lundi 13 avril 2026
plus
    AccueilInfosSantéConnaissez-vous l’étrange syndrome de Diogène ?

    Connaissez-vous l’étrange syndrome de Diogène ?

    -

    On estime qu’une personne sur 2 000 serait atteinte, à divers niveaux d’avancement, du syndrome de Diogène. Un trouble « lié à la solitude et à la perte d’estime de soi » qui « peut toucher tout le monde », estime Pierre Ludosky, président de l’association Survivre à l’Insécurité Diogène Asso.

    Également appelé Trouble d’accumulation compulsive (TAC), le syndrome de Diogène se caractérise par l’accumulation d’objets au sein du domicile, causant le plus souvent une grande insalubrité de ce dernier. Un syndrome… bien mal nommé, puisqu’il tire son nom de Diogène de Sinope, philosophe grec du IVème siècle avant notre ère, qui vivait dans le dénuement et préconisait une vie simple, proche de la nature, et se contentait d’une grande jarre couchée pour dormir. L’exacte inverse, donc, de l’accumulation qui caractérise les personnes qui souffrent de ce syndrome. Et le signe, aussi, que le syndrome de Diogène reste, aujourd’hui, méconnu et mal compris. « Ce trouble n’est pas reconnu par la médecine, rappelle Pierre Ludosky, président de Survivre à l’Insécurité Diogène Asso, association spécialisée dans l’accompagnement de personnes atteintes par cette maladie. Il est aussi assez mal défini par la psychologie et la psychiatrie. C’est une double, voire triple, peine pour les personnes qui en souffrent, lesquelles sont déjà isolées socialement et intérieurement, et qui peuvent avoir l’impression que l’on ne peut rien faire pour elles. »

    Toujours un « événement déclencheur »

    Pourtant, ce syndrome, assure Pierre Ludosky, « concerne tout le monde ». Des jeunes aux retraités, des actifs aux inactifs, des plus aisés aux plus pauvres. « Certains ont même des postes à grandes responsabilités, et la majeure partie de ceux qui en souffrent est extrêmement cultivée. Ce n’est pas une maladie de pauvres, et encore moins de personnes sales. Tout le monde peut être un jour concerné, que ce soit personnellement ou chez un proche. »

    Car à l’origine du déclenchement de ce syndrome, on trouve toujours un événement déclencheur.  « Le syndrome de Diogène est le plus souvent acquis. Des personnes possèdent le risque de le développer, mais ne le font pas jusqu’à ce qu’un événement ne survienne. Ça peut être une rupture, une parole difficile prononcée par un proche, une perte d’emploi… Et là, l’inconscient va prendre le pouvoir, et amener la personne à penser que la seule chose qui ne va pas la trahir, l’abandonner, c’est l’objet, dans son expression la plus diverse (bibelots, nourriture, vêtements…). L’accumulation va alors commencer. Il peut même y avoir une forme de personnification des objets, ce qui rend encore plus compliqué la perspective de s’en débarrasser et de sortir de ce syndrome. »

    Syndrome de Diogène Santé mentale psychologie
    La phase de nettoyage des lieux est assurée par des sociétés spécialisées dans ce type d’intervention. « Un syndrome de Diogène peut abîmer en profondeur un logement, notamment parce que les bactéries et insectes (cafards, tiques…) y trouvent toutes les conditions dans lesquelles ils prolifèrent. » © Photo DR

    Un travail psychologique dans la durée

    Le soin, justement, ne se résume pas à un nettoyage des lieux. « Le syndrome de Diogène peut longtemps être indétectable pour les proches, explique Pierre Ludosky. Ceux qui en souffrent ont conscience qu’ils seront mal jugés par les autres, et n’invitent plus personne chez eux. Et quand ils sont confrontés au regard des proches ou d’une assistante sociale — par exemple parce qu’ils ont dû faire intervenir quelqu’un chez eux pour une fuite d’eau et que le monde extérieur a été témoin de ce qu’il se passe dans l’intimité de leur logement —, il faut un accompagnement en douceur. » Ce que préconise l’association face à une telle situation ? Une démarche de réassociation avec les gens, avec l’humain, via un travail sur le traumatisme déclencheur.

    « Par exemple, j’ai le souvenir d’une personne qui avait développé un syndrome de Diogène parce que sa mère lui avait dit qu’elle n’était pas désirée. Dans un cas comme celui-ci, nous essayons de relativiser, de faire comprendre que la parole difficile peut être comprise autrement : peut-être que sa maman estimait que ce n’était pas le bon moment pour elle parce qu’elle était encore étudiante, qu’elle n’était pas avec la bonne personne… Bref, qu’elle ne souhaitait pas l’attaquer personnellement, mais évoquait sa propre vie. Dans tous les cas, la fin d’un syndrome de Diogène nécessite un travail psychologique dans la durée, avec des rencontres régulières, pour entretenir ce lien et éviter les rechutes qui pourraient se produire en cas d’isolement social. »

    « Certains ont même des postes à grandes responsabilités, et la majeure partie de ceux qui en souffrent est extrêmement cultivée. Ce n’est pas une maladie de pauvres, et encore moins de personnes sales »

    Un protocole spécifique pour le nettoyage

    Vient, ensuite, la phase de nettoyage des lieux. Elle est assurée par des sociétés spécialisées dans ce type d’intervention. « Nous intervenons sur demande des bailleurs, d’une assistante sociale, de proches, voire, parfois, de la personne elle-même qui souffre d’un syndrome de Diogène, même si c’est plus rare, témoigne John Cortiez, gérant de la société Batcleaner à Nice. Il y a un protocole particulier à respecter. »

    Ainsi, le nettoyage démarre par une phase de nébulisation, qui consiste à vaporiser un produit pour éliminer les bactéries, les virus et d’autres agents pathogènes. « Il s’agit notamment de protéger la santé des personnes qui interviennent dans le logement », précise John Cortiez. Ensuite, vient le triage, qui permet de rassembler les papiers officiels de la personne concernée ainsi que certains meubles, et de les conserver, et le débarrassage des encombrants. « Cela peut être assez difficile et assez long, en fonction de la gravité du syndrome de Diogène. Il n’est pas rare que certains cumulent des objets jusqu’au plafond ! Il faut donc prendre le temps de distinguer ce qui est indispensable et ce qui ne l’est pas. Cela nécessite, aussi, un camion-benne, et donc de demander certaines autorisations auprès des autorités. »

    Une phase de désinfection

    Les professionnels en charge du nettoyage peuvent alors remettre en état le logement. Certains appareils (nettoyeur à la vapeur, injecteur- extracteur…) sont mobilisés, et une combinaison totale est nécessaire « pour la sécurité des intervenants ». « Un syndrome de Diogène peut abimer en profondeur un logement, notamment parce que les bactéries et insectes (cafards, tiques…) y trouvent toutes les conditions dans lesquelles ils prolifèrent », pointe John Cortiez. Le nettoyage se termine donc par une phase de désinfection, avec des produits spécifiques qui font l’objet d’une certification. Alors, le logement peut être rendu à son occupant ou à son propriétaire. « Chaque année, nous entrons en contact avec environ 400 personnes qui souffrent d’un syndrome de Diogène, résume Pierre Ludosky. Et il y en a des milliers d’autres qui vivent cachées chez elles. » Et le président de Survivre à l’Insécurité Diogène Asso de lancer un appel : « Si vous êtes confronté à un proche qui souffre de troubles évoquant un syndrome de Diogène, aidez-le en nouant le contact avec lui, en réintroduisant de l’humanité dans le foyer. Ce dont ces personnes ont besoin, c’est qu’on les aide à retrouver leur dignité. »

    Grégory Moris

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.