours fait des compliments sur le film d’ouverture.

    Les séries qui ont marqué ce festival ?
    Film de télévision et série c’est différent. Quand je suis arrivé, on voulait Kiefer Sutherland qui jouait dans 24h Chrono (2001). C’était la série des années 2000. Après, Desperate Housewives a aussi très bien marché. Difficile de choisir. Il y en a tellement… Mais c’est vrai qu’à un moment, on chassait Kiefer Sutherland.

    Où ça ?
    Avec David Tomatis, on l’a croisé dans un pub aux Etats-Unis, où il jouait avec son groupe. On l’a salué. Mais il est très occupé. Car il fait de la télé, du cinéma et il joue donc dans son groupe. Ce qui explique combien c’est compliqué de le faire venir à Monaco. Pourtant, je ne désespère pas. Son père va recevoir la Nef de cristal pour la longévité de sa carrière. Kiefer Sutherland aurait pu la recevoir pour 24h Chrono. Car cette série a révolutionné le monde des séries télé.

    Comment vous choisissez les séries ?
    C’est une discussion avec les studios. Il faut voir quelle série marche aux Etats-Unis. Ensuite, ils viennent en France pour voir s’ils trouvent pour la distribuer. Après, à nous aussi de ne pas nous tromper. Sur 10 séries, il faut prendre la bonne. Ce qui n’est pas si simple. Parce qu’une série qui marche aux Etats-Unis ne marche pas forcément en France. Or, les studios ne peuvent pas se tromper non plus. Ils me disent « on le fait si elle marche. » On a donc une collaboration étroite avec les studios. On travaille avec Scandal, Revolution, Grimm…

    Vous recevez aussi pas mal de propositions ?
    Quand on fait notre marché, on nous propose des talents. Mais je les refuse parce que ça ne marche pas en Europe. L’idée, c’est de toujours jouer sur la qualité. L’idéal, c’est de faire venir à Monaco l’acteur numéro 1 de chaque série. Ce n’est pas facile parce qu’ils sont parfois pris sur des tournages. Si on me propose le numéro 4, ça ne m’intéresse pas.

    L’impact de la crise sur les séries et films de télévision ?
    Si je me fie à mon comité de présélection, ils m’ont très clairement indiqué qu’ils n’avaient jamais vu une production d’une telle qualité sur les mini-séries. Aujourd’hui, les budgets qui sont mis dans la production d’une mini-série sont très importants. Une mini-série, c’est une série qui fait 6, 7 ou 8 épisodes. On commence d’ailleurs souvent par une mini-série qui se transforme ensuite en série télé.

    Un exemple ?
    Si on prend la série Hawaï 5-0 qui a été lancée en 2010, on voit que la réalisation est superbe. C’est la même qualité que celle proposée par un film. La crise est là mais selon les professionnels et d’après ce que je peux constater moi-même, il y a encore de gros budgets pour assurer la production de séries et de mini-séries. Il y a un signe qui ne trompe pas : ce sont les séries qui sont aujourd’hui le plus téléchargées sur internet. Autre signe : sur une programmation télé, les séries sont plus présentes que les films maintenant. On le voit d’ailleurs souvent sur TF1 le dimanche soir.

    Comment vous expliquez le succès de Game of Thrones, une série révélée en Europe ?
    Vous imaginez que c’est Orange qui l’avait présentée et que Canal+ vient de racheter aussi cette série ? C’est significatif. C’est très bien fait et très, très bien réalisé. Les acteurs sont remarquables. On est allé à Londres pour voir qui pouvait venir. Mais ils sont malheureusement en production. On aura peut-être quelqu’un au dernier moment, mais ils m’ont dit « les 40 acteurs de cette série sont tous aussi importants les uns que les autres. » Ce paramètre explique aussi le succès de cette série aujourd’hui. Si deux chaînes privées l’achètent, c’est que ça marche !

    Spartacus (2010), Game of Thrones, The Walking Dead (2010)… Pourquoi on voit de plus en plus de sexe, de sang et de violence dans les séries ?
    En prenant ces séries, on voit des passages limites. Ce qui était interdit aux moins de 12 ans il y a 20 ans ne l’est plus. Le monde a évolué. Heureusement d’ailleurs. Quand on avait projeté les deux épisodes en avant-première de Game of Thrones, les gens m’avaient dit « c’est dur hein, c’est violent ! » Car on n’avait jamais vu ça avant.

    C’est de la surenchère ?
    L’aspect violent et sexuel est beaucoup plus présent aujourd’hui. Sur Spartacus, au niveau sexe, on n’aurait jamais vu ça avant. Tout ça est sans doute lié à l’évolution du temps et des sociétés. Des gosses de 12 ans aujourd’hui, il y en a qui flirtent, qui boivent de l’alcool… Moi à 12 ans, je ne faisais pas ça. Tout a évolué.

    Les séries à ne pas manquer ?
    Dallas, je suis né avec, donc je suis parti pris. Mais je pense que ça va être bon. Pour la série The Americans (2013), j’ai lu un article dans Le Figaro, où ils disaient que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu une série comme ça. Après, Homeland (2011), reste loin devant les autres. Sinon, Hawaï 5.0, c’est agréable et bien fait. Il paraît que Vikings va aussi être très intéressant. J’ai trouvé Spartacus très très bon. Mais il ne faut pas oublier Game of Thrones.

    Comment vous voyez l’avenir des séries ?
    Avec optimisme. Car on voit bien que la qualité est de plus en plus au rendez-vous. Du coup, des passerelles se créent avec des acteurs de cinéma qui viennent à la télévision. Sans oublier des budgets de production très importants et des fans de série de plus en plus nombreux. La seule question qu’il faut se poser, c’est combien de temps ça va durer.
    _Propos recueillis par Romain Chardan

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