jeudi 16 avril 2026
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    Tourisme « La perte réelle ne pourra être calculée qu’en fin d’année »

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    (Interview réalisé en Avril 2020) — Avec plus de 3 milliards d’humains confinés chez eux, des compagnies aériennes clouées au sol et de nombreux aéroports fermés, l’activité touristique à travers le monde est à l’arrêt. La Principauté est également durement impactée. Quels sont les emplois menacés et les secteurs d’activité les plus touchés ? Comment préparer l’après-crise ? Les réponses de Guy Antognelli, directeur du tourisme et des congrès à Monaco —

    IMPACT ECONOMIQUE DE LA CRISE SUR LE TOURISME

    Cette crise sanitaire a touché de plein fouet le secteur du tourisme de loisirs et d’affaires à Monaco. Avez-vous pu mesurer l’impact économique pour ce secteur ?

    L’impact est difficile à estimer dès à présent sans connaître les dates et les conditions de réouverture des hôtels, restaurants et centres attractifs. Sans surprise, le mois de mars a atteint un niveau d’occupation de 14,41 % (en retrait de 39 points) pour un prix moyen de 259,77 euros hors taxes hors services (en hausse de 21 % par rapport à 2019). La situation s’est très brutalement dégradée alors que les prévisions étaient bonnes, ce qui explique les prix élevés sur le début du mois.

    Il est donc encore trop tôt pour chiffrer la perte ?

    Oui, la perte réelle ne pourra être calculée qu’en fin d’année. Ce qui est certain, c’est que la partie tourisme de loisirs perdue ne se rattrapera pas. Ainsi, l’annulation du Grand-Prix, du tournoi de tennis et le confinement durant les vacances de Pâques ont été un coup sévère pour de nombreux acteurs. Cependant, la perte pour le budget de l’Etat correspond à un manque à gagner de TVA et est donc bien plus faible que l’impact que cela aura sur le PIB de Monaco, car c’est une perte directe de chiffre d’affaires pour de nombreuses sociétés.

    Avez-vous tout de même réussi à sauver quelques événements ?

    Grace à un travail collaboratif avec tous les hôtels et le Grimaldi Forum, tous les grands congrès du printemps ont pu en effet trouver une date de report sur le second semestre, et ceci en facilitant notamment les reports d’arrhes et en trouvant des solutions innovantes lorsque des changements de format s’imposaient du fait de l’évolution des contraintes liées aux espaces disponibles. Cependant, certains événements ont dû être annulés comme le Festival de TV qui fêtait cette année son 60ème anniversaire et “Ernst and Young World Entrepreneurs of the Year” qui devait également célébrer son 20ème anniversaire. Mais même dans ces cas difficiles, les organisateurs ont été sensibles aux efforts consentis par la destination afin de ne pas fragiliser encore plus la situation économique de ces acteurs et d’inscrire la relation dans la durée. Cela a notamment permis de sécuriser la venue de certains groupes sur les années à venir.

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    « S’agissant du Grand-Prix, toutes les agences réceptives qui organisent les événements qui ont été directement impactées. Cet événement représente pour la plupart d’entre elles de 60 à 99 % de leurs revenus annuels. »

    MENACE SUR LES EMPLOIS

    En raison de cette crise, de nombreux emplois sont-ils selon vous menacés ?

    Bien évidemment. Les emplois les plus directement menacés sont ceux des saisonniers et des extras, qui n’ont tout simplement pas été embauchés jusqu’à présent, et qui espèrent une ouverture prochaine des établissements pour lesquels ils ont l’habitude de travailler. Cependant, même dans ce cas, la fréquentation et donc l’emploi seront conditionnés par les conditions forcément nouvelles d’exploitation et par les restrictions aux déplacements qui seront maintenues dans les pays émetteurs de tourisme.

    Tout dépendra aussi de la date de réouverture des frontières…

    Effectivement. La situation à la fin de l’été ne sera forcément pas la même si les restaurants et hôtels ouvrent le 4 mai, le 3 juin ou le 1er août… De même si les frontières nationales à l’intérieur de l’Union Européenne sont ouvertes ou non, et si l’espace Schengen prolonge la fermeture au-delà des dates déjà annoncées.

    Quels seraient les principaux emplois menacés ?

    Tous les emplois liés à la fréquentation touristique seront directement impactés : les métiers de l’hôtellerie-restauration, ceux du transport de passagers, les boutiques, les guides excursionnistes… S’agissant du Grand Prix, au-delà de ces catégories, ce sont toutes les agences réceptives qui organisent les événements qui ont été directement impactées. Cet événement représente pour la plupart d’entre elles de 60 à 99 % de leurs revenus annuels. Si l’impossibilité de se réunir est maintenue, ils ne pourront pas non plus œuvrer sur des organisations d’événements privés qui constituent l’essentiel de leur activité le reste de l’année.

    MESSAGE — La DTC avait lancé fin 2019 une campagne de communication intitulée FOR YOU. En cette période de pause totale du tourisme, le message a été adapté en MISS YOU.

    STRATEGIE DE RELANCE

    Quelle est votre stratégie pour relancer ce secteur à Monaco et préparer l’après-crise ?

    La DTC avait lancé fin 2019 une campagne de communication intitulée FOR YOU. En cette période de pause totale du tourisme, le message a été adapté en MISS YOU. Tout comme nous ressentons le manque du lien social distendu, tout comme le voyage et la découverte manquent aux touristes, les visiteurs manquent à Monaco. Leur énergie, leur diversité et bien évidemment, comme nous venons de le voir, l’impact économique qu’ils représentent nous manquent. C’est le sens de cette campagne de 25 visuels et 2 films qui est actuellement en cours de déploiement sur les réseaux sociaux et sur les réseaux professionnels du tourisme. Aujourd’hui, il est temps de dire « prenez-soin de vous, nous avons passé de superbes moments ensemble et nous avons hâte de vous retrouver ». Demain, cette campagne connaitra une première évolution dès que les voyages seront envisageables, avant de revenir au message principal FOR YOU, dès lors que la situation sera stabilisée.

    Quelle clientèle ne viendra pas à Monaco sur le court et moyen terme selon vous ?

    Nous devons actuellement faire des choix dans un contexte d’incertitude radicale en l’absence d’information quant aux marchés d’origine des visiteurs qui pourront être présents. Quelles liaisons aériennes permettront de relier Monaco depuis l’aéroport de Nice Côte d’Azur ? Quelles clientèles traditionnelles de l’été pourront venir en Principauté ? S’il ne fait aucun doute que l’Europe est la cible première, et que la France et l’Italie devront être au cœur de celle-ci, les messages ne seront pas les mêmes si l’on pourra espérer une clientèle britannique voire russe. A court terme, il semble beaucoup trop optimiste de compter sur une clientèle extracontinentale en tourisme de loisirs dès le début de cet été. Mais comme je l’indiquais, si l’incertitude peut faire craindre les restrictions les plus sévères, cela ne veut pas dire qu’il en sera forcément ainsi. Il faut être conscient aujourd’hui que d’après toutes les enquêtes publiées, très peu de voyageurs se projettent en dehors des zones qu’ils maîtrisent déjà en raison des risques liés à une hypothétique seconde vague et à une nouvelle fermeture de frontières. Le tourisme sera continental cet été.

    TOURISME D’AFFAIRES : LE SECOND SEMESTRE DANS LE VISEUR

    Au niveau du tourisme d’affaires : des évènements ont-ils pu être reportés ?

    2020 devait encore être une excellente année pour l’industrie du MICE (Meeting Incentive Convention Events). Bien que de nombreux événements n’auront pas lieu, les congrès les plus fidèles à la destination et avec lesquels nous travaillons dans un véritable esprit de partenariat devraient être au rendez-vous à d’autres dates en 2020.

    Quels évènements ?

    E-commerce one to one, Anti-Aging, Fund Forum, Ready for IT, Data Cloud, Monte-Carlo Aesthetics, entre autres… Et bien évidemment ceux qui ont traditionnellement lieu au second semestre et qui préparent leur édition actuellement comme les Rendez-Vous de Septembre, le Monaco Yacht Show, les Assises de la Sécurité, Luxe Pack, ou encore SPORTEL… (Ndr : depuis cette interview réalisée en avril 2020, la situation a encore évoluée concernant certains évènements)

    © Photo Direction du tourisme et des congrès

    « Le marché des croisières est complètement à l’arrêt et je pense qu’il sera l’un des derniers à redémarrer, car on a bien vu qu’il pose, en cas de crise sanitaire, des problèmes extrêmement importants dus à la concentration de population et à sa nature itinérante même. »

    MARCHE DES CROISIERES A L’ARRET TOTAL

    Qu’en est-il du marché des croisières ?

    Celui-ci est bien évidemment complètement à l’arrêt, et je pense qu’il sera l’un des derniers à redémarrer, car on a bien vu qu’il pose, en cas de crise sanitaire, des problèmes extrêmement importants dus à la concentration de population et à sa nature itinérante même. La saison des croisières s’établissant en Principauté de mars à novembre, il me semble malheureusement difficile de concevoir qu’un grand nombre d’escales puissent avoir lieu en 2020.

    A QUAND LE RETOUR DES TOURISTES ?

    Difficile donc pour l’instant de savoir précisément à quoi ressemblera la saison estivale à Monaco…

    Comme je vous l’ai dit, effectivement, nous n’y voyons pas très clair pour l’instant. C’est pourquoi nous devons nous préparer à de multiples opportunités et nous travaillons sur différents scenarii en fonction des marchés que nous pourrons cibler tout au long de l’été et de l’automne.

    Pensez-vous que les touristes auront tout de même envie de voyager à nouveau dans les prochains mois ?

    Oui, tout le monde aura envie de sortir, de se dépayser. Cela permettra surtout d’évacuer tout le stress accumulé. Cependant, les visiteurs voudront savoir comment la situation a été gérée jusque-là, et ne voudront pas prendre plus de risque en voyageant qu’en restant chez eux.

    Comment les rassurer ?

    L’efficacité de la sécurité sanitaire en Principauté et le fait que nous ne soyons pas une destination de tourisme de masse devraient jouer en notre faveur. Il sera essentiel de communiquer de façon claire et rassurante sur l’ensemble des mesures prises par la Principauté et les établissements pour assurer cette sécurité sanitaire. Il ne faut laisser aucun doute sur notre capacité à accueillir nos visiteurs, non seulement selon les standards qu’ils attendent de Monaco, mais en plus en tenant compte de cette situation sans précèdent.

    TARIFS DANS LES HOTELS

    Les tarifs dans les hôtels de la Principauté vont-ils augmenter pour rattraper tous ces mois d’inactivité, ou au contraire des offres attractives seront-elles proposées ?

    Il me semble inenvisageable de penser qu’augmenter les prix permettrait de rattraper une partie du retard alors que toutes les destinations vont être en concurrence pour un plus faible volume de visiteurs. A contrario, la Principauté ne se bradera pas. Si des offres voient le jour, celles-ci auront plutôt vocation à allonger le séjour des visiteurs ou à le faire bénéficier d’opportunités supplémentaires. Les campagnes lancées par la DTC coordonnées avec les partenaires devront ainsi s’appuyer sur les atouts des hôtels, des restaurants, des centres attractifs et de tous les partenaires de la Principauté afin de valoriser l’offre à destination de nos futurs visiteurs. Je pense ainsi que le cheminement vers une destination responsable que nous suivons depuis maintenant plusieurs années sera un atout et qu’il faudra encore plus le mettre en avant.

    « Des opportunités intéressantes à l’intérieur de l’espace Schengen »

    Pour Guillaume Rose, actuel directeur général du Monaco Economic Board (MEB) et ancien directeur du tourisme et des congrès, le tourisme en Principauté pourra se relever malgré cette crise sans précédent. « Nous avons un bureau de représentation qui couvre la Chine et l’ensemble de l’Asie. Au sein des populations asiatiques qui ont subi le covid, nous avons constaté une vraie volonté de revenir à la vie normale au plus tôt. Ma conviction est qu’après cette crise, les gens auront beaucoup plus envie de voyager, indique-t-il. Je pense que le tourisme est en train de manger son pain noir mais que les choses reviendront plus fortes. Peut-être en fin d’année ou en début d’année prochaine. Je suis persuadé que c’est une parenthèse pour le tourisme. Il faut en revanche avoir les reins suffisamment solides pour tenir jusqu’au mois de décembre. Ce qui est certain c’est qu’à l’intérieur de l’espace Schengen, je sens des opportunités de voyage tout à fait intéressantes. Pour Monaco et les acteurs touristiques, il y a quelque chose à jouer. »

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