Conseillère nationale en charge du commerce, Corinne Bertani explique les perspectives prévues pour soutenir les commerçants du Rocher, et pour lutter contre la rétention locative.
Les commerçants du Rocher sont en grande souffrance. Comment les aider sur le moyen et long terme, au-delà des aides déjà accordées par le gouvernement ?
Les commerçants du Rocher sont, depuis le début de la crise, extrêmement impactés par le manque d’activité, celle-ci étant pour l’essentiel alimentée par le tourisme, et notamment les excursions et les croisières. Le Conseil national est bien sur conscient des difficultés de ces commerces à assurer le paiement de leurs charges fixes. Il a demandé dès le début pour eux, un soutien particulier de l’État. Les commerçants ont pu bénéficier d’aides directes, puis dès la mise en place de la CARE, dans laquelle je siège avec mon collègue Balthazar Seydoux, une réponse à leur situation a pu leur être apportée. Bien évidemment, ces aides devront continuer tant que nécessaire pour leur permettre de surmonter la crise et préparer la reprise quand la situation le permettra. La communication locale doit être renforcée pour ne pas oublier ce quartier important de Monaco.
Comment expliquer que les résidents ne se rendent pas davantage dans ce quartier ? Et comment y remédier ?
Les résidents, comme les salariés pendulaires d’ailleurs, ont leurs habitudes. Et nous savons tous combien il est difficile de changer ses habitudes. Avant la crise, Monaco bénéficiait d’une clientèle touristique régulière qui permettait à l’ensemble des commerçants du Rocher de faire fonctionner leur entreprise. Aujourd’hui, face à l’arrêt brutal de l’activité, nous avons pris conscience de la nécessité de diversifier la clientèle du Rocher. A ce titre, des réflexions sont en cours, parmi lesquelles notamment l’amélioration de l’accès à Monaco-Ville, comme par exemple en créant une galerie qui permettrait d’accéder directement au Rocher par un ascenseur.
Ne faudrait-il pas aussi repenser la structuration commerciale globale de ce quartier touristique, en y installant par exemple des commerces et des enseignes plus attractives pour faire locomotive ?
Le Rocher, avec le Palais, la Cathédrale, le Musée Océanographique, constitue bien évidemment un pôle d’attractivité majeur en Principauté, qui fait partie de notre identité. Néanmoins, la situation actuelle nous conduit naturellement à réfléchir à une diversification de l’offre commerciale afin de la rendre plus attractive pour les résidents et salariés pendulaires. D’ailleurs, j’encourage tous les résidents à aller déjeuner sur le Rocher, où il y a d’excellentes tables !
De quelle manière la crise sanitaire a-t-elle impacté les commerces de luxe à Monaco ?
Bien évidemment, les commerces de luxe n’ont pas été épargnés par la crise. Eux aussi ont souffert d’un manque de vacanciers à haut pouvoir d’achat. Néanmoins, le luxe n’étant pas fondé sur une clientèle de masse, très absente depuis le début de la crise, il a sans doute moins souffert que d’autres secteurs.
Que savez-vous des commerces qui seront installés au Larvotto dans le cadre de la rénovation de ce site balnéaire ?
L’ensemble des commerçants qui disposaient déjà d’une enseigne au Larvotto seront automatiquement relogés dans les nouveaux locaux. En ce qui concerne les autres locaux disponibles, un appel à candidatures sera lancé prochainement. Nous étudierons les dossiers dans le cadre de la commission d’attribution, dans laquelle le Conseil national est représenté, et notre priorité sera de défendre les projets des compatriotes dont l’activité viendra compléter l’offre existante.
Comment imaginez-vous le nouveau centre commercial de Fontvieille en termes d’offres ?
Le centre commercial de Fontvieille est le grand projet du commerce monégasque. De par son emplacement, le centre commercial de Fontvieille attire les résidents et salariés, qui constituent la base de sa clientèle. De plus, la rénovation du CCF s’inscrit dans le cadre d’une restructuration plus large du quartier de Fontvieille. Je pense là notamment à l’îlot Pasteur ou encore à la Galerie des Salines qui en facilitera l’accès. Il est encore trop tôt pour donner des marques précises qui seraient susceptibles de s’y implanter, mais le souhait de la majorité est de diversifier l’offre et de développer l’attractivité du centre comme lieu de loisir. Il s’agit d’attirer de nouvelles enseignes locomotives, qui se situent dans l’offre premium, c’est-à-dire dans le haut du milieu de gamme. Nous demandons aussi l’installation d’un cinéma multiplexe, très attendu en Principauté. Pour la clientèle monégasque et celle des communes avoisinantes, c’est évidement la proximité qui nous démarque des autres grandes structures commerciales de la région. Ce futur centre commercial devra proposer une offre complète qui permettra de développer sa clientèle.
Il semblerait qu’il y ait actuellement de plus en plus de cas à la commission arbitrale des loyers. Des commerçants ne parviennent plus à payer leur loyer aux propriétaires. Confirmez-vous ce constat ?
Malheureusement oui, il y a de plus en plus de cas de saisie de la commission arbitrale des loyers. Le Conseil national avait proposé une baisse de 20 % pour un trimestre concernant les loyers commerciaux dans une proposition de loi qui n’a, hélas, pas été retenue par le gouvernement. Le but était que tous, propriétaires y compris, participent à l’effort collectif nécessité par la crise exceptionnelle que nous vivons. Certains propriétaires sont restés inflexibles et ont refusé toute baisse des loyers commerciaux. Nous arrivons donc à une hausse des dossiers déposés dans cette commission.
On peut constater que des commerces restent fermés durant des mois, voire des années. Comment expliquer une telle inactivité ?
Depuis bien avant la crise, la problématique des locaux commerciaux vides ou mal entretenus est un sujet important. Je serai favorable à trouver une façon de responsabiliser les propriétaires qui refusent de louer leurs locaux sans justification. Il va sans dire que ces locaux vides nuisent à l’image de la Principauté, et donc à son attractivité. Si la persuasion ne s’avérait pas efficace, un des moyens possibles serait de créer une taxe sur les locaux vacants.
