Face à la décision du gouvernement de reconstruire l’usine de Fontvieille et de renoncer à une externalisation du traitement des déchets, le Conseil national monte au créneau. Les élus dénoncent un choix pris « unilatéralement » et réclament des précisions sur le budget du futur projet.
Le Conseil national est en colère contre le gouvernement, et il le fait savoir. L’objet du courroux ? Le traitement des déchets à Monaco. Ce matin, dans un communiqué, l’Exécutif a en effet annoncé ses choix dans ce dossier. D’une part, l’actuelle usine de traitement des déchets située à Fontvieille va être démolie, d’autre part, une nouvelle “Unité de Valorisation Énergétique“ sera construite sur le même site. Le gouvernement a également abandonné l’idée d’une externalisation des déchets monégasques en France ou en Italie. La cause ? Cette piste présenterait « des risques juridiques importants ». Or, pour les élus, sur le fond et la forme, rien ne va : « Le Conseil national a pris connaissance avec stupéfaction du communiqué de ce jour (…). Une décision prise sans tenir compte, une fois de plus, de l’avis exprimé par les élus en Commission Plénière d’Étude (CPE), nous obligeant à réagir publiquement », peut-on lire. Le président du Conseil national, Thomas Brezzo, considère cette communication « particulièrement inopportune, à moins de deux semaines de l’arrivée d’un nouveau Ministre d’État », alors que le sujet est très impactant pour les finances publiques et ce, pour de nombreuses années. Il y voit « une provocation inutile, fragilisant le partenariat qui doit être de mise entre le gouvernement et le Conseil national ». Voilà pour la forme.
Renoncer à l’externalisation des déchets : une décision « unilatérale » du gouvernement
Sur le fond, la décision prise par le gouvernement de renoncer à l’externalisation des déchets fait aussi grincer des dents le Conseil national. Là encore, les élus estiment que le gouvernement a fait ce choix « unilatéralement ». Ils regrettent surtout de ne pas avoir eu accès aux conclusions d’une expertise juridique commandée par le gouvernement. « A ce sujet, malgré les demandes répétées du Conseil national depuis plusieurs mois, le gouvernement n’a toujours pas communiqué les études sur lesquelles il s’appuie, poursuit le communiqué. Au regard des études juridiques indépendantes réalisées à la demande du Conseil national, il est manifeste que le gouvernement ne cherche qu’à valider l’hypothèse qu’il a lui-même préétablie. »
Quel budget ?
Autre grand flou à ce stade : le budget. Combien coûtera la nouvelle unité de traitement qui sera construite in situ ? Le Conseil national attend des réponses à ce sujet : « Aucun plafond budgétaire ne nous a été communiqué, de sorte que le Conseil national n’est pas en mesure d’apprécier si la reconstruction sur le site actuel représente la meilleure solution. » L’assemblée monégasque assure qu’il ne s’agit pas de s’opposer frontalement au projet mais de vouloir « connaître d’abord tous les tenants et aboutissants avant d’arrêter une décision en concertation ». Pour Thomas Brezzo, la situation est d’autant plus préoccupante que « des dizaines de millions d’euros ont été dépensés en pure perte du fait de la persistance du Gouvernement » à vouloir réaliser le projet Symbiose. Projet récemment abandonné par l’Exécutif. « Pour agir en responsabilité, dans l’intérêt de la Principauté, nous ne serons pas en mesure d’adopter les lois de budget qui intègrent la reconstruction de l’usine, tant que nous ne disposerons pas de l’ensemble des éléments et des informations permettant d’éclairer utilement notre décision », prévient le président du Conseil national. Et d’ajouter : « Il en sera de même sur l’ensemble des projets d’importance qui concernent le budget de l’État afin d’éviter le gaspillage des fonds publics, comme cela a pu être le cas ces dernières années. » Alors que Christophe Mirmand doit prendre ses fonctions le 21 juillet prochain, le Conseil national espère une reprise du dialogue. « Je souhaite désormais que nous ouvrions avec M. Mirmand des discussions empreintes de sérénité nécessaire à l’établissement d’une relation de confiance réciproque dans l’intérêt supérieur de la Principauté.»
