Isabelle Basson-Blanchi est vétérinaire en principauté depuis presque 40 ans. Dans son regard, c’est l’évolution de toute une profession que l’Observateur de Monaco propose de vous raconter.
Diplômée en 1979 de l’École Nationale Vétérinaire de Maison Alfort, l’une des quatre écoles certifiantes de France, la Monégasque Isabelle Basson-Blanchi a ouvert sa clinique vétérinaire à Fontvieille en 1985, après plusieurs années comme vétérinaire de campagne entre Lozère et Aveyron. 150 m2 sur le quai Jean-Charles Ray où avec son associée, Laure Liscoët, elle aussi docteur vétérinaire, et trois infirmières spécialisées, elles accueillent principalement des chiens et des chats pour des soins de médecine générale, des petites interventions chirurgicales et de la dentisterie. « La profession a évolué de façon exponentielle, que ce soit en matière de connaissances que de technologies. Il faut dorénavant beaucoup plus de matériel et d’investissement », observe la vétérinaire. Radio numérique, échographe, analyseur sanguin font partie de la panoplie indispensable de nos jours pour répondre au minimum des attentes des propriétaires d’animaux. Car de leur côté aussi, les demandes ont beaucoup évolué. « Il y a de plus en plus d’exigences. Des grandes exigences de réussite. Il y a un report affectif sur l’animal de compagnie et il est difficile d’accepter certains échecs », concède la professionnelle.
Une activité qui attise les convoitises
Et alors que ce métier se révèle extrêmement technique et risqué, aucun texte à Monaco ne le régit encore. « Il est vraiment important d’encadrer la profession. Nous avions tenté un texte législatif en 1990 mais il n’a pas vu le jour. En 2010, un texte a été discuté avec l’action sanitaire et sociale mais il n’a jamais abouti. Aujourd’hui, ce texte de loi porte aussi l’intérêt de faire un code de déontologie. Car le fait d’être sans texte de loi nous bloque. Cela nous permettrait d’être concurrentiel. » Car si la Principauté compte à ce jour seulement quatre vétérinaires, répartis sur trois cabinets, l’activité suscite les convoitises. « On a récemment vu arriver une demande d’installation d’un très gros cabinet vétérinaire. Et cela au détriment des vétérinaires locaux », estime le docteur Isabelle Basson-Blanchi. Cette croissance rime avec une augmentation rapide du nombre de spécialistes qui se retrouvent très souvent dans ces grandes entités. Dans le département voisin notamment, on trouve plusieurs très grosses structures à Nice qui propose le 24h/24, à Saint-Laurent-du-Var ou encore à Cannes. Il y a aussi l’arrivée de grands groupes qui multiplient les ouvertures en France. Sans compter sur les cabinets des communes limitrophes : un à Beausoleil, deux à Cap-d’Ail et deux à Roquebrune-Cap-Martin. Et des coûts qui se sont démultipliés pour les propriétaires.
Des chiens, des rats et un tigre
Pour Isabelle Basson-Blanchi, c’est aussi la question de la relève qui se pose. A 66 ans, cette interrogation occupe évidemment son esprit. Elle qui se donne encore deux ans au maximum de travail. « A priori, il y aurait peut-être un ou deux Monégasques en cours de formation. Mais avec cette nouvelle loi, il est aussi possible de travailler avec des salariés d’une autre nationalité tant qu’il maîtrise parfaitement la langue française. » En attendant l’échéance, elle est sur le pont presque tous les jours, de 9h à 19h et même le samedi matin. Avec son associée, et leurs infirmières, elles reçoivent principalement des chiens et des chats. Quelques rats et furets complètent parfois le tableau. Très exceptionnellement, des animaux exotiques viennent surprendre le quotidien. Un tigre du festival de cirque, une tortue du musée océanographique ou encore un singe du jardin animalier.
C’est la passion du métier qui motive Isabelle Basson-Blanchi. Lors de chaque consultation d’une demi-heure, pour un prix de 46 euros, elle aime prendre le temps de comprendre la problématique que vit l’animal mais aussi parfois celle de son propriétaire qui peut avoir une incidence évidente sur son animal de compagnie. « En réalité, nous faisons beaucoup de prévention. Il faut que les propriétaires nous fassent confiance. Notre rôle, c’est aussi de savoir être présent. » Des visites ponctuelles à domicile peuvent avoir lieu. Des prises de sang, des détartrages, des vaccins mais aussi parfois des euthanasies. « C’est parfois extrêmement violent de voir la tristesse des propriétaires. Il est pourtant inéluctable d’arriver à cette situation pour ne pas laisser l’animal souffrir. » La vétérinaire assure en revanche n’avoir jamais eu à constater de maltraitance, ni d’abandon. « Ce que je trouve intéressant, c’est de pouvoir discuter et montrer comment on fait », conclut la vétérinaire.
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